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Soudan: trois mois de prolongation pour les militaires

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Le peuple aura-t-il raison jusqu'au bout? (Ph. lechodalgerie-dz.com)

Le nouveau délai de 3 mois donné par l’Union africaine, réunie en sommet extraordinaire des chefs de l’Etat ce mardi 23 avril en Egypte, à la junte militaire soudanaise pour remettre le pouvoir aux civils sera-t-il le bon? Les militaires le respecteront-ils ou s’en serviront-ils comme un bol d’air pour renforcer leur position et prendre racine à la direction du pays? L’Union africaine a-t-elle manqué de fermeté ou se préoccupe-t-elle réellement du sort du peuple soudanais à qui elle entend éviter le chaos? Autant de questions qui restent pour l’instant sans réponse mais vitales pour l’avenir d’un pays qui sort de plusieurs décennies du règne long et autoritaire du général Omar el-Béchir. Une chose est certaine, la mobilisation des manifestations demeure intacte. Du reste, pour le moment. Pas question pour eux de se voir confisquer leur révolution. Le message des manifestants est sans équivoque. Les Soudanais affichent une volonté totale de rentrer dans une nouvelle ère, emportés par les effluves du changement qu’ils ont obtenu en précipitant la chute de Omar el-Béchir. Même l’armée qui a repris les choses en main, installant un conseil militaire à la tête du pays avec pour objectif d’assurer une transition dont le deadline devient de plus en plus flou, risque de passer à la trappe du «printemps soudanais». Après avoir appelé l’armée à la rescousse pour destituer le général à la célèbre canne, les populations ont visiblement coupé les ponts, face à ce qu’elles considèrent comme la tentative de récupération de leur soulèvement par l’armée. Malgré la sortie médiatique du nouvel homme fort de Khartoum pour essayer de rassurer la contestation que le pouvoir sera remis aux civils, le mercure de la protestation ne baisse pas. Du reste, même s’il promet que le conseil militaire rendra à César ce qui est à César, le général Abdel Fattah Abdelrahman Buhran, n’a fixé aucune date butoir pour satisfaire la vox populi. Du reste, le peuple n’est pas le seul à ne pas vouloir de la junte militaire au pouvoir. Les Etats Unis, l’Onu et bien d’autres mouvements proches de la société civile ont demandé que les civils soient associés à la transition démocratique.

En tout cas, sur le plan de la condamnation du coup d’Etat, l’Union africaine est on ne peut plus clair, en sommant les militaires de remettre le pouvoir aux civils en 15 jours. Une semaine s’est déjà écoulée sans que les hommes en kaki se plient à cette injonction de l’organisation africaine. Pire, la lune de miel entre l’Association des professionnels soudanais, fer de lance de la protestation, et l’armée semble se muer en lune de fiel. Du coup, les discussions ne sont plus d’actualité entre les protagonistes. C’est plutôt un climat de défiance qui n’augure rien de bon pour le Soudan, qui s’est érigé entre les civils et les militaires. Malgré le transfert de l’ancien président soudanais dans une prison et la fortune inimaginable de 113 millions de dollars saisie à sa résidence, les gages attendus des militaires pour la remise du pouvoir au peuple sont infimes, voire inexistants. Tout porte à croire que la junte militaire que les protestataires considèrent à raison comme le prolongement du régime de Omar el-Béchir, ne compte pas lâcher prise, confirmant de plus en plus cet air de révolution de palais qui entoure son coup d’Etat suscité par les manifestations populaires sans précédent. Les militaires soudanais ne veulent donc pas abdiquer, car perdre la main sur la gestion du pays, serait synonyme pour eux de la perte de tous les privilèges qui étaient leurs et qui leur permettaient de rouler carrosse au cours du long règne de Béchir.

Ce qui est certain, la tension est devenue palpable au Soudan où les militaires ont demandé aux manifestants de démanteler leur dispositif de protestation le dimanche 22 avril. Que se passera-t-il si les militaires campent sur leur position face à la détermination des manifestants d’aller jusqu’au bout du nettoyage systémique de la jungle militaro-politique soudanaise? L’affrontement serait alors inévitable, et le bain de sang inéluctable. Pourvu que l’armée sache raison garder pour encadrer et veiller sur la transition politique que le peuple désire. Peut-être que le trimestre de répit à elle accordé par les chefs de l’Etat de l’UA, serviront de temps de réflexion à l’armée pour éviter au Soudan, la grave crise qui la menace.

Par Wakat Séra

 

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