Des œuvres de fiction «L’Or du diable» des écrivains français Jean-Michel Thibaux (1949-2015) et allemand Andreas Eschbach, on est passé à la réalité de l’or de la mort dans le quotidien africain. A l’origine de conflits intercommunautaires ou entre pays frères et voisins, d’éboulements qui font des mines des cimetières géants, et d’empoisonnement, par le biais de pollution massive de cours d’eau alimentant des populations rurales et urbaines entières, la recherche et l’exploitation de l’or provoquent de véritables drames familiaux et à l’échelle nationale. Loin d’être des faits clandestins, ce sont des pratiques bien connues, exécutées à ciel ouvert, régulièrement dénoncées par les populations victimes, des organisations non gouvernementales et des associations de défense des consommateurs, mais toujours impunies. Même quand elles se révèlent comme de grands désastres écologiques, l’environnement étant en perpétuelle souffrance, et humains! Malheureusement, c’est surtout la jeunesse, hommes comme femmes, qui est la principale cible de la ruée vers l’or.
Il en est ainsi du dernier effondrement, survenu ce mardi 18 août, sur le site aurifère de Zamboï, à la frontière entre la Centrafrique et le Cameroun. Plus de 100 corps sans vie ont pu être extirpés de la boue, mais le bilan macabre n’est que provisoire. Ce sont des familles, tant au Cameroun qu’en Centrafrique, et peut-être d’autres pays voisins, qui sont endeuillées par cette énième catastrophe qui porte une seule griffe, celle de l’homme. Comme à Zamboï, ces gouffres de la mort sont installés par milliers, pas qu’en Centrafrique et au Cameroun, mais presque partout sur le continent, au mépris de toute mesure sécuritaire et de règles d’hygiène élémentaires. Même la vie humaine n’a plus aucune valeur dans ces lieux de haute prostitution et de trafics de tous genres. Seul compte la poudre et les cailloux qui brillent et font miroiter une vie de pacha, ou tout au moins des lendemains à l’abri du besoin. Sauf que «tout ce qui brille n’est pas or», comme le dit le proverbe, et l’aventure finit parfois dans les entrailles de la terre, au détour d’un effondrement. Comme à Zamboï!
En Côte d’Ivoire, les exploitations aurifères, en plus des morts provoquées par éboulement, sont aussi des tueuses silencieuses! Aucun cours d’eau, à proximité ou dans les environs lointains de ces mines sauvages, vers lesquelles se ruent des orpailleurs obsédés que par le métal jaune, n’est épargné. Malgré leur grande utilité pour les populations qui s’y abreuvent, et s’en servent pour la cuisine ou l’arrosage de leurs champs et potagers, la pêche, ces cours d’eau sont devenus des déversoirs pour tous ces produits nocifs, notamment le cyanure, et autres explosifs, indispensables au processus de recherche de l’or. Des cours d’eau privilégiés par les enfants pour leurs baignades à la sortie de l’école! Le drame est profond et son ampleur inquiétante dans une Côte d’Ivoire où chacun et tous se posent une seule question: qui est responsable de cette catastrophe humaine? L’Etat bien entendu, qui, visiblement laisse faire alors qu’il a tous les moyens de sensibilisation et de coercition. Donc pour prévenir, punir et sauver les populations d’une mort certaine, qu’elle soit violente ou lente.
En Centrafrique, au Cameroun, en Côte-d’Ivoire, et partout ailleurs en Afrique, où la ruée vers l’or, sauvage ou mal contrôlée, tue au quotidien, dans le bruit ou en silence, il est temps de prendre, et sans complaisance, les mesures qui s’imposent. Il y va de la protection de la vie humaine et de l’environnement.
Par Wakat Séra







































