Accueil A la une Togo: entre élections et contestation, la nouvelle constitution s’annonce

Togo: entre élections et contestation, la nouvelle constitution s’annonce

0
En attendant les législatives et régionales togolaises (Ph. d'illustration)

Objet d’un léger report, parce que le chef de l’Etat a renvoyé en seconde lecture, la nouvelle constitution qui doit faire basculer le pays dans la 5e république, le Togo aura bel et bien ses élections législatives et régionales. C’est, en principe, le 29 avril, que les électeurs togolais ont rendez-vous dans les bureaux de vote pour, entre autres, procéder au renouvellement des locataires de l’Assemblée nationale, le mandat de ceux en place ayant échu depuis décembre 2023. Tout est en bonne voie, selon les organisateurs, et les différents états-majors des partis politiques peaufinent, eux, leurs stratégies de pêche aux voix, dans une campagne électorale que tous espèrent apaisée autant que les élections qu’elle annonce.

Dans les rues où les populations vaquent à leur quotidien, dans les services et dans les chaumières, la convocation du corps électoral était visiblement attendue par les Togolais qui entendent respecter par le passage par les urnes pour désigner ceux qui choisiront, à leur tour, pour un mandat unique de six ans, le président de la république et celui du conseil des ministres. Si les jeux sont ouverts, l‘opposition peut espérer diriger le Togo, car, le patron du conseil des ministres qui doit être désigné par le Parlement devra être le chef du parti majoritaire.

Même des poids lourds de l’opposition qui ont compris, sans doute à l’expérience du cas sénégalais, que la politique de la chaise vide est inopérante, affûtent déjà leurs armes. L’un des grands partis qui a toujours été le poil à gratter du pouvoir, l’Alliance Nationale pour le Changement, l’ANC de Jean-Pierre Fabre, compte prendre place dans les starting-blocks pour la compétition, afin de renverser la tendance qui a fait de l’Assemblée nationale en fin de mandat, un hémicycle aux couleurs uniques, «bleu et blanc» de l’UNIR, le parti au pouvoir. Dans l’attente de ces élections qui doivent tenir toutes leurs promesses, par leur inclusivité, leur transparence et surtout la paix qui doit les entourer, les potentiels électeurs ne cachent pas leur détermination à tourner le dos à ces scrutins qui ont, de par le passé, endeuillé de nombreuses familles par la répression violente de manifestations de protestation pour la plupart spontanées, pour dire non à des résultats qu’ils disaient avoir été tronqués.

C’est, visiblement, pour marquer une évolution des élections démocratiques, et, surtout dans la gouvernance, que des mutations ont été entreprises par les élus du peuple qui ont procédé à des réformes constitutionnelles d’envergure, dont celle qui fait passer le Togo du régime présidentiel à celui parlementaire, comme l’avait recommandé l’opposition politique elle-même en son temps. Paradoxalement, c’est cet axe de la nouvelle constitution proposée par quelques députés et adoptée par l‘Assemblée nationale qui pose problème. L’opposition y est subitement devenue allergique, et les évêques togolais avaient demandé au président de la République de ne pas abroger cette nouvelle constitution.

Ce qui a conduit Faure Gnassingbe à écouter la vox populi qui est la vox dei, à ne pas passer en force, renvoyant l’Assemblée nationale à la rencontre des populations, des leaders politiques, religieux et coutumiers, afin de recueillir leurs préoccupations pour parvenir à un texte accepté par le peuple. Une attitude de Faure qui en a surpris plus d’un, surtout que cette constitution qui renforce le pouvoir des députés et des sénateurs, le dépouillera, lui, s’il est désigné, de son omniscience et de son omnipotence, pour n’en faire qu’un président chargé d’inaugurer les chrysanthèmes. A moins que son parti remporte les législatives pour en faire le président du Conseil des ministres.

En cout cas, en attendant l’ouverture de la campagne, l’opposition maintient son planning de manifestations interdites par le pouvoir qui entend préserver l’ordre national. Le bras-de-fer aura-t-il lieu entre le gouvernement et les opposants, qui doivent rendre publique, ce mercredi, leur décision finale?  C’est dire qu’avant les législatives et régionales du 29 avril, il faudra vite accorder les violons dans le seul intérêt national et donner toute la latitude de l’arbitrage à ce peuple dont les uns et les autres affirment défendre les intérêts.

Par Wakat Séra