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CAN 2019: après le coup de poignard de la CAF au Cameroun, qui relèvera le défi?

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A l’annonce du retrait de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de 2019 au Cameroun par la Confédération africaine de football (CAF), le pays de Issa Hayatou, celui-là même qui a régné à la tête de la CAF pendant 29 longues années (1988 à 2017), a reçu l’information, le 30 novembre 2018, comme un coup de poignard dans le dos. Ce choc, les amoureux du ballon rond, sur le sol du pays du président pour l’éternité, Paul Biya et l’Etat camerounais ne l’oublieront pas de sitôt. Mais malgré leur cris d’orfraie, le Malgache Ahmad et son équipe n’ont pas plié. «Force est de constater que notre pays a fait l’objet, dès le départ dans le cadre de ce dossier, d’un traitement qui ne peut que susciter des interrogations», a regretté, dans une déclaration, le ministre camerounais de la Communication, Issa Tchiroma Bakary qui a dénoncé une «injustice flagrante». C’est «avec consternation» que la nation championne de la CAN 2017, a appris cette décision de la CAF dirigée actuellement par le Malgache Ahmad Ahmad, une décision difficile à digérer par l’octogénaire Paul Biya, fraîchement réélu pour un septième mandat de sept ans. Le ministre camerounais de la Communication n’a pas manqué de souligner que «cette décision étonnante (…) ne rend assurément justice ni aux investissements colossaux consentis par (son) pays et qui se traduisent aujourd’hui par de belles infrastructures modernes, visibles de tous, ni à l’engagement déterminé du chef de l’Etat et du peuple camerounais à déployer les efforts nécessaires pour abriter en 2019 une fête éclatante du football africain».

Si l’ex-président de la CAF, le Tout puissant Hayatou, désormais en pleine descente aux enfers était toujours aux commandes, une telle sentence pouvait-elle être prise contre son pays? Ne tenant plus le gouvernail de la CAF, en plus de ses ennuis avec la justice qui n’en finissent pas, l’ex-président de la Confédération africaine de football devrait accepter, malgré lui, cette mesure qui est comme un affront. Mais un revers bien justifié pour celui qui a dirigé l’instance faîtière du foot africain comme un patrimoine familial, profitant et abusant de ce statut pour s’imposer comme ses amis chefs d’Etat africains dont le seul et unique rêve est de diriger à vie leur pays. L’histoire étant toujours d’une patience à faire pâlir de jalousie les plus téméraires moines religieux; Hayatou a été inévitablement rattrapé  par les «deals», et bien que longtemps couvert par la présomption d’innocence, sacrée principe du droit, vient d’être condamné à 24,5 millions d’euros d’amende pour «abus de position dominante» dans l’octroi de droits de diffusion télévision des compétitions africaines.

Qu’est-ce qui n’a pas marché pour les Camerounais qui en plus de perdre leur crinière jadis redouté par tous leurs adversaires sur les pelouses africaines et mondiales, doivent maintenant se plier aux décisions administratives d’une CAF résolue à ne leur concéder aucune de ces complaisances dont ils jouissaient sous le règne du roitelet Hayatou? Il faut dire que la sonnette d’alarme avait été tirée depuis bien longtemps sur la lenteur dans la réalisation des infrastructures devant abriter la CAN 2019. Mais les guerres d’ego au sein du pouvoir et autres suffisances à deux balles des autorités se réclamant de la protection de la première dame, Chantal Biya ont constitué des boulets au pied de la réalisation des terrains notamment. Pourtant des engagements avaient été pris au sommet de l’Etat d’œuvrer pour que la fête soit belle au pays du footballeur international, Samuel Eto’o Fils qui avait amené les membres de la CAF à quelques jours de la campagne présidentielle pour rassurer les Camerounais sur cette question. N’était-ce qu’un coup de bluff ? Ou une stratégie pour aider l’homme de Yaoundé à remporter les élections, quand on sait que ses opposants étaient de taille pour cette présidentielle.

Peu importe. La décision de la CAF, vient de briser ainsi le rêve de tout un pays qui pourtant est reconnu pour être une grande nation de football. Mais, à qui la faute si une décision aussi extrême a été adoptée par la CAF?  Et oui, le Cameroun ne peut que s’en prendre à lui-même, car il y a bien eu un retard dans l’exécution des travaux de construction des infrastructures. Même, Paul Biya qui avait promis que son pays «serait prêt le jour dit», avait-il réellement pris la mesure des choses, lui qui ne s’est jamais, donné la peine de visiter les chantiers pour s’assurer de la bonne marche des travaux? C’est ce qui arrive toujours aux chefs d’Etat bureaucrates qui se contentent des rapports pondus par leurs collaborateurs qui eux-mêmes font preuve de laxisme et de complaisance, et surtout s’adonne à la corruption sur le terrain.

Cette décision de la CAF n’est-elle pas un mal nécessaire, quand on sait que ce pays de l’Afrique Centrale tente vainement de se débarrasser de Boko Haram, la nébuleuse islamiste qui sème terreur et désolation dans le pays? Groupe armé qui terrorise les pauvres populations dans l’extrême Nord du pays en plus des séparatistes qui dictent leur loi dans cette région du pays, un pays confronté en plus à l’épineux problème des séparatistes de la région anglophone. Dans cette situation le Cameroun pouvait-il réellement accueillir la Coup d’Afrique des Nations (CAN) de 2019 sans risque d’insécurité, à l’occasion de cette fête de football qui draine de milliers de personnes? Qui prendra le relais des Lions domptés? En attendant la décision de la CAF, les regards se tournent vers le Maroc et l’Afrique du sud. En attendant CAN cherche logeur!

Par Wakat Séra

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