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Dr. Agnes Kalibata: « La COVID-19 ne doit pas déboucher sur une crise alimentaire en Afrique »

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Ceci est un message du Dr. Agnes Kalibata, Présidente de l’AGRA sur la pandémie de la COVID-19. Pour elle, cette crise sanitaire « ne doit pas déboucher sur une crise alimentaire en Afrique ».

En tant qu’institution qui s’efforce d’améliorer le bien-être de millions de petits exploitants agricoles africains, nous sommes profondément préoccupés par la pandémie de COVID-19 qui menace tant d’entre nous.

Les hommes et les femmes touchés sont dans nos pensées et nos prières. Nous exhortons le reste d’entre nous à observer les mesures de prévention édictées par les gouvernements et les experts de la santé publique.

Chacun des 14 pays partenaires de l’AGRA a imposé un certain degré de restrictions pour protéger sa population contre la propagation du virus. Il s’agit certes d’une mesure de protection importante, mais nous ne devons pas perdre de vue le danger très réel que la pandémie de COVID-19 continuera de poser au-delà de cet épisode, à savoir une crise de sécurité alimentaire qui pourrait affecter la santé politique, sociale et économique des pays africains. Déjà plus de 250 millions de personnes en Afrique sont privées de nourriture. Ces populations vulnérables souffriront davantage des effets à court et à long terme de la pandémie.

Selon la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), la croissance du PIB africain devrait passer de 3,2 % à 1,8 %, ce qui augmentera probablement le nombre de personnes sans nourriture.

Dr. Agnes Kalibata, Présidente de l’AGRA

Alors que les professionnels de la santé se battent pour ralentir la propagation de la maladie, toutes les mesures doivent être prises pour garantir que les populations aient accès à la nourriture maintenant, pendant la période de reprise et au-delà. À défaut, le COVID-19 entraînera une crise alimentaire qui affectera les populations les plus pauvres, tant dans les zones rurales qu’urbaines. Nous pouvons protéger les intérêts et le bien-être des plus vulnérables d’entre nous en veillant à ce que les agriculteurs continuent à mener leur activité.

Les petits exploitants agricoles africains produisent 80 % des aliments que nous mangeons. Par conséquent, s’ils ne sont pas en mesure de cultiver à cause du COVID-19, l’Afrique sera inévitablement confrontée à une crise alimentaire.

L’Alliance pour une révolution verte en Afrique s’engage à soutenir les gouvernements et ses autres partenaires dans les pays où elle mène ses activités afin d’aider les agriculteurs à continuer à travailler dans leurs exploitations

Il y a de très bonnes leçons à tirer de toute l’Afrique et d’ailleurs. Nous les partagerons avec nos pays membres au fur et à mesure.  Par exemple, le gouvernement indien a exclu l’agriculture et les activités connexes des mesures de confinement en cours. Plus près de nous, nous saluons les efforts des gouvernements du Kenya, de l’Ouganda, du Rwanda, du Ghana et de l’Éthiopie qui élaborent ou ont déjà mis en place des directives pour garantir le fonctionnement des chaînes de valeur agricoles tout en respectant les directives en matière de santé publique. Le gouvernement éthiopien, par exemple, arrive  à fournir des intrants aux agriculteurs à des prix exceptionnellement bas et ainsi garantir aux agriculteurs l’accès à des intrants de qualité. Au Ghana, le ministère de l’alimentation et de l’agriculture a obtenu des intrants, des semences et des engrais pour les agriculteurs par le biais du programme phare du gouvernement « Planting for Food and Jobs ». Le gouvernement soutient également les riziculteurs grâce à un fonds de roulement qui leur permet de continuer à acheter du riz aux agriculteurs. Au Kenya, le gouvernement va constituer des stocks de céréales et de légumineuses qui permettront d’atténuer les problèmes de sécurité alimentaire liés au COVID-19. En outre, les conseillers de villages du pays ont trouvé des moyens créatifs de fournir aux agriculteurs des intrants subventionnés par le gouvernement tout en les sensibilisant sur les mesures de prévention contre le COVID-19.

Il nous faut désormais, collectivement, intensifier de tels efforts sur l’ensemble du continent. À l’AGRA, nous nous sommes engagés à travailler avec nos partenaires et les gouvernements pour soutenir les agriculteurs, dont la plupart sont des femmes et des jeunes ; pour planter, récolter, transporter et vendre des aliments sans mettre en danger leur sécurité et celle des autres.  Nous y parviendrons en travaillant avec les gouvernements pour faire en sorte que les commerces d’intrants et les magasins d’agroalimentaire des villages restent ouverts afin de permettre aux agriculteurs d’avoir accès à des intrants à des prix abordables.

La présidente de l’AGRA (à gauche) et le ministre burkinabè de l’Agriculture, Salif Ouédraogo

Nous allons également étendre le rôle des conseillers de villages afin de continuer à fournir des services de vulgarisation aux agriculteurs. À cette fin, nous doterons les négociants en produits agricoles et les conseillers de villages de matériel de sécurité et d’informations, et nous renforcerons…

Nous n’avons pas vocation à être normatifs, toutefois nous estimons que nous devons tous faire ce qu’il faut pour soutenir les agriculteurs ; rester les bras croisés et souhaiter que cette pandémie disparaisse n’est pas une option.

En plus de nos gouvernements partenaires, nous saluons les centaines de partenaires de mise en œuvre avec lesquels nous travaillons. Nous voulons leur assurer de notre plein engagement dans notre partenariat et de notre disposition à faire preuve de la plus grande souplesse pour les soutenir autant que possible, notamment pour organiser leurs opérations pour faire face à la pandémie tout en continuant à atteindre leurs objectifs.

Mon équipe et moi-même sommes disponibles pour les soutenir de toutes les manières possibles. Communiquons ouvertement sur les défis auxquels nous sommes confrontés et travaillons ensemble pour trouver des moyens de les surmonter.

À terme, cette pandémie souligne la nécessité pour l’Afrique de se concentrer sur la transformation de l’agriculture comme voie la plus sûre vers une croissance économique inclusive pour renforcer la résilience de sa population. Notre fragilité en termes d’accès à la nourriture est exacerbée par le fait que nous importons des quantités importantes de produits alimentaires, que nous dépendons de l’agriculture pluviale et des petits exploitants et que nous sommes déjà confrontés aux chocs du changement climatique et des invasions acridiennes.

Au moment où le monde est aux prises avec le COVID-19, les pays africains doivent garder comme objectif principal l’auto-suffisance alimentaire. Avec nos partenaires, nous continuerons à déployer des moyens innovants et à nouer des partenariats pour transformer…

Un leadership et une action coordonnée sont nécessaires aux niveaux mondial, national et local pour trouver des solutions en termes de systèmes alimentaires qui répondent aux mesures de santé publique et les soutiennent.

Consultez régulièrement notre site web pour en savoir plus sur les réponses que nous révisons en continu conformément aux lignes directrices actualisées de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), des gouvernements des pays dans lesquels nous opérons et des experts de la santé publique.

Que vous travailliez à la maison, au bureau ou au champ, assurez-vous de prendre les mesures essentielles pour assurer votre sécurité, celle de vos collègues, de votre famille et du monde entier.

Par Dr. Agnes Kalibata, Présidente de l’AGRA

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