Accueil Editorial Côte d’Ivoire: les «papys font de la résistance»!

Côte d’Ivoire: les «papys font de la résistance»!

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Henri Konan Bédié ((ph. d'archives)

Henri Konan Bédié (HKB), est candidat à l’investiture de son parti pour la présidentielle ivoirienne d’octobre prochain. Le président octogénaire, il a 86 ans, du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) compte ainsi revenir aux affaires, si la convention du PDCI, prévue pour les 25 et 26 juillet prochains, lui donne le quitus, pour s’aligner dans les starting-blocks de la course au fauteuil de Alassane Ouattara qui a promis officiellement ne pas vouloir d’un troisième mandat, même si la Constitution actuelle de son pays l’y autorise. Henri Konan Bédié, le président du PDCI, prouve par-là que ses ambitions pour le pouvoir n’ont pas pris la plus petite des rides, depuis qu’il a été chassé du palais présidentiel par le balai du Général Robert Gueï en décembre 1999. On connaît la suite de l’histoire, le «balayeur» lui-même a été «balayé» et assassiné le 19 septembre 2002.

Mais, le «sphinx de Daoukro», qui n’a jamais digéré cet affront suprême, s’est rangé aux côtés de Alassane Ouattara, qui a longtemps été son ennemi politique farouche, pour faire tomber un adversaire commun, Laurent Gbagbo, dans le dessein de reprendre le pouvoir par le biais d’un renvoi de l’ascenseur de la part du leader du Rassemblement des républicains (RDR), parti dissout aujourd’hui dans le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

Mais le tour de passe-passe qui devait permettre au PDCI de l’inamovible HKB de revenir au pouvoir, n’a pas fonctionné. «L’héritier» de Félix Houphouët Boigny crie alors à la trahison et la lune de miel entre lui et Alassane Ouattara est devenue lune de fiel, jetant HKB dans les bras de l’ancien ennemi, Laurent Gbagbo, cette fois-ci dans l’optique de mettre fin au règne du RHDP. Malgré les départs de bien des cadres influents, qui sont restés dans l’ancien mariage avec le RDR devenu RHDP, le PDCI de Henri Konan Bédié, parti historique, a gardé une influence notoire sur la vie politique ivoirienne et constitue un adversaire de taille pour le RHDP, à qui il pourrait bien faire mordre la poussière dans une élection libre et transparente.

De plus, l’alliance avec le Front populaire ivoirien des «GOR» (Gbagbo ou rien) renforcera les chances du PDCI, Laurent Gbagbo, ne pouvant prendre part, techniquement è l’élection d’octobre 2020. Ce n’est un secret pour personne que le Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, le champion du RHDP et de Ouattara pour la présidentielle ivoirienne d’octobre prochain, affaibli par la maladie et en France depuis plus d’un mois pour des soins, sera en grande difficulté face une machine conduite, en solo ou en coalition, par Bédié, Gbagbo ou l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro, actuellement dans le viseur de la justice de son pays et en exil en France. Les politiciens excellant dans la logique des alliances contre nature, le front du «Tout sauf Gon» sera vite déclenché, s’il ne l’est pas déjà.

S’il faut compter encore avec les frondeurs à l’interne du PDCI, tous ces jeunes loups qui ne veulent plus patienter sur le banc de touche en regardant les vétérans jouer, on peut être tenté de dire que la carte Bédié pour la présidentielle n’est pas encore passée. Mais comme en Afrique, le patron du parti le gère comme sa propriété privée et prépare rarement, sinon jamais, une relève pour ses vieux jours, la candidature à l’investiture de HKB pour le compte du PDCI, devrait passer, sauf tsunami. En tout cas, si Bédié peut être candidat et que Alassane Ouattara peut l’être également, ce sera la continuation du règne sans fin des «papys» qui ne sont jamais vieux au point de quitter les affaires. Jusqu’au jour où les affaires les quittent.

Par Wakat Séra

 

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