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Découplage des élections de novembre 2020 : un projet légitime, « légal », mais dangereux

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L'Assemblée nationale du Burkina Faso

De l’avis de Marius Yougbaré, à travers cet écrit, la proposition de découplage des élections de novembre 2020 est un projet légitime, « légal », mais dangereux.

L’examen du rapport issu de la tournée parlementaire effectuée sur le territoire national qui préconise la prorogation du mandat des députés donc le découplage des élections présidentielle-législatives sont sujets à débat. En effet, lors de la session parlementaire tenue à huit clos le 06 juillet dernier dit-on, les législateurs ont à l’unanimité proposé sur la base de l’article 81 de la Constitution et de la situation sécuritaire le report des élections législatives.

Cette proposition semble tributaire de la situation d’insécurité dans certaines régions du Burkina Faso qui empêcherait cinquante-deux (52) députés de pouvoir retourner dans leurs bases pour la campagne électorale.

De ce qui précède, on peut tenter sans effort de comprendre le caractère légitime et même légal de cette proposition de nos législateurs qui veulent disposer d’un environnement de sécurité stable et apaisé pour le bon déroulement des élections. Mais il faut d’emblée souligner que la situation d’insécurité ne concerne pas plus les députés que les populations des zones concernées.

Pour ma part, cette proposition de prorogation du mandat des députés justifiée par l’insécurité, bien qu’elle soit crédible, cache des desseins inavoués. C’est pourquoi, cette manœuvre mal orchestrée aura de la peine à fédérer les opinions. Plusieurs raisons peuvent largement justifier ma position. Mais avant tout, une question primordiale me taraude l’esprit : les députés MPP se sont-ils désolidarisés de leur parti lors de cette session parlementaire qui a consacré la proposition de prorogation de leur mandat ?

On se rappelle que le 11 juin, le MPP lors de sa conférence de presse a tenu à être clair pour ce qui l’agenda électoral en précisant que : « le MPP réaffirme encore solennellement aujourd’hui que l’agenda électoral national doit être scrupuleusement respecté et par conséquent, les élections devraient se dérouler à la bonne date le 22 novembre prochain ». Plus loin, le parti au pouvoir soutient que : « Certes, nous faisons face à ces deux défis majeurs, mais nous ne pouvons pas courir le risque de plonger notre pays dans un vide juridique et le livrer à tous les errements possibles. Cela est inadmissible et inacceptable ». Qu’est ce qui pourrait alors bien justifier ce désaveu de la position du MPP par ses députés ?

L’une des raisons qui est de nature à décrédibiliser la proposition des députés quoiqu’elle s’appuie sur l’article 81 de la Loi fondamentale est que l’élection présidentielle est organisée sur l’ensemble du territoire national et que le Gouvernement jusqu’à l’heure n’a pas indiqué son incapacité à respecter ses engagements. Si le Gouvernement est en mesure d’organiser l’élection présidentielle, alors les législatives sont une simple formalité.

Si les députés pensent que le Gouvernement n’est pas en mesure d’assurer leur sécurité et celles des populations lors des échéances électorales à venir, il serait judicieux pour eux de réfléchir dès à présent à comment accompagner le Gouvernement dans le processus de l’organisation des élections crédibles, transparentes et apaisées dans un environnement de sécurité souhaitable. Il est inadmissible que nos représentants à l’Assemblée nationale ouvrent la brèche à de probables crises institutionnelles.

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