Elles sont 12 millions chaque année à voir leur enfance basculer dans le mariage avant même d’avoir atteint leurs 18 ans. Derrière ce chiffre se cachent des scolarités interrompues, des grossesses précoces, des rêves brisés et des droits bafoués. Face à cette réalité persistante, l’ONU a décidé de frapper un grand coup: à compter de 2026, le 27 novembre sera consacré à la lutte contre le mariage des enfants, le mariage précoce et le mariage forcé. Cette résolution a été adoptée, vendredi 4 septembre par l’Assemblée générale des Nations unies.
Le chiffre donne le vertige. Chaque année, quelque 12 millions de filles sont mariées avant l’âge de 18 ans. Elles viennent grossir les rangs des quelque 650 millions de femmes et de filles qui vivent aujourd’hui avec les séquelles d’un mariage contracté durant leur enfance, selon les données citées de l’UNICEF.
Pour ces enfants, le mariage ne signifie pas seulement changer de statut. Il peut rimer avec abandon de l’école, grossesses précoces, risques sanitaires, dépendance économique et restriction de droits fondamentaux. Une enfance confisquée, souvent avant même que les principales intéressées aient pu choisir leur avenir.
C’est face à cette réalité que l’Assemblée générale des Nations unies a adopté, le 4 septembre 2026, une résolution consacrant désormais le 27 novembre à la lutte contre le mariage des enfants, le mariage précoce et le mariage forcé. Soutenue par les 193 États membres, la décision vise à faire de cette journée un temps fort de sensibilisation, de mobilisation et d’évaluation des progrès accomplis.
Portée notamment par la Sierra Leone, le Cap-Vert, le Costa Rica et le Maroc, la résolution rappelle que ces pratiques constituent des atteintes aux droits humains et affectent de manière disproportionnée les femmes et les filles, particulièrement celles confrontées à des situations de vulnérabilité.
L’ONU demande également que les politiques de prévention prennent en compte les unions informelles, arrangées ou non enregistrées auprès des autorités, car, derrière les statistiques officielles peuvent aussi se cacher des enfants dont le mariage échappe aux radars institutionnels.
Redonner aux filles le droit de choisir leur avenir
La nouvelle Journée internationale ne devra pas être qu’une date de plus dans le calendrier. Elle est appelée à devenir un espace de mobilisation réunissant gouvernements, société civile, responsables religieux, écoles et communautés.
«Nous accueillons un mandat mondial d’action», a déclaré Fatima Maada Bio, Première dame de Sierra Leone et présidente de l’Organisation des Premières Dames africaines pour le développement (OAFLAD), appelant les dirigeants à garantir aux filles la liberté et la possibilité de réaliser pleinement leur potentiel.
Le combat est également porté par Bhuwan Ribhu, fondateur du réseau international Just Rights for Children. Il appelle les gouvernements à renforcer leurs politiques afin d’éradiquer le mariage des enfants d’ici à 2030. Selon son organisation, ses actions auraient permis de prévenir ou d’interrompre plus de 550 000 mariages d’enfants depuis 2023.
L’école pour briser le cercle
Dans cette bataille, l’éducation apparaît comme l’un des leviers majeurs. La résolution encourage les États à investir dans une éducation de qualité accessible à toutes les filles et à mettre en place des stratégies nationales associant plusieurs secteurs.
L’ONU insiste aussi sur la nécessité de permettre aux filles et jeunes femmes déjà mariées de poursuivre ou de reprendre leur scolarité. Il s’agit de ne pas condamner définitivement celles dont l’enfance a déjà été écourtée et de leur offrir une possibilité de reconstruire leur avenir. Empêcher un mariage précoce, c’est aussi préserver une scolarité, une santé, une autonomie économique et, surtout, la capacité d’une fille à décider de sa propre vie.
Le calendrier ne suffira pas
En consacrant le 27 novembre à ce combat, l’ONU donne davantage de visibilité à un phénomène qui continue de priver des millions d’enfants de leur enfance. Mais une journée internationale ne saurait, à elle seule, changer les destins.
Pour les 12 millions de filles qui risquent chaque année de devenir des épouses avant d’être devenues des adultes, le véritable enjeu n’est pas de marquer une date. Il est de leur rendre ce que le mariage précoce leur vole: le droit d’apprendre, de rêver et de choisir librement leur avenir.
Par Valentin SOMANDE







































