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Procès du putsch manqué: l’ex-DG de la Police «profondément déçu» du général Diendéré

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photo d'illustration

L’ex-directeur général de la Police nationale, le commissaire Lazare Tarpaga, comparaissant en tant que témoin dans l’affaire du putsch manqué du 16 septembre, pour son deuxième jour d’audition à la barre, ce lundi 11 février 2019, s’est dit «profondément déçu» du général Gilbert Diendéré qu’il dit estimer avant les événements du coup de force.

Le contrôleur général de police, Lazare Tarpaga n’a pas varié sa déposition faite à la barre du tribunal le vendredi dernier même s’il a concédé par moment avoir oublié certains «faits ou détails» parce que n’ayant pas une «mémoire d’éléphant». Aujourd’hui le témoin a été confronté aux trois officiers de l’armée accusés que sont le général Gilbert Diendéré, le colonel-major Boureima Kiéré, chef d’état-major particulier de la présidence sous la Transition (en 2015) et le capitaine Abdoulaye Dao, ex-commandant du Groupement des unités spéciales (GUS), de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle, corps accusé d’être l’auteur du coup d’Etat manqué. Lazare Tarpaga a donc maintenu que toutes ses actions au moment du coup de force n’étaient que du «dilatoire» pour ne pas soutenir le général de brigade Gilbert Diendéré qui a été porté à la tête du Conseil national de la démocratie (CND), régime ayant revendiqué le putsch militaire.

Invité à dire leur mot de fin après le témoignage de l’ex-premier responsable la Police nationale, les trois accusés n’ont pas non plus varié leur position. Ils ont remis en cause les déclarations du contrôleur général de la police. Le capitaine Abdoulaye Dao, responsable à la sécurité rapprochée de la présidence au moment des faits n’a pas manqué de répondre à l’ex-DG de la Police nationale qui a estimé qu’il lui manquait de considération en donnant directement des instructions à ses subalternes.

Pour l’ex-commandant du GUS de l’ex-RSP, la responsabilité qu’il assumait, à savoir la sécurité rapprochée des autorités dont le président, faisait que pour une question de diligence, il s’adressait directement aux responsables des compagnies, notamment de sécurité urbaine et d’escorte, sans forcément se référer à leur supérieur hiérarchique que sont les chefs de corps et toutes les autres structures qui les coiffent. Mais, a expliqué le capitaine Dao, un point leur est fait par la suite aux chefs. «L’interlocuteur direct du directeur général de la Police est le chef d’état-major particulier de la présidence», a-t-il soutenu.

Le colonel-major Boureima Kiéré a, lui, dit que le témoin «n’a pas eu une attitude franche» dès le début du coup de force militaire. «Ce sont les attitudes de nos premiers responsables militaires qui nous ont conduits dans cette situation. Ils ont passé le temps à louvoyer, à jouer aux équilibristes, aux opportunistes», a dit, d’un ton ferme, l’officier supérieur, ajoutant que le témoin Lazare Tarpaga «fait partie de tous ceux qui ont créé les problèmes» issus du coup d’Etat manqué.

Quant au général Gilbert Diendéré, ex-patron des Renseignements du Burkina Faso sous le régime de Blaise Compaoré contraint à la démission fin octobre 2014, il a déclaré que l’essentiel des points sur lesquels ils voulaient s’attarder a été déjà soulevé par le colonel-major Boureima Kiéré. Néanmoins, il a insisté qu’il maintient que l’ex-patron de la police est le «prototype de faux témoin», car ayant relevé que celui-ci a beaucoup varié dans ses propos. «Je maintiens, le contrôleur général Lazare Tarpaga devait être dans le box des accusés. Je suis soulagé de savoir que l’ex-directeur général de la police n’est pas parmi ceux-là que j’ai formés en 1982», a-t-il ajouté à ce propos.

A l’occasion, le général Diendéré s’est plaint de la perte de son portable qu’il dit avoir remis en main propre aux juges d’instruction pour les besoins de l’enquête. Cela aurait permis de départager toutes les parties prenantes au jugement sur les débats autour des appels qu’il aurait émis ou reçus surtout qu’«on a payé 347 millions à quelqu’un pour faire ce travail», s’est-il offusqué.

Prenant, à son tour, la parole pour ses dernières déclarations, l’ex-directeur général de la Police nationale, le contrôleur Lazare Tarpaga, a dit qu’après avoir écouté les trois accusés (Diendéré, Kiéré et Dao), il ne lui restait qu’à livrer son état d’âme car il est «totalement et profondément déçu du général Diendéré pour qui (il) vouait un certain respect». «J’avais classé ces gens à un certain niveau. Monsieur le président du tribunal, vous avez beaucoup de travail», a-t-il poursuivi après avoir attribué une note de 8/20 à Gilbert Diendéré, pour avoir commis notamment «une erreur sur la personne, une erreur de perception et une erreur d’appréciation».

«Comment pouvais-je m’opposer à une dizaine d’hommes armés qui étaient menaçants»?

Le deuxième témoin à être appelé ce lundi à la barre du tribunal militaire chargé de juger les 84 personnes pour leur présumée implication dans le dossier du coup d’Etat manqué, a été Mathurin Bako, ex-président de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP). Selon sa version des faits, le 16 septembre, lui et certains agents ont été réquisitionnés manu militari pour pouvoir localiser la radio «pirate» ou de «résistance», émettant sur la 108.00, où un appel demandait aux populations de sortir pour manifester contre l’arrestation des autorités de la Transition intervenue dans la soirée du même jour. En plus de cela, le général Gilbert Diendéré lui aurait demandé le même jour de couper le service SMS. Il s’est spécifiquement attardé sur les conditions difficiles et la pression dans lesquelles lui et trois autres agents ont été obligés d’aider les éléments de l’ex-RSP, à localiser la radio 108.00 qui émettrait illégalement depuis la station de Savane Fm.

A la question du parquet qui voulait savoir pourquoi il n’a pas refusé d’obéir aux putschistes, M. Bako a demandé: «Comment pouvais-je m’opposer à une dizaine d’hommes armés et menaçants»? Selon ces déclarations, lui son équipe ont travaillé pendant que ça tirait en ville même si ce n’est que le lendemain qu’il dit avoir appris après la proclamation du CND à la télévision nationale ce que le pays traversait.

Pour les trois éléments de l’ex-RSP, le général Diendéré, le sergent-chef Mahamoudou Bouda et le sergent Amidou Pagbelèm, même s’ils n’ont pas rejeté en bloc la déposition de l’ex-président de l’ARCEP, ils ont tenté de «recadrer» le témoin, selon leur terme. Le sergent-chef Mahamoudou Bouda a dit s’inscrire en faux quand M. Bako a avancé les menaces et autres pressions que lui et ses agents auraient subies. A l’en croire, aucun élément parmi les six qui étaient sous sa coupe n’a proféré des paroles désobligeantes à M. Bako et son équipe.

«Si M. Bako ici présent va accepter de dire la vérité, il vous dira que pendant un moment d’attente devant l’ARCEP, je lui ai proposé de dire ce qu’il allait prendre comme boisson pour qu’on prenne pour lui car à côté, il y avait une buvette qui était ouverte», a renchéri le sergent-chef. Le général Gilbert Diendéré, lui, a contesté la date du 16 septembre 2015 et l’heure (20h30) à laquelle l’ex-premier responsable de l’ARCEP dit qu’il l’aurait joint au téléphone pour lui demander s’il avait la possibilité de couper le service SMS. «Le 16 septembre à 20h30 j’étais en réunion avec la hiérarchie militaire et n’ai pas communiqué avec M. Bako». Toutefois, il a admis que ça doit être soit le 17 ou le 18 septembre qu’il a effectivement pu peut-être appeler Mathurin Bako à cet effet car il en avait parlé avec le colonel-major Boureima Kiéré et le colonel Deka qui a envoyé l’équipe du sergent-chef Mahamoudou Bouda pour localiser la radio qui émettait sur la 108.00.

L’audience a été suspendue vers 17h et reprendra demain à 9h Gmt avec le même témoin, Mathurin Bako qui se soumettra d’abord aux questions des avocats de la partie civile.

Par Bernard BOUGOUM

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