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RCA: le plus dur reste à faire!

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L'Accord de Khartoum sera-t-il le bon pour le retour à la paix en Centrafrique? (Ph. algeriepatriotique.com)

Si un proverbe chinois énonce fort logiquement que le plus long des voyages commence par le premier pas, la République centrafricaine qui vient d’effectuer la huitième fois ce premier pas, a-t-elle enfin pris le bon départ? Il faut l’espérer par la matérialisation de l’«Accord de Khartoum» paraphé dans la capitale soudanaise et signé ce mercredi 6 février 2019 à Bangui. C’est donc à domicile que le gouvernement de la Centrafrique et les groupes armés qui ont placé la majorité du territoire national sous coupe réglée, ont manifesté leur volonté de ramener le pays à la paix. Si des pans entiers du document demeurent encore sous le sceau du secret pour le public, il faut néanmoins se réjouir de son premier effet qui est «la cessation de toute violence contre les civils». C‘est un pas décisif qui, s’il est respecté ne peut que soulager des populations prises entre plusieurs feux, de divers groupes, religieux ou non, manipulant avec zèle et horreur, machettes, kalachnikovs ou même roquettes, et dont l’objectif partagé est le contrôle d’une portion du pays pour ses richesses ou dans un but de pouvoir. L’armée qui est restée bien impuissante devant la puissance de feu des groupes rebelles et ne pouvant bénéficier d’une véritable aide de la Mission des Nations unies pour la Centrafrique (Minusca) du fait de la position statique que lui confère sa feuille de route officielle, pouvait très peu dans la défense du territoire.

Maintenant que les différentes parties semblent avoir compris que l’intérêt national doit passer avant des visées égoïstes et très personnelles, la République centrafricaine dotée d’un nouveau pouvoir élu en 2016 et présidée par Faustin-Archange Tuadéra, tournera-t-elle enfin la page sanglante des rébellions et autres guerres civiles? La frontière entre l’optimisme et le pessimisme pour un retour à la paix grâce à cet accord est très ténu. Malgré la solennité du moment, le doute est permis dans l’application de ce que tous les acteurs s’accordent à qualifier charte pour la réconciliation. Ce document, loin d’être le premier est le tout dernier d’une série de huit accords du genre, depuis 2012. Il a été concocté, certes sous l’égide de l’Union africaine, mais dans un pays où la tête du chef de l’Etat, Omar el-Béchir, est mise à prix par ses opposants et la Cour pénale internationale (CPI). De même, quel sens donner aux absences, le jour «historique» de la signature de l’accord, du leader du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), Noureddine Adam et du chef de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC)? Ils ne sont ni plus, ni moins que les patrons des deux principaux groupes rebelles. Et pour ne rien arranger, la preuve a été donnée à maintes occasions que le plus difficile n’est pas de signer les accords, leur respect et leur application étant les choses les moins aisées.

L’«Accord de Khartoum» sera-t-il le bon? Survivra-t-il aux scepticismes logiques qui accompagnent sont avènement? Le huitième départ sera-t-il le bon pour le retour à la paix en République centrafricaine dont le peuple doit maintenant se mettre à la tâche pour construire enfin ce pays aux richesses naturelles immenses mais sur lequel plane comme une malédiction qui le met en quarantaine du développement? Seuls l’honneur, la bonne foi, et la responsabilité des politiciens peuvent se liguer et sortir enfin la RCA de ses doutes et incertitudes.

Par Wakat Séra