Des parents, amis et collaborateurs de feu Babou Paulin Bamouni, ont fait des témoignages émouvants sur l’ex-compagnon de lutte du père de la Révolution burkinabè d’août 1983, Thomas Sankara. C’était le lundi 11 mai 2026, au Centre national de presse Norbert Zongo, à Ouagadougou, lors du lancement de la Fondation Internationale Babou Paulin Bamouni, créée pour perpétuer l’héritage de ce grand journaliste et homme de culture. Une initiative de sa fille Céline Bagnipia Bamouni, qui n’avait que 11 ans, lorsque son père fut assassiné aux côtés du président Thomas Sankara, le 15 octobre 1987. Des témoins vivants de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP) d’août 1983 impulsée par le président Thomas Sankara, ont ainsi évoqué des souvenirs profonds qui résument l’homme. Ils ont profité de l’occasion pour, à l’unisson, saluer la création de cette Fondation qui rend hommage à leur camarade de lutte et adressé des mots forts d’encouragements à l’endroit de Céline Bamouni.

Fidèle Toé- Ministre de la Fonction publique sous le Révolution Démocratique et Populaire (RDP)
«Une grande catastrophe»
«Paulin Bamouni a été un homme très engagé, dans les débats et dans tous les combats ainsi qu’au niveau des Comités de Défense de la Révolution (CDR). Il réfléchissait et produisait, tout en animant le journal d’Etat, «Sidwaya». Sa disparition tragique, tout comme celle des autres camarades assassinés le 15 octobre 1987, a été une grande catastrophe pour les Révolutionnaires de la RDP. Mais celle-ci honore le peuple burkinabè qui voue toujours une admiration vibrante à ces Martyrs du 15 octobre 1987, soit près de quarante ans après le drame».

Béatrice Damiba: «Paulin Bamouni était un homme très sincère, passionné et idéaliste»
«Paulin Bamouni était pour moi un homme très sincère, passionné et même idéaliste. Il s’est beaucoup battu. Je le revois avec sa kalachnikov qui était toujours avec lui. C’était vraiment la défense de la révolution en tout temps et en tous lieux. C’était un journaliste rigoureux qui mettait en pratique la déontologie, et l’éthique ». Il éduquait et conscientisait la population à travers ses articles idéologiques. A-t-elle déclaré, soulignant que cette initiative permet aux anciens collaborateurs du disparu et de la RDP, de se retrouver. C’est un voyage dans le passé. Quand je revois certains d’entre nous, plusieurs souvenirs me reviennent. J’encourage la présidente de la Fondation à organiser des activités que nous soutiendrons tous et qui nous permettront également de se retrouver pour partager nos expériences professionnelles».

En rappel, Béatrice Damiba était une révolutionnaire de premier plan sous la RDP. Ex-collaboratrice de Paulin Bamouni qui a été son directeur, elle a occupé plusieurs postes sous la Révolution de Thomas Sankara. Béatrice Damiba a été rédactrice en chef de l’hebdomadaire «Carrefour Africain», attachée de presse du Premier ministre, rédactrice en chef du quotidien national «Sidwaya», Haut-Commissaire de la Province du Bazèga, ex-ministre et ancienne présidente du Conseil Supérieur de la Communication (CSC).
Jean-Pierre Ilboudo, ancien Directeur de la Radio Nationale et voisin de quartier du célèbre disparu
«Babou Paulin Bamouni a brillé par son excellence dans le métier de journaliste»
«Paulin Bamouni était un homme très intègre et exigeant dans son métier, un homme qui a brillé par son excellence en journalisme, un homme humble et modeste, qui m’a prodigué des conseils lorsque j’ai été nommé directeur de la Radio Nationale. Etant son voisin de quartier à la Cité An II, c’est tout naturellement que j’échangeais régulièrement avec lui. Et c’est ainsi que j’ai vraiment découvert l’homme, surtout sur le plan du militantisme. J’ai également découvert son penchant pour le panafricanisme, car il ne voulait pas que ses idées se limitent au seul Burkina Faso.
Paulin s’est battu pour la transformation sociale du Burkina-Faso. Sa disparition a été une perte énorme pour la profession. J’encourage la Fondation pour la pérennisation de son oeuvre».

Jean-Hubert Bazié, Ancien compagnon de Thomas Sankara
«Céline a accompli une prouesse (si) nous considérons Paulin Bamouni comme un diamant qui était dans la boue»
«Le prénom «Babou» donnait déjà une idée de l’homme qu’il allait être. Babou en Lyélé signifie le puits d’eau. Paulin a eu un parcours exceptionnel alors qu’il était issu d’une famille très modeste. C’était un combattant, quelqu’un de très engagé, sincère, plus que convaincu, et transparent. Tout cela constituait, à la fois, sa force et sa faiblesse. Je trouve des similitudes entre le parcours de Babou Paulin Bamouni et celui du journaliste Norbert Zongo, lui aussi assassiné pour ses convictions professionnelles. Chacun d’eux était très engagé. Ils avaient des convictions sans partage et sincères. Ils ont tous deux eux un destin tragique. Je pense que Paulin Bamouni mérite d’être cité parmi les journalistes modèles que nous avons connus au Burkina Faso. Bamouni était un homme de valeur, de morale, d’intégrité. Depuis la France, il était un immigré syndiqué, engagé dans sa conviction de syndicaliste, engagé dans la production de l’information, bien avant de venir ici et de s’intégrer à la révolution. Ce sont des symboles qu’on ne peut pas sous-estimer.

Je me réjouis du travail de mémoire accompli par sa fille Céline Bamouni. Nous aimerions avoir des filles et des garçons à la hauteur du symbole que nous voulions incarner. Céline a accompli une prouesse. Nous pouvons considérer Bamouni comme un diamant dans la boue. Céline, sa fille, a tout fait pour le sortir de cette boue, le laver et lui redonner sa brillance, afin que tout le monde sache que Babou Paulin Bamouni était un homme de valeur, un homme droit. Babou Paulin Bamouni avait ses forces et ses faiblesses professionnelles, mais il avait surtout cette intégrité, cette valeur morale absolue, cette sincérité, et ce sens de l’engagement aux côtés du plus grand nombre, les plus défavorisés. A preuve, Paulin Bamouni n’est pas intervenu pour qu’on engage son épouse dans aucune administration de ce pays, pourtant il était bien placé pour le faire. C’est dire combien il est resté conforme à la morale révolutionnaire incarnée par Thomas Sankara qui refusait qu’on accorde une faveur quelconque aux membres de sa famille».
Luc Adolphe TIAO, ex-Premier Ministre, ancien ambassadeur et ancien président du Conseil supérieur de la Communication, Ancien collaborateur direct de Babou Paulin Bamouni
«La mort de Babou Paulin Bamouni a été douloureuse pour tous et davantage pour moi sur le plan personnel»
«Babou Paulin Bamouni était mon mentor et il m’avait vraiment pris en estime. Il avait une vision différente de nous autres, issus d’écoles de formation professionnelle pour la plupart où la conscientisation politique n’était pas mise en avant. Il avait des idées de gauche, des idées communistes qu’il avait développées en France et quand nous avons commencé à travailler ensemble, j’ai compris rapidement que nous visions les mêmes objectifs. Mais Paulin avait une vision plus large. Dans ses premiers articles il évoquait déjà la libération du peuple». Il ne rédigeait pas ses pages idéologiques sans me les soumettre au préalable. J’apprenais beaucoup de lui. Je n’avais pas un engagement particulier de militant, mais je me délectais de ses écrits qui souvent suscitaient, évidemment, certaines réserves au niveau du ministère. Après l’avènement de la RDP auquel Babou Paulin Bamouni a grandement contribué, il a pris la direction de Sidwaya et moi j’étais resté rédacteur en chef. La mort de Babou Paulin Bamouni a été douloureuse pour nous tous et davantage pour moi sur le plan personnel. Je le considérais comme un frère, j’ai bien connu sa femme Nathalie et ses enfants ».

J’ai fini par admettre qu’il s’était sacrifié pour la Révolution comme le camarade président Thomas Sankara. Si nous pouvons continuer son combat d’une manière ou d’une autre, nous le ferons. Babou Paulin Bamouni était un homme de conviction. Paulin mon frère, comme je l’appelais, était quelqu’un qui, lorsqu’il avait une idée, y croyait entièrement et s’y engageait à fond. Je l’ai vu dans toutes les situations, même dans ses bagarres au sein du ministère. Paulin voulait toujours aller de l’avant.
Paulin pensait qu’il fallait éduquer et conscientiser le peuple à travers la presse. Et c’était un engagement que l’on découvrait à l’époque au Burkina Faso et qui n’existe plus d’ailleurs. Paulin est parti avec. Paulin était aussi un vrai panafricaniste. Paulin Bamouni a beau être politique, c’était un grand professionnel par la qualité de son travail, un grand journaliste qui maîtrisait vraiment l’art de la rédaction. Paulin écrivait très bien. Vous savez qu’il a été écrivain également.

Céline Bamouni, sa fille qui a eu cette inspiration de lui dédier une Fondation pour, non seulement célébrer la mémoire de son père mais perpétuer ses idées qui se résument en professionnalisme et qualité du travail est à saluer. Cette Fondation répond parfaitement à des impératifs présents pour le journalisme dont on a même peur que ce soit un métier en voie de disparition, dans le contexte que traverse le monde de façon générale. Félicitations Céline. Peut-être que nous aurions pu mieux faire (…) mais sache que Paulin est resté dans mon cœur».
Basile Laetare Guissou, plusieurs fois ministre sous la RDP
«Si ce n’est pas une fille, un homme ne peut pas faire ça pour son père!»

«Je fais partie de ceux qui connaissaient bien Babou Paulin Bamouni. Il a été d’ailleurs membre de ma cellule politique de formation sous la RDP. Quand Céline m’a appelé pour me parler un peu de son projet d’honorer son père, j’avais les larmes aux yeux en l’écoutant. Je lui ai dit que si ce n’est pas une fille, un homme ne peut pas rendre un tel hommage à son père. (Une voix brisée par l’émotion, quelques larmes écrasées et il continua, NDLR). Paulin était de ceux qui réglaient les problèmes selon un axe de classe en droite ligne. Il était communiste. Il avait ses convictions et défendait ses idées. Je n’ai jamais eu à lui faire des observations sur un de ses articles ou papiers. Paulin disait, «moi je ne peux pas écrire le contraire de ce en quoi je crois». Cette Fondation est une merveilleuse aventure. Je rassure Céline et son équipe de ma disponibilité pour les épauler».

Le Professeur Serge Théophile Balima, ancien ministre, qui a également bien connu Paulin Bamouni, l’a décrit comme «un homme affable, courtois, qui avait un engagement sans faille, téméraire et qui brisait tous les interdits.
Il lui reconnaît une méthode de travail journalistique exceptionnelle qu’il a appelée «le journalisme BAMOUNIEN». M. Balima a également évoqué «la pensée BAMOUNIENNE» axée sur la conviction, la grandeur d’esprit et la loyauté de Babou Paulin Bamouni.

Quant à Sita Tarbagdo, ancien collaborateur de Babou Paulin Bamouni, à travers une anecdote bien à propos qui a d’ailleurs été très applaudie, il a mis en exergue, la force de caractère de Babou Paulin Bamouni. Il a raconté une situation qui lui était arrivée personnellement, suite à un compte-rendu dans le journal Sidwaya, d’une marche des populations contre les dérives des CDR, à l’époque de la RDP. et pour laquelle Paulin Bamouni a dû intervenir personnellement pour le sortir du pétrin, lui et son collègue journaliste, Feu Rasmané Ouédraogo dit «Raso». Ce qui l’a convaincu du grand «sens de responsabilité» de Babou Paulin Bamouni.

Par Wakat Séra






























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