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Affrontements entre koglweogo et populations au Burkina: «Une action de dénonciation internationale» en vue

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Les affrontements ont fait 6 morts et de nombreux blessés

«Une action de dénonciation internationale auprès des mécanismes et instruments des droits de l’Homme et de la justice pénale internationale envisagée». C’est ce qui ressort de ce communiqué d’organisations de défense des droits de l’homme sur les événements tragiques, qui ont commencé le jeudi 18 mai 2017, dans le département de Ténado, province du Sanguié.

«Dans un communiqué laconique que caricatural relatif aux événements malheureux de Tialgo, commune rurale de la province du Sanguié à 45 km de Koudougou, le gouvernement du Burkina Faso informait officiellement l’opinion nationale et internationale sur le bilan macabre de 05 personnes tuées et 10 autres blessées à la suite des affrontements entre des koglweogo et les habitants de cette localité.

Jusque là, et ce malgré la visite sur les lieux d’une délégation gouvernementale avec à sa tête le ministre d’Etat en charge de la sécurité, M. Simon Compaoré, ainsi que des autorités judiciaires et sécuritaires, l’on ignore les raisons de ces affrontements que les autorités publiques n’ont pas encore communiqué pour ne s’en tenir qu’au bilan.

Ce n’est qu’à travers la presse, les réseaux sociaux et avec la lettre ouverte adressée au chef de l’État par la population terrorisée de Tialgo qui lance un appel de détresse, que l’on sait un peu plus sur les circonstances du drame qui s’est abattu sur cette dernière. Il s’agît bien encore d’une implication des koglweogo, ce groupe informel dit d’autodéfense qui a pignon sur rue dans la république et détient droit de vie et de mort sur les citoyens qui ont le malheur de tomber entre leurs mains depuis maintenant deux années.

On notera cependant avec stupéfaction que le Gouvernement devant des faits de crimes aussi graves s’est abstenu d’invoquer des suites judiciaires comme on l’attendait en de pareilles circonstances et n’a pas non plus condamné fermement les koglweogo qui sont pourtant clairement identifiés comme étant les premiers responsables du déclenchement de cette tragique situation.

En rappel, ces koglweogo, malgré les dénonciations des défenseurs des droits humains et les démocrates, continuent de commettre des actes répréhensibles constitutifs de violations flagrantes des droits humains. En effet, ces groupes sont auteurs des pires formes d’atrocités sur leurs concitoyens avec des tueries à la clé, ce qui est inacceptable dans un Etat qui se veut de droit et protecteur de la dignité humaine. Ces agissements, tous autant illégaux, ont pour noms : interpellations brutales, bastonnades, brûlures, tortures, ligotage, flagellation, emprisonnement, scènes d’humiliation, versement d’amendes etc. Toutes ces horreurs et exactions sont perpétrées au vu, au su et avec la caution des pouvoirs publics et des autorités nationales sous le prétexte de la lutte contre l’insécurité.

Depuis belle lurette, des alertes ont été lancées par les organisations des droits de l’homme, la presse et les démocrates attachés aux valeurs de la république et à la vraie garantie de sécurité que représentent les forces légales de sécurité. Tous les acteurs ont tiré sur la sonnette d’alarme face au péril koglweogo dont les fortes connotations traditionnelles menacent la cohésion sociale en devenant une source potentielle de conflits de type communautariste. Le palmarès de cette structure qui n’a rien d’une association citoyenne qui prétend faire de la police de proximité est assez sinistre en si peu de temps, et se résume à la commission de nombreux actes crapuleux de crimes de sang, à une défiance totale de l’autorité publique et à l’anarchie.

Avant de causer la mort de 05 personnes et une dizaine de blessés aujourd’hui à Tialgo, les koglweogo sont responsables de nombreux autres crimes graves et punissables pour ce qu’ils constituent des violations des droits de l’homme connaissables des juridictions nationales et internationales. Sur la question des koglweogo, le gouvernement burkinabè a été des plus laxistes, usant d’entourloupes et de faux fuyants pour ne jamais faire prévaloir l’autorité de la loi et de l’État face à cette organisation qui a tout d’une milice qui échappe en réalité à tout contrôle des responsables de l’État burkinabé. Les événements douloureux et horribles de Tialgo rappellent d’autres du genre antérieurs qui sont restés impunis où ni responsabilité, ni culpabilité n’a été située à fortiori sanction et réparation des préjudices subis par les victimes. Dans plusieurs cas, ces groupes, après avoir commis des forfaits connaissables du code pénal, ont défié les magistrats et les forces de l’ordre qui entendaient appliquer la loi et l’autorité de l’Etat. Malgré de telles dérives, leur cause a été entendue devant le parlement burkinabè.

Nous, organisations des droits de l’homme soucieux de la paix, la stabilité, de la cohésion nationale et l’affirmation de l’autorité de l’État sur toute chose, exprimons notre grande inquiétude face à l’existence des koglweogo. En conséquence, nous condamnons avec la dernière énergie cette tuerie du 19 mai 2017 à Tialgo qui marque un franchissement supplémentaire de la ligne rouge par les kolgweogo à qui nous imputons l’entière responsabilité ainsi qu’à leurs soutiens quels qu’ils soient et où qu’ils se trouvent.

L’existence et les activités des koglweogo constituent des violations du droit burkinabè et du droit international dont le Burkina Faso est partie aux multiples instruments. Cette pratique est un anachronisme et ternit l’image du Burkina Faso qui, est en pleine opération de charme pour la mobilisation des ressources pour le PNDES. Les bailleurs de fonds pourront-ils accompagner un Etat qui n’est pas capable de mettre de l’ordre et qui est tolérant de pratiques d’un autre âge ? Que dire des investisseurs privés qui ne s’intéressent à un pays qu’à la condition d’être en sécurité ? En raison de toutes les considérations évoquées plus haut, nous, organisations de défense des droits humains et humanistes :

  • Exigeons l’interdiction des koglweogo sur toute l’étendue du territoire, à titre conservatoire, en vue de la prise de dispositions conséquentes conformes à la légalité républicaine,
  • Demandons une commission d’enquête indépendante sur les exactions de Tialgo en vue de faire la lumière sur ces évènements tragiques et d’en situer les responsabilités,
  • Exigeons la prise en charge des blessés et l’indemnisation intégrale de toutes les victimes par l’État,
  • Réclamons l’arrestation et la traduction sans délais devant les juridictions de tous les auteurs et commanditaires proches ou éloignés de ce massacre ignoble,
  • Adressons nos condoléances aux familles éplorées, souhaitons prompt rétablissement aux blessés et manifestons une grande compassion à toute la population de Tialgo martyrisée injustement.

 

En tout  état de cause, nos organisations très déterminées suivront l’affaire de près et prennent l’engagement le cas échéant, face à toute complaisance ou indulgence des autorités dans le traitement dudit dossier, d’initier une action de dénonciation internationale auprès des mécanismes et instruments de protection des droits de l’homme ainsi que de la justice pénale internationale, dans les plus brefs délais.»

Fait à Ouagadougou le 22 mai 2017

Ont signé:

 

  • Réseau des Organisations de la Société Civile pour le Développement (RESOCIDE)

         Siaka COULIBALY

  • Cercle d’Eveil (CEDEV)

Evariste CONSIMBO

  • Observatoire de la Démocratie et des Droits de l’Homme au Burkina (ODDH)

Lookmann SAWADOGO