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Société civile et BAD: duo de choc pour accélérer le développement de l’Afrique

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Le Forum de la Banque africaine de Développement (BAD) et de la société civile  tenu du 7 au 9 mai à Abidjan, a été rythmé par  plusieurs faits majeurs qui ont jalonné le déroulement des travaux, notamment les recommandations de « bonne facture » formulées par les différents panels animés par la société civile, mais aussi et surtout la mise sur orbite, du comité bipartite BAD-Société civile. Nous avons rencontré des membres de la société civile mais aussi de la représentation de la Banque qui ont livré leurs appréciations et attentes par rapport à ce nouveau cadre de partenariat.

Zéneb Touré, chef de Division de la société civile et de l’innovation sociale au sein de la BAD.

Quelle appréciation ‘à chaud,’ pouvez-vous nous faire sur la tenue de ce forum consacré à la société civile?

Nous sommes vraiment fiers et ravis de voir que la société civile africaine s’est autant mobilisée d’autant plus que nous n’avons pas financé ces participants qui sont venus de partout. Par cette participation importante,  nous nous rendons compte que la société civile considère de plus en plus, la Banque Africaine comme son institution et est présente à ses côtés pour décider des actions à mener sur le terrain, et aussi pour l’accompagner dans ses opérations.

Nous apprécions beaucoup le fait que la Banque soit  représentée à un haut niveau, nous avons le chef du département économie qui est vice-président. De plus, avec la présence de deux vice-présidents au panel inaugural, cela dénote du sérieux avec lequel la banque s’engage à considérer la société civile comme un partenaire à part entière.

Nous tenons également à saluer la qualité des différentes interventions, aussi bien la pertinence des contributions de la société civile que la disponibilité des représentants de la banque à répondre à toutes les questions.

N’oublions pas qu’il y a eu les sessions animées par la société civile qui ont été le lieu de partage d’une diversité d’expériences avec toutes les parties prenant part au Forum.

Que deviendront les recommandations à l’issue de ce forum ?

Il faut noter que le forum de la société civile se tient avant les assemblées annuelles de la Banque, ainsi donc toutes les recommandations recueillies à l’issue du forum seront portées au niveau des assemblées annuelles. Nous avons conjointement travaillé avec le département Industrialisation pour coller justement avec le thème des assemblées annuelles de cette année.

A cet effet, la société civile a été invitée précisément le deuxième jour du forum, à modérer elles-mêmes, des sessions sur l’industrialisation. Ces travaux de groupe ont tablé notamment sur les différents piliers de la stratégie d’industrialisation que sont, les cadres politiques et législatifs facilitant l’investissement et le secteur privé d’une part, et sur le financement, les talents et compétences d’autre part.

Certains participants estiment que les accords coloniaux doivent être placés au cœur du débat, qu’en dites-vous ?

 A mon avis, en tant que société civile africaine, il faut que nous dépassions ces débats plus ou moins passéistes. Je viens moi-même de la société civile et nous devons avancer. Nous sommes tous conscients de notre passé, de notre présent, ainsi que des pesanteurs internationales que celles traditionnelles au niveau de nos pays qui pèsent sur nous.

Mais que faisons-nous pour redresser cet état de fait?

Si nous continuons à pointer l’extérieur, les autres comme le problème, je pense que nous n’allons pas avancer. La société civile est présente aussi pour essayer de voir comment élaborer des solutions à partir des problèmes que nous avons. Alors, la démarche de construction qu’il faut privilégier, c’est  lorsque la société civile vient vers les institutions, les Etats dans une démarche à porter les problèmes, les challenges mais aussi à porter les propositions de solutions. Nous pouvons nous plaindre, mais ce ne sont pas les autres qui viendront faire le travail à notre place, qui viendront pour nous aider à nous construire puisqu’ils sont eux, en train d’avancer.

Quelles sont les véritables raisons qui poussent la Banque Africaine de Développement à s’engager auprès de la société civile ?

La BAD s’engage parce qu’elle devient plus responsable, elle devient une institution qui souhaite avancer pour plus de redevabilité, puisqu’elle se situe dans un mouvement global, planétaire où de plus en plus, il y a  une forte demande sociale, de reddition bien plus qu’il y a 20 ans en arrière. Alors la Banque s’inscrit résolument dans cette nouvelle dynamique de redevabilité accrue. Nous voulons mieux suivre nos politiques, nous voulons intégrer la société civile pour qu’elle nous aide à mieux identifier les priorités, mais aussi à mettre en place des programmes qui cadrent mieux avec les besoins des populations.

En illustration, si nous mettons un projet énergie en place, quels sont les différents piliers de ce projet sur lesquels nous devons appuyer en priorité que ce soit au Bénin, que ce soit au Burkina Faso où les problèmes sont différents.

L’industrialisation est au cœur des débats, mais vous savez pertinemment le lien qui existe entre énergie et industrialisation alors que l’Afrique est actuellement électrifiée en dessous de 5% ?

Notre stratégie Light up Africa est un projet ambitieux qui résume bien notre vision en la matière. Il y est question d’accès universel à l’électrification. L’énergie est devenue une question des droits humains de nos jours.

Luther Yaméogo, Directeur Pays de Diakonia au Burkina Faso

Que pensez-vous du fait que la BAD, une banque d’envergure continentale souhaite à présent associer la Société civile à sa stratégie de développement du continent?

Dans un premier temps, en tant que Société civile, il y a lieu de se réjouir et de se féliciter de la tenue de ce forum dédié à la société civile ce qui démontre un engagement de la Banque Africaine de Développement et qui confirme que dans sa vision actuelle notamment le High Five, la société civile est reconnue comme un acteur majeur d’accélération de développement du continent.

Mais cela a été le fruit d’un parcours jalonné de plusieurs cadres de dialogues et de mécanismes, parce que généralement la Banque associait la société civile dans le cadre de ses assemblées annuelles, mais plutôt en tant qu’ observateur, en guise de faire-valoir. Mais aujourd’hui, reconnaitre et admettre la société civile comme un partenaire et organiser un forum spécifiquement à elle dédiée, est l’aboutissement d’un processus convergent avec les actions d’organisations de la société civile mais aussi des actions menées à l’intérieur de l’institution.

C’est le lieu de reconnaitre toutes les actions menées par Madame Zéneb Touré qui depuis qu’elle a en charge le portefeuilles, n’a cessé de plaider de l’intérieur pour que la société civile soit reconnue comme un  partenaire et puisse avoir la latitude et l’environnement favorable pour jouer son rôle.

C’est donc une satisfaction majeure de voir plus de 300 personnes de toute l’Afrique réunies pour discuter sur la contribution de la société civile au développement de l’Afrique.

Nous savons tous que le forum est à sa toute première édition, avez-vous néanmoins des attentes au sortir de ces trois jours de concertation?

Naturellement l’attente majeure, c’est d’abord la consécration du rôle éminent que joue la société civile dans le développement. Comme vous le savez, la société civile est ce cadre organisé, d’associations ou d’organisations qui ensemble, agrègent les préoccupations des citoyens, les mettent sur agenda afin que les politiques publiques soient mises en œuvre en adéquation avec les besoins citoyens.

Ici donc, le rôle de la société civile est prégnant dans la mesure où d’abord en tant qu’acteur, la société civile sera présente dans un cadre de dialogue qui ne sera plus uniquement et exclusivement réservé à l’Etat et au secteur privé. mais nous pourrons avoir un dialogue tripartite Etat, secteur privé et société civile.

Dans un deuxième temps, il s’agit de reconnaitre le rôle de la société civile, dans la veille citoyenne, dans la redevabilité, dans la transparence et dans la lutte contre la corruption.

Nous savons que dans les cadres de coopération, la Banque Africaine de Développement octroie des prêts, des crédits, des subventions à l’Etat et c’est le rôle de la société civile de garantir la transparence, de garantir des mécanismes de prise en compte des vrais besoins des citoyens dans cet agenda qui est d’abord économique.

Nous devons jouer un rôle de veille permanente, un rôle de vigie pour que la démocratie prévale dans l’allocation des marchés ainsi que dans la mise en œuvre des opérations de la BAD.

A un troisième niveau, il s’agit également de rectifier la problématique du développement d’un point de vue citoyen. Lorsqu’on parle développement, il faut savoir de quoi il est question. La Banque a justement inclus dans son Top Five, l’amélioration de la qualité de vie des Africains comme l’une des cibles des cinq priorités.

Au niveau de Diakonia, notre leitmotiv et notre objectif, c’est de travailler à déconstruire les conditions injustes qui empêchent les citoyens de vivre dans des conditions dignes, à l’abri de la misère, de la violence et de la pauvreté.

Il s’agit donc de créer des sociétés équitables dans lesquelles, la justice sociale est prégnante. Et à cet égard, nous voyons une convergence entre la vision de la BAD d’améliorer la qualité de vie  des Africains et la nécessité de créer des sociétés justes et équitables. C’est en cela que nous estimons que notre attente majeure sera de continuer à travailler pour que le citoyen reste le bénéficiaire ultime, reste l’ayant-droit des politiques de développement qui doivent être portées par des Africains, pour des Africains et en Afrique.

A un quatrième niveau, si nous pouvons ajouter une attente, c’est de considérer aujourd’hui les nouveaux mécanismes de redevabilité qui existent comme l’utilisation des technologies de l’information et de la communication. La BAD prévoit de mener des actions pour nourrir, éclairer, industrialiser, intégrer l’Afrique, mais pour que la qualité de vie des Africains soit améliorée, il faut tenir compte de l’émergence de ces technologies de l’information et de la communication qui doivent être utilisées pour garantir et catalyser la participation des citoyens.

Et comme dernière attente, il s’agit de renforcer le capital humain en Afrique par la capacitation des OSC, par le renforcement des capacité des acteurs étatiques à percevoir cette dynamique. Il faut également renforcer les mécanismes d’alphabétisation et  d’éducation pour que ce soit des Africains bien formés, des Africains qui ont des vocations, passionnés qui s’engagent à se nourrir, à s’industrialiser, à s’intégrer et à davantage travailler pour eux-mêmes, et ne pas s’attendre que d’autres personnes viennent les nourrir, les éclairer, les intégrer. Ceci doit rester un processus mené, réfléchi par les Africains dans le sens d’une pensée stratégique forte, d’une prospective forte, pour que ce soit l’Afrique qui se prenne en charge grâce à un partenariat fécond entre la Banque Africaine de Développement, les Etats, le secteur privé et la société civile.

Nelson N’holle, directeur général du cabinet N’HOLLE Consulting et Expertise en Côte d’Ivoire,

Que pouvez-vous espérer en tant que cabinet de financement de projet d’un forum de cette facture ?

Notre cabinet est spécialisé en gestion de projets et dans la recherche de financement des ONG. Et nous sommes confrontés vraiment à un problème de fonds pour pouvoir accompagner ces ONG qui sont dans le milieu rural et qui participent au développement de leur pays.

Nous espérons trouver notre compte à la longue avec ce type de forum, car lorsqu’il s’agit de la Banque Africaine de développement, nous sommes conscients qu’il faut s’armer de patience. Pourquoi? Les actionnaires de la BAD n’étant pas tous forcément en Afrique, se pose alors  la  question de procédures, ce qui peut paraître long dans l’avancement des dossiers. Mais nous sommes Africains et nous ne pouvons que nourrir de l’espoir pour notre continent.

Dr Justine Kyelem, Coordonnatrice régionale de la Plateforme des femmes du G5 Sahel, Enseignante chercheur à l’université Ouaga II.

Vous avez activement participé aux différents débats, que pouvez-vous nous dire sur l’initiative de la tenue de ce forum ? 

Merci bien à Wakat Séra de nous donner l’opportunité de nous exprimer sur le forum afin que nos frères et sœurs du Burkina sachent ce qui se passe ici.

Le forum en lui-même est une véritable innovation qui permettra de rattraper tout ce qui empêche l’implication effective de tous les acteurs du développement de l’Afrique et particulièrement dans le domaine  de l’industrialisation.

De ce fait, je suis vraiment très satisfaite d’abord de la qualité des ressources qui sont conviées mais aussi des panels et des thèmes qui sont développés au cours de ce forum.

Nous nous situons juste au début de ce partenariat, néanmoins, en attendez-vous des résultats  objectifs ?

Sincèrement ma première attente serait que nous ayons le rapport qui confirme que l’ensemble des idées qui sont toutes pertinentes ont été bien enregistrées, reprises et consignées au bon endroit.

Que ce rapport nous permettre de mettre en place un outil de suivi pour s’assurer que la Banque elle-même va appliquer ce que nous avons arrêté ensemble.

Je ne souhaite pas que ce soit un forum de plus, mais un forum qui force le changement. Un changement non seulement au niveau de la Banque avec la caution que nous OSC nous lui donnons pour agir dans nos Etats.

La deuxième chose, c’est de permettre à la société civile d’agir, car c’est elle qui peut aller au niveau micro. Lorsque, nous écoutons les discours, la Banque est seule, elle ne peut pas parler partout, ni ne peut prendre des projets individuels, ni même les projets d’organisations ou d’associations parce qu’il leur serait difficile de suivre. Mais bien organisés avec les OSC, nous pouvons insuffler le développement à la base parce que si nous regardons les pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, ndlr) n’ont pas connu leur développement à partir de la mise en place des grandes industries, non. Le cas des Chinois est fort illustratif. Ils ont commencé à imiter la fabrication des pièces de rechange de tel ou tel autre outil dans des garages, même dans leurs chambres ou salons. C’est ainsi que nous avons entendu parler dans les années 95 à début 2000, d’ordinateurs clowns. Mais justement c’est de ce modèle qu’il s’agit, il faut permettre qu’au niveau de la base, qu’il y ait des micro entreprises et industries qui soient développées avec une société civile sérieuse non politisée. Ce qu’il faut craindre aussi, ce sont les projets qui seraient désignés parce que nous avons une couleur politique en vogue  et qui malheureusement n’auraient aucun impact réel sur le terrain.

Mainassara Abdoua, Président du Groupement des Aides Privées, Collectif des ONG/AD de développement du Niger, 

Vous êtes à la toute première édition du forum regroupant la BAD et la société civile, comment appréciez-vous une telle initiative?

C’est une initiative louable parce que la BAD à penser à s’associer des partenaires, des acteurs non étatiques que sont les ONG et associations de développement. Cette démarche est entreprise dans le but d’appréhender comment elle pouvait entreprendre des actions en matière d’industrialisation de l’Afrique mais en partenariat avec la société civile que nous sommes.

Nous avons trouvé cette initiative assez importante vu ce que les ONG et associations font comme actions à l’échelle du continent, elles sont réellement en mesure d’être de grands partenaires et d’apporter leur expertise à la BAD pour promouvoir cette industrialisation en question.

En tant que GAP, quelles sont les attentes  réalistes que vous nourrissez à l’issue du forum ?

C’est un premier forum au cours duquel nous nous sommes exprimés, nous avons fait des propositions à la BAD. Etant donné que c’est un premier contact, nous attendons de la BAD qu’elle nous prête une oreille attentive, parce que la question de l’industrialisation de l’Afrique ne date pas d’aujourd’hui. Les premiers présidents de l’Afrique ont créé beaucoup d’industries et entreprises. Mais malheureusement, elles ont fini par s’écrouler, alors pour que ça ne reste pas un éternel recommencement, nous demandons à la BAD d’intégrer la société civile aux processus de prise de décisions, pour ensemble déterminer les stratégies et actions à mener.

Alors ne craignez-vous pas que cette rencontre d’Abidjan ne soit qu’un  forum de plus ?

Vous savez c’est un début et c’est le lieu de se mettre ensemble pour réfléchir et trouver une plateforme de concertations. De ceci, doivent découler des grandes idées des ONG,  des recommandations, des perspectives pour l’avenir de l’Afrique. Nous allons certainement nous retrouver pour capitaliser les différentes recommandations issues du forum.

Didier Acouetey, vous êtes une ‘éminente tête’ du continent africain, surtout pour les jeunes, dites-nous ce vous espérez d’un tel regroupement? 

Concernant l’initiative, effectivement, le développement de chaque société se fait avec l’ensemble des acteurs que sont l’Etat, le secteur privé mais surtout la société civile. Et en Afrique  compte tenu,  des exigences sociales, de ces exigences de développement qui n’arrivent pas à être comblées par les Etats, compte tenu de leurs ressources probablement limitées, aussi  peut être par manque d’imagination. Alors, l’on se rend compte que beaucoup de solutions émanent de la société civile qui doit prendre toute sa part à ces processus de transformation du continent . Nous ne pouvons pas continuer de parler du chômage des jeunes, de manque de qualifications, des problèmes d’accès à l’énergie, des problèmes d’énergie et que la société ne s’implique pas, notamment, la société organisée qu’on appelle société civile.

Dans ce sens, la BAD qui est un élément important du dispositif de transformation de développement de l’Afrique, et la société civile ne sauraient restés en marge de cette dynamique.

Le forum de la société civile existe depuis plusieurs années. J’ai participé à une édition, il y a quelques années en Afrique de l’Est pendant les assemblées, qui a duré une journée. Mais, là je pense que le fait que la banque ait consacré deux journées entières et mis en place l’infrastructure pour que la société civile se prononce, échange et fasse des recommandations pour regarder dans quelles mesures, les objectifs de la banque sont alignés et en adéquation avec les objectifs finalement des populations est à ovationner.

Par WAKAT SERA

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