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Procès du putsch manqué: Aziz Korogho demande de «contextualiser les faits»

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Le commandant Abdoul Aziz Korogho, ex-chef du corps de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP), accusé dans le dossier du putsch manqué de 2015, n’a pas varié sur sa position, au deuxième jour de son audition devant le tribunal militaire. Face aux questions des avocats de la partie civile, enveloppées dans des tournures dont eux seuls ont le secret, l’accusé à la barre, calepin et stylo en main, a demandé avec insistance de tenir compte du «contexte» dans lequel les événements se sont déroulés, pour la manifestation de la vérité.

«A froid, si vous posez les questions comme cela, vous ne pouvez pas comprendre. Il faut contextualiser les faits», a réagi le commandant Abdoul Aziz Korogho après que Me Prosper Farama de la partie civile a estimé que de par les actes que l’officier militaire a posés, il aurait contribué d’une façon ou d’une autre à «la consommation et la consolidation» du coup de force du 16 septembre 2015 qui a fait environ 15 blessés et des dizaines de blessés.

Pour l’ex-responsable du régiment qui assurait la sécurité des institutions notamment celle du palais présidentiel sous le régime de l’ancien président Blaise Compaoré, le fait qu’il ait obéit aux ordres du Conseil national pour la démocratie (CND) ayant perpétré le coup d’Etat manqué et entravé la bonne marche de la Transition, ne signifie pas qu’il a participé «tacitement» à l’action des putschistes. Il aurait plutôt, selon lui, œuvré avec «tact et sans froid» pour limiter les dégâts.

«Je pouvais dire que je ne suis pas avec eux (putschistes) mais j’avais quelle assurance ou force pour assurer mes arrières», a-t-il posé comme interrogation en poursuivant qu’en «pareille situation, il ne faut pas jouer les Rambo sinon vous mourrez incompris et le peuple burkinabè ne va même pas vous considérer comme un martyr».

Toujours dans cette lancée, il a signifié que quand sa demande de démission a été refusée par la hiérarchie militaire à qui il s’était ouvert, cela impliquait «obligatoirement» qu’il allait devoir «collaborer avec les responsables du CND, faire des compromissions et gérer des situations souvent même imprévues avec une hauteur d’esprit comme on le lui a enseigné dans les écoles militaires».

Me Prosper Farama, pour l’ensemble de ses questions qui auraient «enquiquinées» le commandant Korogho, considéré comme l’un des cerveaux du coup de force, a présenté ses «excuses» à l’endroit de l’accusé, avant d’ajouter: «J’apprécie votre esprit de précision. J’admire votre courage». Mais, l’avocat des victimes du putsch fait observer que «depuis le début de ce procès, on nous vend une idée qui consisterait à faire croire qu’il n’y a pas eu au départ une rencontre des soldats qui ont porté le putsch».

Malgré les tentatives de relance de Me Farama qui laissent transparaître que le commandant a été laxiste ou n’a pas pris des décisions fermes, celui-ci a répliqué: «Maître, je vous demande de faire un effort et de rester dans le contexte des événements parce que moi-même j’ai besoin de comprendre beaucoup de choses. On (le commandement du Régiment de sécurité présidentielle) était en train de reprendre les choses en main pour que les hommes rentrent dans les casernes afin que mes subordonnés prennent le contrôle des éléments».

Réagissant sur les exactions qu’aurait commises l’ex-RSP, il a répondu sans détours que s’il avait «les noms de ceux qui (les) commettaient en ville au moment des faits, (il) n’hésiterait pas à les citer».

Comme pour Me Prosper Farama, d’autres avocats de la partie civile en l’occurrence Me Guy Hervé Kam, Me Pierre Yanogo et Me Awa Sawadogo, ont reconnu que cet accusé, qui dit avoir pris fonction le 1er septembre, soit quinze jours avant le coup d’Etat, «a été constant» autant pour ses déclarations dans les Procès-verbaux que ses dépositions à la barre.

«On a affaire à un officier qui s’assume, qui ne fuit pas les fautes qu’il a pu commettre», a déclaré Me Kam. Pour son confrère Me Yanogo, en écoutant Aziz Korogho, «on a l’impression qu’il y a une rétention de l’information alors que le peuple a soif de la vérité. S’il a pu jouer un rôle considérable, aujourd’hui encore on a besoin de son aide», a-t-il dit. Pour Me Awa Sawadogo, cet officier «est sincère dans sa déclaration».

Me Dieudonné Willy, avocat du commandant Abdoul Aziz Korogho, a fait savoir notamment aux conseils de la partie civile que son client «ne fait pas de la rétention d’informations». Dénonçant «une présentation caricaturale» qui desservirait son client, il a affirmé que l’accusé dit, «vraiment la vérité».

L’audience suspendue ce jour, reprendra demain 7 novembre à 9h et le commandant Abdoul Aziz Korogho sera à la barre pour la suite de son interrogatoire.

Par Bernard BOUGOUM

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