Accueil Editorial Retour d’Abdoulaye Wade: le père en mission pour le fils?

Retour d’Abdoulaye Wade: le père en mission pour le fils?

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Abdoulaye Wade voudrait bien relancer son fils Karim dans la course à la présidence, après ses déboires judiciaires. (Ph. xalismasn.com)

Un vieux lion doublement blessé de retour dans l’arène. Ce n’est pas un conte de fée mais une nouvelle page de l’histoire politique sénégalaise qu’entreprend d’écrire Abdoulaye Wade et le Parti démocratique sénégalais (PDS). 91 ans, soit juste deux ans de moins que le Zimbabwéen Robert Mugabe qui est le chef d’Etat le plus vieux en âge en exercice dans le monde. Avant d’accomplir son souhait de revenir aux affaires d’abord en tant que député, Abdoulaye Wade a déjà réussi son come-back en terre de la Teranga. L’accueil triomphal qui lui a été réservé par ses partisans n’a pas manqué de redonner au Vieux Gorgui une fougue qu’il n’a du reste jamais perdue. Retrouvant toute sa jeunesse, il s’est livré à son exercice favori de grand tribun, haranguant une foule acquise à sa cause et comme nostalgique de ces années où l’ancien président faisait la pluie et le beau temps, se vantant de la longévité presqu’exceptionnelle dont la nature a fait don à sa lignée. Se croyant d’ailleurs invincible et fidèle à la tradition des dirigeants africains qui ne savent pas quitter les choses avant qu’elles ne les abandonnent, Abdoulaye Wade, désespérément à la conquête d’un troisième mandat,  courbera l’échine devant Macky Sall en 2012. Surpris par cette déconfiture à laquelle il était loin de s’attendre, l’homme du «Sopi»-le changement- s’était tout de même dépêché de présenter ses félicitations à son tombeur.

Défaite qui marquera aussi la descente aux enfers de son fils Karim Wade, pour lequel il avait presque fini de tailler son costume de dauphin. Malgré son titre quelque peu ironique d’ailleurs de ministre du ciel et de la terre, du fait de l’épaisseur de son maroquin qui regroupait les départements de la Coopération internationale, de l’Aménagement du territoire, des Transports aériens et des Infrastructures de 2009 à 2012, le fils ne deviendra pas calife à la place du calife. Il goûtera même aux aspérités des geôles de Rebeuss, pendant 38 mois, accusé et condamné pour enrichissement illicite. Reconnu pour sa rancune tenace, est-ce cette double gifle que lui a assenée Macky Sall en lui barrant la route de la présidence en 2012 et en mettant en prison son fils et homme de confiance, que Abdoulaye Wade est revenu pour venger? En tout cas, l’ancien président n’est pas passé par quatre chemins pour appeler son successeur à quitter le Sénégal à bord de l’avion qui l’a ramené, lui, au bercail. Convaincu qu’il a encore un rôle de choix à jouer sur la scène politique du Sénégal, avec pour challenge immédiat de se faire élire député sous la bannière de son parti le PDS, Me Wade a déjà ouvert les hostilités dans cette campagne pour les législatives du 30 juillet prochain dans son pays.

Abdoulaye Wade pourrait bien récupérer l’espoir des partisans de Khalifa Sall, le maire de Dakar derrière les barreaux, accusé de détournement de fonds publics, et surfer sur la déception de millions de Sénégalais qui ont mis fin au règne du «Sopi» pour engager deux nouveaux baux avec le champion de la coalition Benno Bokk Yakkar. Certes, le «bourreau» de la famille Wade, à en croire ses lieutenants n’est pas intéressé par un troisième mandat. Le voudrait-il qu’il rencontrera sans doute sur son chemin, le mouvement Y’en a marre  et autres organisations allergiques aux présidences à vie. Mais les Sénégalais qui ont plutôt soif d’un renouvellement de générations, seront-ils prêts à opérer cette reculade vers l’ancienne classe pour redonner leur confiance à celui-là même qu’ils ont vomi parce qu’il ne leur a pas servi le changement qu’il leur avait promis, alors qu’il était encore l’opposant historique ? A moins que le père soit en mission pour le fils, dont il préparera la réhabilitation pour lui rouvrir les voies de la présidence, rien ne peut justifier ce retour dans une mare politique où tous les coups sont permis, sans considération de droit d’aînesse. Une chose est certaine, la campagne électorale pour les législatives et l’avenir politique du Sénégal s’annoncent bien palpitantes.

En tout cas, l’Afrique pourra se targuer d’élargir son cercle de dirigeants bientôt centenaires. Faut-il en rire ou en pleurer?

Par Wakat Séra