Accueil Monde Prévention du VIH: Washington déploie le lénacapavir en Afrique australe

Prévention du VIH: Washington déploie le lénacapavir en Afrique australe

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Les États-Unis introduisent en Eswatini, ex-Swaziland, le lénacapavir, une «injection biannuelle» présentée comme l’innovation la plus prometteuse pour la prévention du VIH. Une avancée médicale, mais aussi un instrument d’influence pour Washington dans une Afrique au cœur de la lutte mondiale contre l’épidémie.

L’annonce du gouvernement américain de livrer en Eswatini les premières doses de l’inhibiteur de capside lénacapavir marque une étape importante dans la stratégie globale de prévention du VIH. Ce royaume d’Afrique australe, ancien Swaziland, avec une superficie de moins de 18000km² et une population d’environ 1,3 million d’habitants, affiche l’un des taux de prévalence du VIH les plus élevés du monde. En effet, selon le rapport de Médecins Sans Frontières (MSF), près de «30% des adultes vivent avec le virus», une proportion sans équivalent à l’échelle internationale. Le choix de ce pays comme point de départ reflète la volonté de tester la capacité d’impact du traitement dans les environnements les plus vulnérables.

À en croire l’Agence EcoFin, le lénacapavir, produit par l’Américain Gilead Sciences, se distingue par un mécanisme pharmacologique inédit. Il s’agit du premier inhibiteur de protéine virale (ou capside), capable d’empêcher le VIH de s’assembler, de se multiplier et de s’intégrer dans les cellules hôtes. Contrairement à la prophylaxie pré-exposition traditionnelle, qui repose sur une prise quotidienne de comprimés (TDF/FTC), ou au cabotégravir injectable, administré tous les deux mois, le lénacapavir n’exige qu’une «injection deux fois par an». Une caractéristique qui pourrait profondément modifier les programmes de prévention, en atténuant les problèmes d’observance, de logistique et de stigmatisation associés aux traitements actuels.

Selon certaines sources, aucune entreprise européenne, indienne ou chinoise ne propose d’équivalent strict de lénacapavir pour l’instant et ce rapport de force technologique place donc Washington en position de définir les standards de la prochaine génération de prévention.

Le déploiement du lénacapavir en Eswatini n’est pas seulement une initiative sanitaire, il s’inscrit dans une logique de géopolitique de la santé. La America First Global Health Strategy, adoptée sous l’administration américaine actuelle, vise à aligner l’aide internationale sur les intérêts stratégiques américains à savoir la stabilité régionale, l’influence diplomatique, le soutien aux entreprises nationales et le contrôle de la chaîne d’innovation biomédicale.

En Afrique, cet alignement devient particulièrement visible. L’épidémie reste concentrée dans une douzaine de pays à très forte prévalence, notamment Eswatini, Lesotho, Botswana, Afrique du Sud, Zimbabwe, Zambie, Namibie, Mozambique, Malawi, Ouganda, Kenya et Tanzanie. En intervenant directement dans ces pays, les États-Unis consolident à la fois leur position au sein des institutions sanitaires internationales et leur image de partenaire scientifique indispensable.

L’offre de lénacapavir à un tarif préférentiel annoncé autour de «40 dollars par an» dans certains accords permet à Washington d’apparaître comme le principal catalyseur d’une nouvelle phase de la lutte contre le VIH.

Par Valentin SOMANDE