Accueil A la une De l’Afrique des paradoxes à «l’Afrique que nous voulons»

De l’Afrique des paradoxes à «l’Afrique que nous voulons»

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Coup d'essai et coup de maître pour le président du Groupe de la Banque africaine de dé développement, Dr Sidi Ould Tah

Le bateau battant pavillon Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la Banque africaine de développement, après avoir navigué, du 25 au 29 mai 2026 sur les eaux paisibles du fleuve Congo, a levé l’ancre, poussé par de nouveaux vents, et vers d’autres ports.  Les constats qui se dégagent de la rencontre de Brazzaville sont patents et constituent la preuve, s’il en fallait encore, que, comme l’a relevé son président, Dr Sidi Ould Tah, le Groupe de la Banque africaine de développement est «la Banque des solutions pour l’Afrique que nous voulons».

Depuis plus de soixante ans, a rappelé Dr Sidi Ould Tah, «cette Banque accompagne le continent à travers ses heures d’espérance, ses périodes de turbulence, ses profondes mutations et ses dynamiques de renouveau. Elle a aidé à construire des routes et des réseaux électriques, soutenu des agriculteurs et des entrepreneurs, renforcé des capacités et connecté des économies. Mais, plus important encore peut-être, elle a contribué à nourrir une conviction : celle que le développement de l’Afrique doit être de plus en plus façonné par l’ambition africaine, les institutions africaines et le leadership africain.»

Contradictions et égos des politiques

Mais l’Afrique se démène encore dans la gadoue des doutes, des contradictions et des égos de politiques. Ces derniers sont davantage préoccupés à être «tête de rat», c’est-à-dire présidents de petits pays politiquement et économiquement faibles, que «queue de lion», c’est-à-dire intégrés dans de grands ensembles et entités sous-régionaux et continentaux dont la voix porterait mieux. Le continent est, ainsi, demeuré à quai du développement, loin des cercles de prise des grandes décisions qui déterminent le présent et l’avenir de ce monde. L’Afrique n’est ni plus ni moins que victime de trois paradoxes sur lesquels a pointé le curseur, lors de ces 61es Assemblées annuelles de Brazzavile, le président du Groupe de la Banque africaine de développement, Dr Sidi Ould Tah. Florilège:

«Le premier est le paradoxe du poids sans influence économique équivalente. L’Afrique représente environ 18% de la population mondiale. Elle détient plus de 30 % des ressources minérales mondiales et plus de 60% des terres arables non exploitées de la planète. Et pourtant, l’Afrique ne représente qu’environ 3 % du commerce mondial et entre 3 et 4 % du PIB mondial.

Le deuxième est le paradoxe du financement. Le continent fait face à des besoins annuels de financement estimés à plus de 400 milliards de dollars pour assurer sa transformation structurelle. Pourtant, l’Afrique dispose également de plus de 4 000 milliards de dollars d’épargne et d’actifs domestiques — dans les banques, les fonds de pension, les compagnies d’assurance, les fonds souverains et d’autres institutions financières.

 

Et le troisième est le paradoxe des opportunités. L’Afrique a besoin chaque année de 130 à 170 milliards de dollars pour répondre à ses besoins en infrastructures, avec un déficit de financement estimé entre 68 et 108 milliards de dollars par an. Le continent offre certaines des plus grandes opportunités d’investissement au monde dans l’énergie, la logistique, les infrastructures numériques, les systèmes alimentaires et les minerais critiques. Pourtant, il demeure l’une des régions les moins financées de l’économie mondiale.»

 

La flamme de l’espoir, les Quatre points cardinaux et la NAFAD

L’heure n’est donc plus au discours, mais à l’action. Le diagnostic est connu depuis des lustres, et seul le traitement n’est pas à la hauteur du mal. C’est dans cet élan vigoureux de souffler sur la flamme de l’espoir et ne pas la laisser faiblir, encore moins s’éteindre que l’Afrique doit retrouver sa dignité et surtout la place de choix qui devrait être la sienne dans le concert des nations. Le Groupe de la BAD, fortement soutenu par ses pays membres et partenaires, s’est, alors, investie de l’impérieux devoir de prendre le taureau par les cornes, comme on le dit trivialement. D’où cette logique d’aller vite et loin, en trouvant la bonne boussole pour trouver le nerf de la guerre.

Ainsi naquirent les «Quatre points cardinaux» et la «Nouvelle architecture financière africaine pour le développement» (NAFAD), qui, elle a été adoubée par le Consensus d’Abidjan. Deux initiatives en une vision ont reçu la caution forte des décideurs. Des dirigeants et leurs peuples, tous conscients, à l’instar du président congolais, Denis Sassou Nguesso, que «le financement du développement en Afrique nécessite désormais des approches plus audacieuses». Toute chose qui consolide la pertinence du thème de ces 61e rencontres importantes dans la vie de l’institution: «Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté.»

Un capitaine du développement pour souquer ferme

Il était à ses premières Assemblées annuelles suite à sa brillante élection en 2025, en tant que président de la BAD. Mais Dr Sidi Ould Tah peut s’enorgueillir de la réussite de ces assises de Brazzaville, qu’il a conduites avec brio avec l’implication remarquée du Congo, notamment du  président Denis Sassou Nguesso. Le but de ce raout économique était de donner un coup d’accélérateur au développement de l’Afrique qui doit abandonner son statut peu enviable de continent assisté, et passer à celui de transformateur de ses richesses, afin d’être maître de son destin. En tout cas, selon le constat des experts, 2025 qui devait constituer une année de transition pour la nouvelle équipe du Groupe de la Banque africaine de développement est plutôt une année bien pleine qui annonce le meilleur du mandat de Dr Sidi Ould Tah qui a fait le choix de l’union qui fait la force.

C’est un Mauritanien. C’est un Africain. Mais c’est surtout un capitaine du développement et avec lui, sans aucun doute, le Groupe de la BAD jouera son rôle de moteur de développement du continent noir. Désormais, et si tous les Africains et toutes les Africaines s’y mettent, car ce n’est pas l’affaire de la seule Banque, encore moins de son seul président, l’Afrique ne sera plus un wagon de queue, mais une locomotive du développement!

Les Assemblées annuelles 2026 ont vécu. Et au Groupe de la Banque africaine de développement, les regards sont déjà tournés vers d’autres actions de développement d’une Afrique où tout est priorité. En attendant les Assemblées annuelles de 2027!

Par Wakat Séra, de Brazzaville à Ouagadougou