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Sénégal: libérez Pape Alé Niang!

Le directeur de Dakar Matin, Pape Alé Niang

Libérez Pape Alé Niang! La place du journaliste n’est pas derrière les barreaux mais plutôt, à la recherche de l’information pour satisfaire l’un des droits prioritaires du citoyen, le droit à l’information. «Dakar Matin» et tous les lecteurs dudit site d’informations sénégalais, ont besoin de cet «ouvrier de la plume», reconnu pour ses critiques à l’endroit du pouvoir, et qui a été placé en garde à vue depuis dimanche soir. Son tort a été d’avoir révélé le dispositif sécuritaire érigé dans le cadre de l’audition, le jeudi 3 novembre, du chef de la coalition de l’opposition sénégalaise «Yewwi Askan Wi», Ousmane Sonko. Le maire de Ziguinchor en Casamance, véritable poil à gratter du président Macky Sall, est accusé de viols répétés, notamment sur une masseuse professionnelle.

Les griefs contre Pape Alé Niang, à supposer que les faits sont réels, ne sont-ils pas trop légers pour s’acharner ainsi sur un journaliste qui n’a pas divulgué un secret d’Etat? Mieux, l’information qu’il a donnée, n’a conduit à aucun trouble, l’édile de Casamance ayant appelé ses partisans au calme et à vaquer à leurs occupations, pendant que lui répondrait à la convocation de la justice. Mot d’ordre qui fut scrupuleusement respecté, ce qui a évité aux Sénégalais de revivre les scènes chaotiques observées lors de la mise en examen de Ousmane Sonko, des manifestations qui avaient occasionné, en mars 2021, au moins 12 morts.

Mais plus que la personne du patron de «Dakar Matin», la crainte est manifeste au niveau des syndicats qui la défendent, que ce soit la profession qui se retrouve ainsi dans le viseur de prédateurs de la presse. Les menaces ne sont pas à prendre à la légère, et pourraient bien justifier le recul de la liberté de presse au Sénégal, faisant monter en flèche, ce pays de la 49è à la 73è place dans le dernier rapport de Reporters Sans Frontières (RSF). Toutefois, le pouvoir est loin d’être le seul obstacle à la liberté d’informer, l’opposition étant également mise à l’index par l’Association des professionnels de la presse en ligne. Sans être dramatique pour les journalistes sénégalais, la situation n’en n’ait pas moins inquiétante, surtout en cette veille d’élection présidentielle prévue pour 2024, compétition pour laquelle le procès, d’intention ou réel, est fait à Macky Sall de vouloir oser un 3è mandat anticonstitutionnel.

En tout cas, Pape Alé Niang, à l’instar de tous ses confrères au Sénégal et dans le monde, n’accomplissent qu’un noble devoir, souvent au mépris de leur vie, de mettre à la disposition de leurs concitoyens, les informations dont ils ont besoin au quotidien. Certes, les journalistes sont loin d’être des supers hommes ou des supers femmes intouchables, mais ils sont assez exposés à toutes sortes de risques, pour être encore inquiétés par des arrestations pour des motifs aussi banals. Comme Ghislaine Dupont et Claude Verlon de RFI, tués à Kidal au Mali le 2 novembre 2013, ou Norbert Zongo de l’Indépendant, tué et calciné, avec ses compagnons de route, le 13 décembre 1998 à Sapouy au Burkina, les hommes des médias sont, constamment, confrontés à la mort. Pourtant, ils constituent un véritable baromètre de cette démocratie dont l’Afrique continue de faire le dur apprentissage.

Libérez Pape Alé Niang et faites libérer tous les journalistes otages dans le monde, comme Olivier Dubois, aux mains des terroristes du Groupe de soutien à l’islam et au musulmans (JNIM), depuis le 8 avril 2021, lorsqu’il a été enlevé près de Gao au Mali. Olivier est déjà à son 19è mois de captivité!

Par Wakat Séra

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