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CEDEAO: le Mali soulagé, le Burkina sur le fil, purgatoire pour la Guinée

La CEDEAO a encore du pain sur la planche avec "ses" putschistes

Le énième Accra, qui n’était rien d’autre que le 61è sommet ordinaire de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), mais n’en n’était pas moins un tournant décisif pour le Mali, le Burkina Faso et la Guinée, trois pays dirigés par des colonels putschistes, sera surtout le début du repos du guerrier pour le Ghanéen Nana Akufo-Addo qui refile la patate chaude de la présidence tournante de l’organisation sous-régionale au Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embalo.

Le plus jeune en âge des dirigeants élus de l’Afrique de l’ouest, aura besoin de toute son énergie et de sa fougue, non plus seulement pour contrer les assauts de narco-trafiquants et de certains de ses concitoyens qui essaient de lui retirer son fauteuil par les armes lourdes, mais pour mettre fin au printemps des putschs, qu’ils soient militaires ou civils, qui s’est abattu sur l’espace CEDEAO. Déjà, le Bissau-Guinéen qui était vu comme faisant partie, avec le Nigérien Mohamed Bazoum, de la ligne dure contre les juntes militaires au pouvoir en Guinée, au Mali et au Burkina, devra convaincre les colonels Assimi Goïta, Mamadi Doumbouya et Paul-Henri Sandaogo Damiba, de remettre aux civils, le pouvoir qu’ils leur ont arraché, respectivement le 18 août 2020 et mai 2021 au Mali, le 5 septembre 2021 en Guinée et le 24 janvier de cette année au Burkina. Comme quoi le mandat, bien qu’il ne soit, en principe, que d’une année sera loin du long fleuve tranquille. Le programme sera bien vaste pour le Bissau-Guinéen, les putschistes ayant plus d’un tour dans leurs sacs, eux qui font preuve des stratagèmes les plus divers et les plus osés pour s’offrir des mandats de durée presqu’égale au quinquennat classique des chefs de l’Etat sortis des urnes.

Acculé par les sanctions financières et économiques infligées au Mali où il fait la pluie et le beau temps, Assimi Goïta, qui a ramené ses prétentions de transition de 5 à 4 puis, désormais à 2 ans, a donc lâché du lest, mais demeure dans le viseur de la CEDEAO qui n’entend pas voir un putschiste militaire se faire la passe décisive pour reprendre, habillé en civil, le pouvoir pris par les armes. Pourtant, il ne faut pas lire dans une boule de cristal, ou être un analyste politique de haut vol pour voir venir chef Goïta en train d’opérer sa mue en Monsieur Goïta, par le biais de la nouvelle loi électorale qui permet à tout militaire de prétendre aux postes électifs, juste en prenant le soin de démissionner de l’armée, quatre mois avant les élections.

Il faut reconnaître que ce sont près de deux années que la junte militaire a déjà passées à la tête du Mali, avant de proposer les 24 mois de transition acceptés par la CEDEAO qui a mis fin aux sanctions commerciales, mais garde bien en place celles financières, comme le gel des avoirs, qui ont ciblé les militaires, maîtres de Bamako. Le Mali ira-t-il au bout des efforts relevés par le médiateur de la CEDEAO, l’ancien président nigérian, Googluck Jonathan, pour faire tomber définitivement toutes les sanctions contre lui, prises ce 9 janvier?

Quant au Burkina, après deux brefs séjours durant lesquels il a rencontré, entre autres les acteurs politiques et civils, le facilitateur de la CEDEAO, l’ancien président nigérien, Mahamadou Issoufou a pu éviter aux Burkinabè la fatwa des chefs de l’Etat de la sous-région, en obtenant des militaires, la revue à la baisse, soit de 36 à 24 mois de transition et la libération totale de l’ancien président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré qui était toujours en résidence surveillée depuis sa chute inopinée. Le Pays des hommes intègres a donc échappé à ces sanctions qui auraient été infernales pour lui, qui fait face à une double crise sécuritaire et humanitaire d’ampleur et dont les populations, que ce soit dans les villes ou le milieu rural, tirent le diable par la queue. Les Burkinabè, malgré leur force de résilience reconnue, auraient eu du mal à supporter ces sanctions draconiennes.

La Guinée, elle, bien qu’ayant récusé Mohamed Ibn Chambass comme facilitateur de la CEDEAO, peut encore jouir de l’indulgence des têtes couronnées de l’institution. Ceux-ci dans leur souci d’accorder du répit à la junte militaire guinéenne, viennent de nommer, le Béninois Yayi Boni, encore un ancien chef de l’Etat, en lieu et place du diplomate ghanéen. Le prédécesseur de Patrice Talon connaîtra-t-il plus de réussite sur les monts du Fouta-Djalon avec des militaires qui mettent peu d’empressement à quitter les salons feutrés de la présidence? Il faut l’espérer pour une Guinée qui fait constamment face à des crises socio-politiques dont la plupart du temps les coups d’état constituent l’issue. La Guinée se trouve donc comme prise dans un sas qui s’ouvrira soit sur l’enfer, soit sur le paradis!

En tout cas, la CEDEAO qui elle-même ne tenait plus vraiment la corde dans ce bras-de-fer engagé entre elle et «ses» putschistes, n’est sans doute pas au bout de ses peines, mais peut souffler un coup, autant que le Mali, le Burkina et la Guinée, qui restent suspendus, en toute logique pour fait de putsch militaire, des instances de l’organisation sous-régionale.

Par Wakat Séra

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