A quel jeu joue Succès Masra? Ancien challenger du président Mahamat Idriss Deby Itno dont il était, curieusement, le Premier ministre, l’opposant après sa cuisante et prévisible défaite à la présidentielle de 2024, 18,54% contre les 61% de son patron, le chef des «Transformateurs», a écopé, en août 2025 de 20 ans de prison ferme, accusé de «diffusion de message à caractère haineux et xénophobe» et «complicité de meurtre». Des urnes à la prison. Tel était le sort de Succès Masra, dont le procès et l’embastillement ont été qualifiés de politiques par ses avocats et ses partisans. Surprise, gracié le vendredi 14 août 2026 par le maréchal Mahamat Deby, le désormais ancien prisonnier, a à peine respiré à nouveau l’air de la liberté, qu’il a absous le chef de l’Etat tchadien, aux côtés de qui il est prêt à travailler pour le Tchad.
Selon l’opposant, le président de la république sait que sa place n’est pas derrière les barreaux. Question: mais pourquoi a-t-il laissé l’envoyer en prison? «Il aurait pu m’y laisser. Il a choisi de me libérer», a encore noté l’ancien candidat malheureux à la présidentielle, qui demeure privé de ses droits d’éligibilité. Question: pourquoi Succès Masra n’a-t-il bénéficié que de la grâce présidentielle, au lieu de l’amnistie qui lui aurait redonné sa virginité civique, malgré le passage à la prison? Question: le gouvernement est-il prêt à rouvrir ses portes à Succès Masra, qui, lui, visiblement, est prêt pour le poste?
En tout cas, le double jeu du patron des «Transformateurs» dont les militants, les vrais, doivent logiquement crier à la trahison, ne passe pas auprès du parti au pouvoir, le Mouvement patriotique du salut (MPS). Florilège de réaction au MPS qui ne voit pas, contrairement au prisonnier gracié, l’opportunité d’un gouvernement d’ouverture. «Le problème avec Succès, c’est qu’il a deux langages (…) Il a tenu des propos qui sont, je dirais, élogieux envers le chef de l’Etat qu’il caresse dans le sens du poil parce que je pense qu’il est en train de l’amadouer pour revenir dans le gouvernement (…) De l’autre côté, il parle un langage assez belliqueux et destiné à ses militants les plus radicaux». Ainsi parla le porte-parole du MPS.
Comme quoi, Succès Masra essaie de nager entre deux eaux et croit dissimuler ses ambitions égoïstes et très personnelles dans un discours ambivalent. Sauf que son dos, bien qu’il soit dans l’eau, est bien visible de dehors et nul n’est besoin d’être un analyste politique chevronné, pour découvrir l’opération de charme d’un opposant qui apprécierait, de nouveau, le confort du pouvoir.
Succès Masra a-t-il oublié ce proverbe universel selon lequel «on ne marche pas deux fois sur les bijoux de famille d’un aveugle»? Aura-t-il encore un quelconque crédit auprès de ses partisans, en se réclamant leader d’un parti d’opposition? Rien n’est moins sûr! D’ailleurs, un grand nombre de ceux-ci lui reprochent d’avoir passé par pertes et profits la mort, l’arrestation et les violences subies par des contestataires, lors de la répression des manifestations de 2021 et 2022, devenant Premier ministre, de janvier à mai 2024, à la suite de son retour négocié par Kinshasa, suite à son exil de moins d’une année, au Cameroun et aux Etats-Unis. Mais comme le dit un autre dicton, «il y a un temps pour la guerre et un temps pour la paix». Succès Masra se trouve, peut-être, dans l’ère de la paix.
C’est certain, à moins d’être naïf, ou tout au moins de faire semblant de l’être, Succès Masra, après avoir courageusement affronté le père et le fils Deby, a bien une étrange manière, depuis 2023, d’assumer son statut d’opposant!
Par Wakat Séra







































