La lutte contre le trafic de drogue de synthèse monte d’un cran au Nigeria. L’Agence nationale de lutte contre les stupéfiants (NDLEA) a annoncé, dimanche 30 août 2026, la saisie de 47 200 comprimés de captagon, une puissante drogue à base d’amphétamines de synthèse, ainsi que plusieurs millions d’opioïdes. La cargaison, dissimulée dans des blocs de savon, était destinée au nord du pays, en proie depuis plusieurs années à des violences de groupes armés.
Les autorités nigérianes viennent de porter un nouveau coup au trafic de stupéfiants. Dans un communiqué rendu public dimanche 30 août 2026, le porte-parole de l’Agence nationale de lutte contre les stupéfiants (NDLEA), Femi Babafemi, a annoncé l’interception de 47 200 comprimés de captagon, auxquels s’ajoutent des «millions d’opioïdes» dissimulés dans du savon.
La saisie a été réalisée le samedi 22 août 2026 à l’aéroport international Murtala-Muhammed (MMIA) de Lagos, après l’arrestation d’un ressortissant nigérian de 49 ans, présenté comme un trafiquant transfrontalier. Akinbile Kazeem Aikins venait d’arriver d’Accra, au Ghana, à bord d’un vol de la compagnie African World Airlines.
Les agents de la NDLEA ont découvert les comprimés lors de la fouille d’une boîte de savon de bain local, communément appelée «Ghana Soap». Les 47 200 comprimés de captagon étaient soigneusement dissimulés dans les blocs de savon. Leur valeur marchande est estimée à plus de 1,5 milliard de nairas soit près de 700 millions de francs CFA.
«Après son arrestation, Akinbile a affirmé qu’il devait livrer la cargaison dans le nord du pays», a déclaré Femi Babafemi. Cette destination est particulièrement sensible, le nord du Nigeria étant confronté depuis plusieurs années à une insécurité persistante, marquée notamment par les activités de groupes jihadistes et de bandes criminelles.
Le captagon, parfois surnommé la «drogue djihadiste» en raison de son association avec certaines zones de conflit et du financement d’activités extrémistes, n’en est pas à sa première apparition dans les saisies nigérianes. La NDLEA avait intercepté pour la première fois cette substance au Nigeria en septembre 2021, au port d’Apapa, à Lagos.
Près de 4 millions de comprimés d’opioïdes saisis
Dans une autre opération menée à l’aéroport de Lagos, les agents de la NDLEA ont également mis la main sur 3 900 030 comprimés de Tramaking 225 mg et de Tapentadol 250 mg, pour un poids brut cumulé de 2 787,40 kilogrammes. La valeur des produits saisis est estimée à plus de 4,6 milliards de nairas.
Les produits ont été retrouvés dans quatre cargaisons abandonnées dans la zone de stockage des importations du MMIA. Trois d’entre elles, contenant au total 900 000 comprimés de Tramaking, soit 815,40 kg, étaient arrivées à bord de vols de RwandAir en provenance du Bangladesh. Une quatrième cargaison, composée de 3 000 030 comprimés de Tapentadol, pour un poids de 1 972 kg, provenait d’Amsterdam et avait été acheminée par Qatar Airways.
Ces nouvelles saisies interviennent alors que la NDLEA intensifie ses opérations contre les réseaux de trafic de drogues. En juillet 2026, l’agence avait déjà annoncé l’interception de plusieurs milliers de kilos de substances illicites en l’espace d’une semaine.
Quelques mois auparavant, durant le week-end des 16 et 17 mai 2026, quelque 2,4 tonnes de méthamphétamines, évaluées à près de 480 milliards de nairas, avaient été découvertes dans ce qui avait été présenté comme le plus grand laboratoire clandestin de drogue jamais démantelé dans le pays.
Le spectre des groupes armés
La découverte de cette cargaison de captagon prend une dimension particulière dans un pays confronté à des attaques armées dans le nord-est depuis 2009. Dans le nord-ouest et le centre, des groupes criminels armés, sans affiliation idéologique clairement établie, multiplient également les attaques, les enlèvements contre rançon, les pillages de villages et les prélèvements imposés aux agriculteurs et aux exploitants miniers.
En septembre 2021, la NDLEA avait déjà saisi 451 807 comprimés de captagon dans le port d’Apapa à Lagos. Elle en avait ensuite intercepté 10 000 autres en avril, dans l’État de Kwara, au centre du pays. Cette région avait été endeuillée en février par une attaque attribuée à des groupes armée terroriste, qui avait fait au moins 165 morts et un nombre indéterminé de personnes enlevées.
La question du financement des groupes armés reste d’ailleurs au cœur des préoccupations. Selon un rapport du cabinet SBM Intelligence, publié le 26 août 2026 puis relayé par des médias, près de 6 millions de dollars de rançons auraient été versés aux groupes armés entre juillet 2025 et juin 2026. Le montant aurait ainsi triplé en l’espace d’un an.
Le JAS, branche historique de Boko Haram, aurait engrangé la plus importante part de ces rançons, notamment à la faveur de deux enlèvements de masse perpétrés dans le nord du Nigeria, ajoutent le rapport.
Entre trafic de drogues de synthèse, enlèvements et violences armées, le Nigeria se retrouve confronté à des réseaux criminels aux ramifications de plus en plus inquiétantes. Pour la NDLEA, la saisie du captagon et des millions de comprimés d’opioïdes constitue un nouveau signal de l’ampleur prise par le commerce illicite des stupéfiants dans le pays.
Par Valentin SOMANDE






































