Accueil A la une Violences basées sur le genre: les femmes et les filles «sacrifiées»

Violences basées sur le genre: les femmes et les filles «sacrifiées»

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Ceci est un écrit de l’ONG Oxfam sur les Violences Basées sur le Genre (VBG). Selon elle, les mesures d’austérité et les préjudices qu’elles entraînent pour les femmes et les filles constituent une forme de VBG.

Les gouvernements du monde entier exposent les femmes et les filles à des niveaux de pauvreté, de danger, de surmenage et de décès prématurés sans précédent, en raison des mesures d’austérité inconsidérées adoptées de manière quasiment universelle au niveau mondial en vue de favoriser le relèvement économique au lendemain de la pandémie, ainsi que pour limiter l’inflation.

D’après un nouveau rapport publié aujourd’hui par Oxfam et intitulé L’austérité: aussi une question de genre, quatre gouvernements sur cinq ont imposé des mesures d’austérité et ont préféré réduire les dépenses publiques, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la protection sociale, plutôt que d’instaurer un impôt sur la fortune et de taxer les bénéfices exceptionnels. Plus de la moitié de ces gouvernements ne tiennent déjà pas compte des besoins des femmes et des filles et offrent au mieux une gamme de services publics et sociaux tenant compte du genre extrêmement limitée. Ils considèrent les femmes et les filles comme une variable sacrifiable.

Par exemple, le Nigeria a annoncé une réduction de 42 % de ses dépenses de santé en 2020, alors que son taux de mortalité et de morbidité maternelles est l’un des plus élevés au monde. Des témoignages provenant de centres de santé de première ligne au Nigeria révèlent des scénarios tels que deux infirmières en service pour répondre à plus de 150 femmes dans un service prénatal.

«Ce sont les femmes qui souffrent le plus des conséquences physiques, émotionnelles et psychologiques de ces coupes budgétaires dans les services publics essentiels parce que ce sont elles qui en dépendent le plus. Le relèvement économique post-pandémique a lieu grâce au dur labeur des femmes et des filles, au détriment de leur vie et de leur sécurité, déplore Amina Hersi, responsable de la justice et des droits relatifs au genre à Oxfam. L’austérité est une forme de violence basée sur le genre».

L’austérité n’est pas une fatalité, mais un choix : les gouvernements peuvent soit continuer à nuire en réduisant les services publics, soit augmenter les impôts pour ceux qui sont en mesure de les payer. Un impôt progressif sur la fortune des millionnaires et des milliardaires permettrait de générer près de 1 000 milliards de dollars de plus que les coupes budgétaires annuelles que les gouvernements envisagent à partir de 2023.

Des rapports récemment publiés par des agences des Nations Unies montrent que les femmes et les filles vivent déjà dans des situations extrêmement précaires. Oxfam estime que les politiques d’austérité ont eu les conséquences suivantes :
De plus en plus de femmes et de filles basculent sous le seuil de pauvreté à l’heure où 1,7 milliard d’entre elles vivent déjà avec moins de 5,5 dollars par jour.
Les inégalités en matière de taux de retour à l’emploi pour les femmes s’installent. D’après les estimations, entre 2019 et 2022, les femmes n’ont occupé que 21 % des nouveaux emplois, dans un contexte de précarité et d’exploitation grandissantes.
Le fardeau des soins continue de s’alourdir pour les femmes, alors qu’en 2020 elles avaient déjà fait 512 heures supplémentaires de travail non rémunéré.
Les femmes et les filles ont encore plus de difficultés à accéder à l’eau potable (cette pénurie coûte la vie à 800 000 d’entre elles chaque année) et aux denrées alimentaires abordables, en raison de la flambée des prix.
Les violences augmentent : parmi les femmes et les filles, une personne sur dix avait déjà été confrontée à des violences sexuelles ou physiques au sein de son couple en 2021. D’après une étude du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), afin de réduire leurs dépenses durant le confinement, 85 % des pays ont fermé les services d’urgence destinés aux personnes ayant été confrontées à des violences basées sur le genre.

À l’heure où plus de 85 % de la population mondiale est sur le point de vivre sous le poids de mesures d’austérité en 2023, ce bilan déjà catastrophique va s’aggraver, d’autant plus que les gouvernements ont manifestement bien d’autres priorités. 2 % du budget militaire des gouvernements suffirait pour en finir avec les violences interpersonnelles basées sur le genre dans 132 pays.

« Les politiques d’austérité mêlent patriarcat et idéologie néolibérale pour exploiter davantage encore les personnes qui sont déjà les plus opprimées de la société, faisant délibérément fi de leurs besoins », estime Amina Hersi.

« L’austérité n’est pas seulement une politique genrée ; c’est aussi un processus genré dans sa « quotidienneté », la façon dont elle imprègne la vie quotidienne des femmes en particulier: dans leurs revenus, leurs responsabilités en matière de soins, leur capacité à accéder à des services aussi essentiels que la santé, l’eau et le transport, ainsi que dans leur sécurité générale et l’absence de violences physiques à leur encontre à la maison, au travail et dans la rue », poursuit Amina Hersi.

Le rapport montre que les femmes sont doublement touchées par les coupes dans les services, la protection sociale et les infrastructures : d’abord directement, à cause de l’inflation et des pertes d’emploi, puis indirectement, car elles sont amenées à jouer le rôle d’« amortisseurs » de la société. On attend d’elles qu’elles survivent et prennent soin de tout le monde lorsque l’État se retire. Ainsi, malgré les conséquences dévastatrices de l’inflation des prix alimentaires, et à l’heure où plus de 60 % des personnes qui souffrent de la faim au niveau mondial sont des femmes, le Fonds monétaire international (FMI) a exigé de neuf pays, dont le Cameroun, le Sénégal et le Suriname, qu’ils introduisent ou augmentent la taxe sur la valeur ajoutée, qui s’applique souvent à des produits courants comme les denrées alimentaires.

Le rapport révèle que les gouvernements décident de leurs politiques économiques sans consulter de données propres au genre. Moins de la moitié des données nécessaires au suivi de l’ODD5 « Parvenir à l’égalité des sexes » sont actuellement disponibles. Seulement 35 % des données communiquées sont ventilées par genre.

« L’absence de données systémiques sur les violences économiques subies par les femmes montre que les gouvernements prennent leurs décisions économiques de manière inconsidérée », commente Amina Hersi.

« Les femmes sont manipulées par le mensonge selon lequel les gouvernements doivent choisir entre le maintien des services publics et sociaux ou le remboursement de la dette afin de favoriser les investissements et la croissance. Cette situation n’a rien d’une fatalité », estime-t-elle. Le rapport appelle les gouvernements à adopter des politiques économiques humaines et féministes pour lutter contre les inégalités et favoriser le bien-être des groupes marginalisés en raison de leur genre et de leur origine ethnique dans tous les pays.

Oxfam exhorte tous les gouvernements à en finir avec l’austérité et à trouver des solutions alternatives comme la budgétisation féministe et la fiscalité progressive visant à financer les services publics et la protection sociale universelle, afin de mettre les besoins spécifiques des femmes et des filles au cœur de leurs politiques. L’organisation les appelle également à offrir un travail décent grâce à la pleine application des normes du travail de l’Organisation internationale du Travail, y compris pour les femmes travaillant dans l’économie informelle et dans l’économie des soins.

Oxfam appelle le FMI à arrêter d’imposer des mesures d’austérité économiques douloureuses et vouées à l’échec et à suspendre les conditions fondées sur l’austérité dans tous les programmes de prêts en cours. Enfin, elle exhorte les pays riches à annuler sans tarder les dettes des pays à revenu faible et à leur accorder des financements sans dette.