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RD Congo: pourvu que les urnes se remplissent sans faire trembler le pays!

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44 millions de Congolais sont appelés aux urnes

La République démocratique du Congo vivra une journée de toutes les incertitudes ce mercredi 20 décembre. Non pas parce que la commémoration de la Nativité du Christ est proche ou que l’année 2023 s’étiole inexorablement pour faire toute la place à 2024, mais parce que c’est jour de vote. La bonne nouvelle, c’est la fin de la campagne de deuil, de haine et de terreur. La mauvaise nouvelle, ce sont les prémices inquiétantes, mais bien ostensibles, de soubresauts postélectoraux qui guettent les Congolais. Tout peut arriver dans ce pays-continent d’une superficie de 2,345 millions de Km2, où l’insécurité est reine et coutumier des conflits meurtriers, dont cette guerre sans fin imposée à la RD Congo par le M23 et qui soumet les populations du Nord-Kivu aux pires formes de violences et à la mort.

C’est dans cette ambiance, où la peur des lendemains de vote, est la chose la mieux partagée, compte tenu des appétits voraces de garder le pouvoir pour les uns ou de le conquérir pour les autres, que 44 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour désigner, parmi 100 000 candidats, leur président, leurs députés nationaux et provinciaux et leurs conseillers communaux. Comme à l’accoutumée sous les tropiques, la présidentielle ravit la vedette à toutes les autres élections qui se déroulent en même temps qu’elle. L’un des grands défis qui se pose est celui de la logistique, compte tenu de l’immensité du territoire et l’accès difficile de certaines zones, et pour lequel des moyens de transport, notamment aériens, ont été sollicités et obtenus par la Commission électorale nationale indépendante (Céni) auprès du voisin de la République du Congo et de l’Egypte, et de l’ONU via la Monusco.

A ces épines de manque d’infrastructures et des difficultés de transports des machines à voter, bulletins et autres matériels de vote, échardes au pied de la Commission en charge de l’organisation des élections, s’ajoute sa propre contestation par les candidats de l’opposition qui dénoncent, déjà et depuis bien longtemps, sa proximité, vraie ou fausse, avec le pouvoir sortant et divers dysfonctionnements dans le processus proprement dit. On ne saurait occulter la privation de nombreux citoyens de leur droit de vote, même quand c’est pour des raisons évidentes d’insécurité.

Mais hormis tous ces obstacles singulièrement en lien avec les élections, le constat est fait du peu d’intérêt accordé par les différents candidats dans leurs discours, à la jeunesse, frange pourtant importante de la population actuelle et future de la RD Congo. Du reste, les jeunes, hantés par le chômage et le manque d’emploi, sont visiblement gagnés par la lassitude des promesses non tenues par les dirigeants, ce qui justifie leur désamour de plus en plus prononcé pour la chose politique.

En tout cas, le fauteuil présidentiel, Felix Tshisekedi, candidat à sa propre succession, le disputera sans doute aux trois principaux challengers de l’opposition, avec l’avantage certain pour lui, que le scrutin est à un seul tour et que Moïse Katumbi, Martin Fayulu et Dr Denis Mukwege n’ont pas réussi à se défaire de leurs égos pour se ranger derrière un seul choix. Chacun d’eux, conformément à la logique…illogique de tous les opposants africains, qui préfèrent être tête de rat, c’est-à-dire seuls contre la grosse machine du pouvoir, au lieu d’être queue de lion, soit rangés derrière une union forte, va se battre avec ses armes, émiettant, consciemment ou non, les voix de l’opposition, au profit du champion du pouvoir.

Certes, il y a eu quelques désistements en faveur de Moïse Katumbi qui semble le mieux à même de croiser le fer avec le président-candidat, mais ces ralliements, non seulement ne sont pas très consistants, ni en qualité ni en quantité idoines. Qui plus est, ils sont venus en retard, sommes-nous tentés de dire. C’est à croire que tous ces opposants s’entendent pour faire le jeu de Felix Tshisekedi et lui offrir un boulevard pour retourner au palais présidentiel. Pour cinq ans encore, et plus si affinités!

Pourvu que les urnes se remplissent sans faire trembler le pays!

Par Wakat Séra