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Procès Sankara: « Quand on est devant le Tribunal, on devient quelqu’un d’autre », lance un témoin à un accusé

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Le commissaire Ambroise Diarra, commandant adjoint de la Force d’intervention du ministère de l’Administration territoriale et de la Sécurité (FIMATS) au moment du coup d’Etat du 15 octobre 20187, a lancé le lundi 20 décembre 2021, au colonel Tibo Ouédraogo, accusé dans l’Affaire de l’assassinat de l’ancien président Thomas Sankara et ses douze collaborateurs, que « quand on est devant le Tribunal pour des accusations aussi sérieuses, on devient quelqu’un d’autre ». Après avoir terminé avec le témoin Diarra qui avait fait sa déposition le vendredi dernier, le Tribunal a entendu au total pour cette audience, huit nouveaux témoins.
Le commissaire Ambroise Diarra, commandant en second de la FIMATS, a affirmé que son unité « n’a pas été désarmée » par des militaires du CNEC comme l’ont dit déposé certains dans le dossier. Il a été celui là que le lieutenant Tibo Ouédraogo est venu voir avec certains de ses éléments pour une meilleure coordination des actions en vue de taire les divergences après la mort du père de la Révolution burkinabè. Ainsi, il a collaboré en bonne intelligence avec le lieutenant Tibo Ouédraogo.
Il a avoué que la cohabitation entre ses éléments et ceux du lieutenant Ouédraogo, accusé dans cette Affaire, était « pacifique » mais empreinte de « méfiance réciproque ». Il a signifié que la Police nationale en son temps n’avait pas de personnel féminin alors que le lieutenant Tibo Ouédraogo a affirmé qu’il était sécurisé en son temps par deux policières.
Appelé à la barre du Tribunal militaire pour une confrontation, Tibo Ouédraogo contestera toute la déposition du témoin. Face à la stratégie de défense de l’accusé, le commissaire Diarra, a rétorqué que « quand on est devant le Tribunal pour des accusations aussi sérieuses, on devient quelqu’un d’autre. Ça sera sa parole contre la mienne et le Tribunal appréciera », martelant que vu l’excellence de leur coopération, le lieutenant Tibo Ouédraogo lui a même remis un PA. Propos que l’accusé ne reconnaît pas, mais, demande au témoin de lui rendre l’arme en question.
M. Diarra a été également confronté à l’accusé Jean-Pierre Palm qui conteste être venu à la Police rencontrer les éléments pour des informations y relatives au coup de force du 15 octobre 1987.
Seul l’accusé Diendéré Gilbert qui lors de sa confrontation avec le commissaire divisionnaire, a reconnu les déclarations du témoin. Le général Gilbert Diendéré dans ses précisions a confirmé la déclaration du témoin qui a laissé entendre que Vincent Sigué surnommé « le Diable » par les policiers, projetait de faire un coup d’Etat pour éliminer les capitaines Thomas Sankara et Blaise Compaoré pour fonder un empire plus vaste à l’image du mandé et qui allait s’appeler « La République du Mandé ». Selon lui, des documents obtenus chez l’homme de main de Sankara à l’époque, à la suite d’une perquisition prouvaient leurs propos.
Le témoin Mané Kouka fait partie des éléments qui ont quitté Pô pour venir en renfort aux éléments du Conseil de l’Entente après la fusillade de Hyacinthe Kafando et sa bande. Les différentes parties n’ayant pas trouvé matière à creuser davantage soit pour charger les accusés, pour le parquet et les Conseils des victimes, soit pour décharger les accusés, pour la défense, M. Kouka a été remercié de prendre place dans la salle où il suivra désormais le procès jusqu’à la délibération du jugement.
Comme M. Kouka, le témoin Amadou Karambiri, journaliste à l’époque des faits n’a pas duré à la barre. M. Karambiri a affirmé avoir été détenu à la Gendarmerie avant d’être libéré par un haut gradé qui parlait bien le Dioula et qui lui a dit dans cette langue qu’il pouvait rentrer chez lui. Malgré les tournures du parquet, le témoin a dit ne pas connaître le nom de cet officier qui l’a fait libérer.
Le troisième témoin du jour est le soldat à l’époque, Kouma Kaboré, chauffeur titulaire de Thomas Sankara. Il a signifié qu’il a été envoyé en mission à Fada N’Gourma par le président du Faso pour aller s’enquérir de l’état de santé d’un de ses amis qui se nommait Jean-Baptiste Ouédraogo, un ingénieur des travaux publics. Il a conduit Etienne Zongo, l’aide de camp pour cette mission. C’est à leur retour qu’ils ont appris la nouvelle de l’assassinat de leur chef à la radio (RFI). Confronté à l’accusé Traoré Bossobè qui disait l’avoir aperçu aux alentours de 15H au Conseil de l’Entente, ce témoin, rejeté avec force les déclarations de Bossobè Traoré car ce n’est d’ailleurs que la nuit qu’ils ont pu regagner la capitale.
Le militaire retraité, première classe à l’époque, tireur de la DCA, chargé de couvrir les arrières du président Thomas Sankara, c’est en revenant d’un séance de révision d’un véhicule qu’il a appris ce qui était arrivé au Conseil de l’Entente. Il est allé se présenter à son chef pour être à sa disposition en attente des instructions. A la question de savoir pourquoi il n’avait pas suivi le président pour aller au Conseil de l’Entente, il a répondu qu’on ne leur avait donné le conseil de rentrer à la base de la Révolution d’août 1983 avec des armes lourdes puisque c’est leur maison commune.
Le cinquième témoin à passer à la barre du Tribunal militaire ce lundi, le colonel-major à la retraite, Morifing Traoré, à l’époque des faits, sous-lieutenant, commandant l’escadron de transport à l’ETIR qui était basé à Kamboinsin. Ce officier de l’époque a clairement dit qu’il n’était pas partant pour une quelconque résistance. Malgré des émissaires que lui a envoyés le commandant de la Brigade Inter Armes (BIA) de Koudougou, le capitaine à l’époque, Boukary Kaboré dit le « Lion », est resté sur position. Il sera ensuite convoqué au Conseil de l’Entente avant d’être amené à la Gendarmerie où il a séjourné quelques jours en prison avant d’être libéré. Les nouvelles autorités établies après le coup d’Etat du 15 octobre ayant apprécié son comportement, l’on demandé de venir servir au Conseil. Chose qu’il a accepté avant de demander à être affecté ailleurs car il trouvait indécents ces lieux alors même que certains de ses camarades ont rejoint le camp des résistants à Koudougou et que leur chef de corps de l’ETIR, Kouama Miguel, a été tuée par les putschistes qui ont éliminé Sankara.
Le commissaire divisionnaire, Abdel Marcel Macaire Ouédraogo, a été le septième témoin à faire sa déposition et à se prêter aux questions des différentes parties au jugement de ce dossier emblématique. M. Ouédraogo relevait de la FIMATS. Il est celui que le chef de l’équipe de la Police nationale a envoyé camper deux mois et demi au pont Nazinon pour faire des patrouilles et des ratissages dans les localités qui sont situées dans la zone. Le commissaire divisionnaire a regretté le fait qu’avec la création de la FIMATS, les policiers « n’avaient aucun registre ». « Après une mission, ils ne savaient pas vers qui se tourner dans ce corps » qui avait tendance à se militariser. « Lors de nos sorties, tout ce qu’on voyait on venait rendre compte à la hiérarchie mais qui les négligeait », a-t-il soutenu.
Le caporal Mahamadou Sanou au moment de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze compagnons, était le chef de sécurité de l’aéroport. Il relevait du Centre national d’entraînement Commando de Pô (CNEC). Le sergent-chef à la retraite dit avoir conduit une section (30 personnes), pour aller combattre la FIMATS. Mais, à leur arrivée, à dit le septième témoin appelé à la barre ce lundi, les éléments de la FIMATS n’étaient pas dans une position de combat. C’est ainsi qu’ils ont échangé avec les responsables de la force et décidé de commun accord de poster tout au long du mur pour la sécurisation des lieux, deux éléments mixtes (policier et militaire). Ce même tandem a été maintenu pour les patrouilles dans la ville, selon le témoin.
Le huitième témoin lui a pu seulement faire sa déposition. Il s’agit du sergent-chef au moment des faits, Emile Nacoulma. Il était le chef du premier groupe de sécurité rapprochée du président Thomas Sankara. Il dit avoir passé toute la journée du 14 octobre 1987 avec Sankara et même toute la nuit où il a eu des échanges francs avec le père de la Révolution burkinabè. Sur les rumeurs, il a affirmé que Thomas Sankara a dit que lui en tant président, d’un revers de la main s’il dit qu’il met fin à ça, c’est possible « mais le sang va couler de Ouagadougou à Bobo-Dioulasso ». « Je préfère que le sang coule du palais à la présidence », a-t-il ajouté, citant toujours Thomas Sankara.
Il a indiqué qu’entre temps, Thomas Sankara l’a fixé longuement et a dit: « si je devais mourir, de grâce n’oubliez pas Philippe (7 ans) et Auguste (5) », les deux enfants de l’ex-président du Faso qui continue de jouir d’une réputation même au-delà du continent noir aujourd’hui.
Par Bernard BOUGOUM