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RDC: attention à une nouvelle crise!

Sylvestre Ilunga (à gauche) et Félix Tshisekedi, en mode "je t'aime, moi non plus" (Ph. d'illustration-JA)

Après l’explosion de la coalition FCC-CACH, un couple dont l’avenir était plus qu’incertain, tant tout opposait les conjoints, c’était prévisible que le nouveau marié se trouve un, ou d’autres prétendants. Ce qu’a fait Félix Antoine Tshisekedi, le président de la République démocratique du Congo (RDC), étouffé, durant deux ans, par l’hégémonie de son prédécesseur, qui, contraint de lâcher le pouvoir, est parti sans…partir. Joseph Kabila, avait toujours entre ses mains, l’administration du pays, que ce soit, l’exécutif, le parlement et même les provinces à travers leurs gouverneurs.

Logiquement, c’est la volonté de l’ancien président qui était faite par cette sorte de Reine d’Angleterre qu’était devenu «Fatshi». L’option de l’émancipation était, ainsi, devenue plus qu’impérieuse pour le fils de l’historique et emblématique opposant, Etienne Tshisekedi. Le jeu en valait la chandelle et les premiers rounds, même s’ils n’ont pas mis KO Joseph Kabila et les siens, semblent bien maitrisés par le chef de l’Etat congolais.

En quête d’une union sacrée qu’il appelle de tous ses vœux, afin de se défaire totalement des liens de son désormais ex-allié, Félix Tshisekedi, peut compter sur des anciens suppliciés du «Raïs» congolais, en l’occurrence Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba. Sauf retournement de veste, sport dans lequel excellent les politiciens, les deux opposants du régime défunt seront d’un appui inestimable pour Félix Tshisekedi dans l’envol pour son indépendance. Avec la destitution du Premier ministre, Sylvestre Ilunga, un proche des proches, s’il en est, de Joseph Kabila, Katumbi et Bemba ont donné la preuve de leur poids, dans la nouvelle configuration politique de la RDC.

Certes, ils ont besoin davantage de gages de la part de leur nouvel allié, qu’ils ne portent pas forcément dans leurs cœurs, conscients que ce sont les contingences de l’heure qui l’ont poussé vers eux, mais ils savent également que leurs destins politiques sont liés, pour l’instant, en attendant que le vent tourne de nouveau. Et qu’eux-mêmes, forcément lorgnant le palais présidentiel, prennent, à leur tour, leur indépendance de l’Union sacrée.

C’est une évidence, ce vote écrasant pour mettre hors piste le Premier ministre constitue un revers indubitable pour Joseph Kabila et son clan, mais est loin de signer leur mort politique, Félix Tshisekedi, qui a été mal élu, n’ayant pas son destin en main. Il a certes la légalité, les urnes de l’élection présidentielle de décembre 2018 l’ayant consacré président, mais est loin de la légitimité qu’aurait eue le candidat Martin Fayulu, si les dés n’avaient pas été pipés contre lui. Certes, nous ne pouvons refaire l’histoire, même si nous l’aurions bien voulu, mais ce début de règne chaotique, Félix Tshisekedi en porte l’entière responsabilité, nul ne pouvant se prévaloir de ses propres turpitudes, comme le dit l’adage. Pour cette première alternance démocratique depuis l’indépendance du pays, les concitoyens de Patrice Emery Lumumba, méritaient mieux que ce «deal vénal».

Félix Tshisekedi et son camp, peuvent savourer cette première victoire, qui pourrait bien n’être qu’un succès d’étape. L’incompétence, l’insécurité, l’incapacité à mettre fin aux massacres dans l’est de la RD Congo, la présence des armées étrangères sur le sol congolais, le manque d’équité dans la justice et la corruption, pour ne citer que ces griefs, portés par, la partie accusatrice de l’Assemblée nationale, contre Sylvestre Ilunga, relèvent, en réalité, de la responsabilité du chef de l’Etat, de qui le Premier ministre reçoit sa feuille de route. Mieux, ces maux, sont loin d’être une nouveauté pour les Congolais et ne peuvent disparaître d’un coup de baguette magique, encore moins avec la destitution d’un Premier ministre, qui fait les frais d’une nouvelle ambition politique, d’un homme politique, qui en a marre d’être une marionnette aux mains de celui qui l’a fait roi.

Que passera-t-il maintenant que Sylvestre Ilunga, qui n’a pas assisté à sa destitution, mais doit présenter sa démission à Félix Tshisekedi dans les 24 heures, ne le fait pas? La RDC, le pays à la taille d’un continent, objet de toutes les convoitises à cause de son sous-sol qui regorge d’immenses richesses, est, peut-être, en train de plonger dans une autre crise, dont les déflagrations pourraient bien causer des dégâts inimaginables.

Par Wakat Séra  

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