Accueil A la une Sommet de Pau: après la clarification, l’action!

Sommet de Pau: après la clarification, l’action!

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Le président français Emmanuel Macron entouré de ses hôtes du G5 Sahel (Ph. SUD OUEST)

«Nous n’avons pas le choix, il nous faut des résultats». Emmanuel Macron est comme entré dans la tête de ses millions d’âmes qui ont été obligées d’exprimer haut et fort, un sentiment anti-français, excédés par les nombreux morts, militaires comme civils, enregistrés pratiquement au quotidien. Et comme à quelque chose malheur est bon, le président français et son pays sont devenus le bouc émissaire parfait de certains dirigeants qui ont ainsi trouvé le moyen imparable pour masquer leur difficulté à mettre sur pied des stratégies claires et surtout efficaces pour contenir les attaques terroristes. Et la force française Barkhane qui est née sur les cendres de Serval est ainsi prise entre le marteau des djihadistes et l’enclume de manifestants exigeant leur départ hic et nunc du Sahel. Et toutes les armes se sont pointées sur la France et sa force qui malgré tout l’arsenal de guerre dont elles disposent ne sont pas en mesure de venir à bout de quelques centaines de terroristes. Une collusion a même été vite établie entre cette France hier adulée parce que sauveur du Mali et aujourd’hui vouée aux gémonies, surtout après son entrée solitaire à Kidal, ville sous contrôle djihadiste. Les résultats et l’espoir sorti des entrailles de Pau sont très attendus. Et les quatre piliers sur lesquels seront bâties les nouvelles stratégies de l’intervention française au Sahel, seront également très scrutés.

Le recentrage des actions sur le fuseau centre, c’est-à-dire la zone des trois frontières, soit Burkina-Mali-Niger en priorisant la lutte contre le groupe Etat Islamique, le renforcement des capacités des armées nationales avec comme clé de voûte le partage de renseignements, la restauration et la consolidation de l’autorité de l’Etat, et l’accent particulier à mettre sur le développement viendront-ils à bout de l’hydre terroriste? Plus qu’aux cinq chefs d’Etat du G5 Sahel qu’il a invités à Pau pour une redéfinition du cadre de l’intervention française au Sahel, c’est à toutes les peuples du Mali, du Niger, du Burkina Faso, du Tchad et de la Mauritanie, pays qui paient un lourd tribut à la menace terroriste que s’est adressé Emmanuel Macron dont il faut, au passage, saluer le courage et la détermination d’avoir initié ce sommet de clarification. Sans nous lancer dans des calculs fastidieux des pertes en vies humaines qui se chiffrent à au moins quatre mille morts, les écoles fermées et les centres de santé fermés, la grande crise humanitaire qui contraint les populations à la vie précaire d’exilés dans leur propre pays, la menace alimentaire sans précédent qui se profile, les conflits intercommunautaires qui font rage, les exactions de groupe d’auto-défense, la destruction programmée du tissu économique, c’est la litanie sans fin des fléaux auxquels est confronté une région du Sahel africain qui s’érige de plus en plus en sanctuaire des djihadistes et autres bandits de tout acabit. Et c’est à ces souffrances des populations qu’il urge de mettre fin. Ainsi, le sommet de Pau aura été ce tournant décisif dont se gargarisent déjà ceux qui nous gouvernent. En tout cas, comme on le dit trivialement «il y a eu plus de peur que de mal», vu la polémique qui n’a cessé d’enfler quant à la tenue de ce sommet. Et le chiffre 13 aura porté bonheur aux têtes couronnées française et sahéliennes qui doivent néanmoins savoir que plus dur encore sera l’après Pau.

Comment se fera concrètement l’ouverture de l’intervention de la communauté internationale contre le terrorisme à d’autres partenaires, pour éviter que la seule France soit au front, alors que les Etats Unis annoncent un allègement du dispositif militaire américain en Afrique et que d’autres Etats manifestent une frilosité ouverte à l’endroit du projet? Comment ériger un commandement conjoint G5 Sahel et Barkhane alors que la première force est loin de tourner à plein régime, pour ne pas dire qu’elle peine à naître et que 220 nouveaux soldats viendront gonfler les effectifs de 4 500 éléments de la deuxième? Visiblement, le défi continue d’être lourd à relever. Et comme le dit le président nigérien, Mahamadou Issoufou, «on a besoin de plus de Barkhane et pas de moins de Barkhane. Mais qu’en pensent les populations qui sont nourris au quotidien de plus de fantasmes que de réalités sur la présence française en Afrique? Faites vos jeux, les paris sont ouverts.

Par Wakat Séra

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