
« C’est de ma faute s’ils se sont séparés… (silence) », se culpabilise Nanwinesounman Somé… Les yeux scintillants de larmes, le regard fuyant, M. Somé, 35 ans, sur son tabouret derrière sa concession, scrute l’horizon de son vécu. Il se dit coupable de la séparation de ses parents. Ils se sont quittés quelques mois après sa naissance. Nanwinesounman Somé n’a plus jamais eu le plaisir d’enfant de les revoir ensemble sous le même toit. Comme lui, plusieurs enfants vivent mal la dislocation du couple de leurs géniteurs. Au Burkina Faso, chaque année, des centaines de couples mettent fin à leur union rendant malheureux certains enfants, résultats de leur amour éphémère. En 2024, les Tribunaux de Grande Instance ont examiné et rendu leur décision sur 515 dossiers de divorce et ont reçu 873 affaires nouvelles, selon l’Annuaire statistique 2024 de la Justice.
16 juin 1991, Nanwinesounman Somé (nom d’emprunt) poussait ses premiers cris au moment où le monde célébrait la naissance de la Journée de l’enfant africain. Tripora, village situé dans la région du Djôrô (875 442 habitants, RGPH 2019), ex Sud-Ouest du Burkina Faso, accueillait ainsi un nouveau-né. C’est la joie dans la famille ! Ce petit bout de chou, issu d’une union vielle de cinq ans, verra, une année plus tard, voler en éclats, le couple de ses parents. « C’est en partie à cause de moi », marmonne-t-il.
2025, c’est un homme d’une trentaine d’années révolues dont les souvenirs sont toujours vifs. Il se confie à Wakat Séra, sous anonymat, dans la soirée du dimanche 21 septembre, au milieu de la verdure et à côté de son jardin, à Zagtouli à la sortie ouest de Ouagadougou. Nous sommes en saison des pluies. « Tout petit, j’ai été confié à mes grands-parents paternels. Ma mère a dû partir refaire sa vie ailleurs, et mon père était absent du fait de ses activités de plantation en Côte d’Ivoire », confie M. Somé qui retient difficilement ses larmes qu’il écrase du coin de ses yeux.

L’histoire de Nanwinesounman Somé est un peu atypique. Il a perdu sa grand-mère maternelle lorsque sa mère était enceinte de lui. « De ce que j’ai appris, plus tard, c’était une grossesse à risque. Et mon père, voulant éviter les complications, a choisi de ne pas informer ma mère, du décès de sa maman. C’est après ma naissance qu’elle a été mise au courant. Chose qu’elle n’a pas appréciée », relate M. Somé.
Selon Nanwinesounman Somé, quand sa mère a été chez ses parents pour les grandes funérailles de sa grand-mère, elle ne s’est plus retournée avec son père. « Mon grand-père a refusé que sa fille ne reparte vivre avec celui qui lui a caché que sa maman est décédée… Il dit que c’est un manque de respect et qu’il ne tolère pas ça… De ce que ma mère, elle-même, m’a dit, mon père a tout fait, mais mon grand-père maternel a opposé un refus catégorique », poursuit M. Somé. D’un ton grave, il qualifie l’acte du grand-père d’ « égoïste ». C’est quelques années plus tard qu’il sera donc confié aux soins de ses grands-parents paternels.
« Il m’a fallu attendre dix-sept longues années… 17 longues années… pour le revoir »
« Mon père, après la séparation, avait choisi de me confier à ses propres parents avant de se remarier en Côte d’Ivoire. Il m’a fallu attendre dix-sept longues années… 17 longues années… pour le revoir, à l’âge de vingt ans… Dix-sept années d’absence, des questions sans réponses, de manque difficile à combler. Ce fut une douleur profonde, une cicatrice invisible que je portais en moi », se plaint Nanwinesounman Somé. Son témoignage, ponctué de pauses, de silences et de culpabilité, décrit une lutte acharnée entre envie de se confier, amertume et rétraction.
« Les chuchotements et les regards des aînés », ce natif de Tripora les a vécus. « Malgré les petits soins de mes grands-parents, je me sentais seul, triste », se souvient-il. « Il m’arrivait souvent de pleurer en silence. Seulement les larmes qui coulaient… Chaque fois que je voyais des parents avec leurs enfants, je ressentais un vide immense », nous confie Nanwinesounman Somé. Cette « torture », M. Somé l’a subie durant toute son enfance. Une vie qu’il dit ne pas souhaiter à d’autres enfants.
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L’enfant ayant une forme de dépendance affective vis-à-vis des parents, selon Ali Tao, psychologue-clinicien et psychopathologue, « sera directement impacté, s’il y a séparation ». Et cela se manifeste, en cas d’impact, sous plusieurs formes. Mais, nuance-t-il, « les conséquences ne sont pas systématiques et tout dépend de comment le divorce a été managé ».
« Certains enfants vont (…) essayer de s’opposer, être un peu agressif »
Pour le psychologue-clinicien et psychopathologue, Ali Tao qui nous a reçu dans ses bureaux à Tampouy, à Ouagadougou, le samedi 20 décembre 2025, plusieurs conséquences peuvent survenir chez l’enfant, comme « l’anxiété, la dépression, des troubles de comportement, etc. ». « La réaction peut varier d’un enfant à l’autre. Certains enfants vont, par exemple, essayer de s’opposer, être un peu agressif. Mais par contre aussi, il y a d’autres enfants qui vont beaucoup plus se replier, perdre la confiance en soi », cite-t-il.
Le psychologue-clinicien et psychopathologue explique que d’autres enfants peuvent « somatiser leurs souffrances ». « Quand on dit somatiser, ça veut dire que les enfants peuvent développer, par exemple, des problèmes de santé, comme des maux de ventre, des douleurs, en tout cas des maladies inexpliquées. Et quand vous allez aller consulter, on ne va pas trouver grande chose, mais l’enfant, il souffre quand même », souligne M. Tao. Il soutient que pour les soins de ces cas, « il faut essayer de tenir compte de sa situation d’enfant de parents divorcés ». « Si l’on n’explore pas les aspects psychoaffectifs, on passe à côté. On va investir beaucoup d’argent et on ne va pas avoir des résultats », insiste-t-il.





























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