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Côte d’Ivoire : la marmite va-t-elle exploser ?

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Scènes surréalistes dans une république (ph. d'illustration)

Faites vos jeux, plus rien ne va, est-on tenté de dire face aux bruits de bottes qui sont revenus en force dans le quotidien des Ivoiriens après l’épisode sanglant de la crise électorale de 2010. A peine les soldats ont-ils déposé les armes, leurs mains étant occupées à toucher les primes qui leur sont versées suite à leurs revendications bruyantes, que les gendarmes ont pris sur eux de tester le même système, certes violent, mais payant à coup sûr. Seulement, ils ont rencontré sur leur route, les mutins d’hier, subitement décidés à maintenir l’ordre à Yamoussoukro, Bouaké, Dimbokro, Man et Daloa. Bilan provisoire des affrontements militaro-militaires, deux morts et des blessés. Sans les mêmes armes, mais pas non moins déterminés, les fonctionnaires manifestent également pour de meilleures conditions de vie. La marmite, bourrée d’ingrédients explosifs bout et le sifflement de la cocotte-minute pourrait bien annoncer des dégâts à la mesure du feu allumé. Car, la Côte d’Ivoire est loin d’être pacifiée, le processus de réconciliation étant visiblement en panne et les rancoeurs exacerbées entre pro-Ouattara et pro-Gbagbo. Pire, en annonçant à tout vent son départ en 2020, comme l’exige du reste la Constitution, Alassane Ouattara a aiguisé les appétits et suscité une guerre de positionnements dont les règles de jeu sont inexistantes. De même, en voulant à tout prix éloigner Guillaume Soro, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne de la course au fauteuil présidentiel ne porte visiblement pas chance à Ouattara. En effet, par la création du poste de vice-président Ouattara a fait de Daniel Kablan Duncan le nouveau dauphin constitutionnel…à la place de Guillaume Kigbafori Soro (GKS).

 La crise est donc loin d’être la résultante de simples revendications salariales et de primes. Elle a des racines plus profondes, solidement fixées dans la terre bourbeuse des manœuvres politiques et politiciennes. Il est plus que jamais temps pour Alassane Ouattara, qui risque de connaître une fin de mandat tumultueuse, de prendre des décisions à l’aune de la précarité de la situation socio-politique. Il aura compris à ses dépens que préparer sa succession dans une Côte d’Ivoire de politiciens aux dents longues, n’est pas des plus aisées, surtout contraint qu’il est par les caciques du Rassemblement des républicains (RDR) de chercher à se défaire de GKS qui l’a fait roi. En tout cas, pour l’éléphant dont les défenses retrouvent de la solidité à même d’en refaire la locomotive économique de l’Afrique de l’ouest, il urge que toutes les parties jouent balle à terre. La sous-région a besoin de la stabilité de la Côte d’Ivoire, elle qui, en plus des attaques terroristes auxquelles elle fait difficilement face, doit gérer la passation du pouvoir en Gambie, entre le fantasque Yahya Jammey qui refuse de lâcher le pouvoir au profit de Adama Barrow que les urnes ont déclaré vainqueur à l’issue de la présidentielle de décembre 2016.

Par Wakat Séra

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