«Les incertitudes liées aux bouleversements géopolitiques, la remise en cause du multilatéralisme, la réduction de l’aide publique au développement, le poids pesant de la dette de nos pays, l’impact négatif des changements climatiques et le grand retard accusé dans l’atteinte des objectifs de développement durable, etc.», ne sont que la partie immergée de l’iceberg que doit déplacer le tout nouveau président de la Banque africaine de développement, le Mauritanien Sidi Ould Tah.
La liste des principaux freins au développement du continent est bien effrayante, même si elle est loin d’être catastrophique. Toutefois, quand elle est complétée, par un chapelet de maux dont le lourd déficit énergétique et le chômage qui accablée une jeunesse africaine désormais sans repère, attirée et avalée par la Méditerranée devenue un grand cimetière à ciel ouvert pour populations fuyant leurs pays, pensant trouver l’eldorado de l’autre côté de l’océan. Et le tableau s’assombrit davantage avec le terrorisme qui frappe le Sahel africain, ne causant pas moins de dégâts dans les pays du golfe de Guinée, tirant, implacablement, son cortège de morts et de personnes déplacées internes qui sont contraintes à l’abandon de leurs champs et bétails. Sans oublier la guerre au Soudan, les shebabs en Somalie, Boko Haram au Nigeria, et la mal gouvernance devenue le sport le mieux pratiqué par les dirigeants de ce continent africain aux énormes potentialités de développement, mais toujours tristement invisible sur l’échiquier mondial des échanges entre peuples.
Certes, Dr Sidi Ould Tah en prenant les rênes de la BAD, ce levier important de développement espéré pour l’Afrique, a pris la mesure de ces enjeux. Mais le jeu en vaut la chandelle pour lui, car sa détermination de faire de ces difficultés de mauvais souvenirs pour le continent noir est à l’aune des espoirs que son élection suscite, tant au sein de la BAD que pour l’Afrique dont il n’a de cesse de louer la résilience. Du reste, la longue expérience acquise durant son passage à la tête de la Banque arabe pour le développement économique de l’Afrique (BADEA), sera pour lui grand atout. Il est vu, d’ailleurs, comme l’homme de la situation, celui qui est porté par un vent nouveau et qui est surtout à même d’attirer vers le continent africain, des investissements importants de l’Asie, notamment des pays du golfe, en ces temps marquées par la suspension tous azimuts de l’aide au développement venue des Etats-Unis.
Cependant, entre les mots et l’action, le fossé peut paraître souvent abyssal, surtout quand tous les acteurs ne jouent pas pleinement leur partition ou font semblant de la jouer, se transformant en mouche du coche de La Fontaine. Or, comme le dit l’adage, si seul on va plus vite, ensemble on va plus loin.
C’est dans cette logique que, misant sur la force du partenariat et du collectif qui gagne, le nouveau patron de la BAD s’entoure de compétences connues et reconnues, tout en donnant au personnel de la Banque, toute la place qui est la sienne. En tout cas, c’est une présidence qui ne sera pas un fleuve tranquille, encore moins une sinécure pour Sidi Ould Tah qui aura besoin de plus que sa seule volonté pour réussir à remplir de carburant, le réservoir du camion Afrique dont le moteur toussote depuis bien longtemps dans l’attente de trouver le bon mécanicien pour le mettre en état de marche.
La BAD, version Sidi Ould Tah sera-t-elle la bonne clé de financement du continent noir? «L’Afrique nous regarde, la jeunesse nous attend, le temps est à l’action!» a bien dit le Mauritanien qui a ajouté qu’«il n’y pas de développement sans paix», tout comme», «il n’y a pas de paix sans développement.»
Par Wakat Séra




























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