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RD Congo : « Indépendance cha-cha », 60 ans après !

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Que reste-t-il de de ce tube de musique congolaise, qui a fait danser toute l’Afrique, à l’aube de ses indépendances, dans les années 1960 ? Pourtant, les deux mots, l’un français et l’autre d’une danse sud-américaine, ont trouvé curieusement une place commune pour marquer les esprits. Et, au-delà, emporter l’imaginaire à construire des châteaux en Espagne.

Rêve permis, même si son format devait être très réduit. Le colon parti, les conditions de vie de « l’indigène » devaient notablement changer. En bien. Et pourquoi pas jusqu’à fantasmer pour se construire, un jour, des châteaux. L’Afrique est potentiellement riche.

Pour la RD Congo, ce fut le 30 juin. Enfin, tout au long des années 1960, les cris de victoire se succédaient, au rythme des mois, parfois, à celui des semaines. L’Afrique coupait les chaînes de la colonisation.

A Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa), la capitale, en ce jour, l’émotion était au zénith. Le roi des Belges Baudouin Ier jette des fleurs sur l’œuvre colonisatrice, contredit aussitôt par Patrice Lumumba, premier Premier ministre du Congo. Dans son procès du colonialisme, celui-ci fustige vertement le manque d’humanité du « système ». Le souverain en accuse le coup.

Peuple destructeur !

Ils sont donc partis, les colons belges. Ils ont laissé un réseau de routes qui couvrait entièrement ce territoire congolais, vaste de 2,345 millions de km2. Pour n’en prendre, en paradigme, qu’une seule image d’illustration. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une véritable illusion. La forêt a repris ses droits, ne laissant par indulgence que des pistes uniquement pour piétons.

« Ce fut dans le but de faciliter l’évacuation de leur pillage », retorquera sans doute le révolté inconscient. Et les hôpitaux, et les écoles, et une administration bien organisée … ? La réponse, on le sent, sera dans le même goût … Hier, ce fut l’autre, le voleur ; aujourd’hui, c’est toujours la faute à l’autre, les Belges, l’Occident.

Mais alors, qu’as-tu fait, depuis, Congolais ? Tu sais qu’à l’époque, la situation socio-économique de ton pays n’avait pas beaucoup à envier à celle de la Chine de Mao, qui venait de boucler sa « Longue Marche » ? A certains égards, le Congo ne manquait de marquer  quelques longueurs d’avance.

Aujourd’hui, tu as tout détruit. Peuple destructeur ! Aujourd’hui, sans froid aux yeux, le Congo va tendre sa sébile à la Chine. Aujourd’hui, le Congolais constitue la risée de tout le monde. Où que l’on aille, il est là, réfugié plutôt économique. Il fuie la misère crasse dans son pays, jusqu’à déshumanisation. Lorsqu’un homme, placé dos au mur, va cuire des beignets à base d’argile et de sel de marécages, pour survivre, il faut avouer qu’il ne lui reste plus en effet que trop peu d’humanité.

Telle est la situation vécue, quelque part en Ituri (nord-est), où les ethnies Lendu et Hema se battent depuis plusieurs décennies, manipulés par leurs leaders politiques. En lien avec certains pays frontaliers. Dans le but de la balkanisation.

C’est cela, en résumé et en images fortes, la RD Congo, 60 ans après l’indépendance. Un peuple désuni. Dans un Etat failli. Le discours du président Tshisekedi, lundi (30 juin), n’est pas du tout une première. On en a entendu jusqu’à satiété, et jusqu’à la caricature, depuis le « maréchal » Mobutu et ses deux successeurs, Kabila le « M’zee » et Kabila le « raïs ». Rien n’y fut.

Et, il n’en sera rien pendant la présence de Tshisekedi, arrivé au sommet de l’Etat par des voies que tout le monde connaît.

Réussites sans éclats

Le rififi que l’on enregistre à ce niveau, pour le moment, est un signe évident du divorce, qui se profile entre Kabila et son allié. C’est le terminus inévitable d’un « deal à deux », qui court en dehors de la Constitution et du peuple, son émanation. Dommage que l’adresse du roi des Belges au peuple congolais, à l’occasion de cette date-anniversaire, soit tombée dans cette cacophonie, alors qu’elle aurait due être écoutée et interprétée. Au fait, des excuses d’où qu’elles viennent et quelles qu’en soient le circonstances (si elles sont sincères), n’ont jamais été vaines en soi.

Puisqu’il s’agit de la Belgique, et pour en terminer avec la RD Congo, évoquons cette image d’un humour grinçant de Mgr Munzihirwa, assassiné à Bukavu en 1996 : « Les Congolais ! Ils sont aujourd’hui comptés en Belgique par millions. Donnez le Congo aux Belges, les Congolais reviendront vite au Congo, puisqu’ils auront déjà détruit la Belgique ».

Serait-ce la même image pour l’Afrique-subsaharienne, en général ? Que reste-il du tube « panafricaniste » de Kabasele et l’African-Jazz ? Certes, quelques pays se sont distingués, en ceci ou cela. Réussites toutefois sans éclats. L’occident est toujours accusé. Souvent à tort. Au lieu de cela, la Chine ne s’est-elle pas employée à relever tous les défis ? Et, à traiter aujourd’hui d’égal à égal avec l’Occident ? Même à le dépasse, dans certains domaines ?
L’Afrique peut faire de même. Mais quand ?

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France

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