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Elections 2020: le mercure monte dans le calme des votes

Vote des Burkinabè en Côte d'Ivoire

C’est dans le calme et l’esprit bon enfant qui ont prévalu durant la campagne électorale qui les ont précédées, que les élections présidentielle et législatives couplées, ont été organisées au Burkina Faso, ce 22 novembre. D’emblée, il faut reconnaître que malgré leur caractère d’inclusivité, ces joutes électorales n’ont visiblement pas suscité un engouement exceptionnel et que du fait de la situation d’insécurité, et d’autres aléas liés aux défaillances dans la mise en place de la logistique, de nombreux burkinabè ont suivi ce vote en spectateurs. Le taux de participation sera scruté, sans doute, avec la plus grande pertinence.

Mais, ce fut aussi, l’opportunité pour les Burkinabè de la diaspora, de prendre part, pour la première fois de l’histoire du «Pays des Hommes intègres», au choix du président du Faso. Ils étaient donc, pour ces élections, plus de 6 millions et demi de Burkinabè qui ont été appelés à prendre d’assaut plus de 21 000 bureaux de vote installés sur le territoire national, notamment dans les endroits épargnés par la couleur rouge, caractéristique des zones sous menace terroriste avérée.

Car, cette année, les attaques terroristes ont fortement impacté la tenue des élections au Burkina, obligeant les organisateurs, à sevrer certaines localités de ce droit. Du reste, certains bureaux de vote n’ont pas ouvert leurs portes, parce que, tout doigt qui aura été plongé dans l’encre indélébile après vote, sera un doigt de perdu, ont menacé des hommes armés. C’est ainsi que des bureaux de vote, dans l’est du pays, fortement sous l’emprise des terroristes, et dans le Sahel, n’ont pu accueillir le moindre électeur. Les vies étaient en danger.

En attendant que la fumée blanche sorte de la cheminée de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), les grandes tendances générales placent, parmi les 13 candidats, dont un indépendant, Claude Aimée Tassembédo, et la seule femme, Monique Yéli Kam, le chef de l’Etat sortant, Roch Marc Christian Kaboré, candidat à sa propre succession, en position favorable. Le chef de file de l’opposition et cheval de l’Union pour le changement (UPC), Zéphirin Diabré et le champion du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), Eddie Komboïgo, demeurent cependant dans la course.

D’ailleurs, ces deux candidats de l’opposition, qui ont drainé foule lors de leurs meetings électoraux, s’ils ont fait la promesse de féliciter le vainqueur sorti des urnes, n’ont pas moins prévenu, après avoir fait le constat de «fraudes», qu’ils contesteront tout résultat qui ne serait pas le reflet de la vox populi. Jusqu’où iront les deux hommes, dans les recours auprès de la Céni et du Conseil constitutionnel?

La question reste ouverte, quand on sait qu’en Afrique, et maintenant aux Etats-Unis de Donald Trump, rares, voire inexistantes, sont les élections qui ne sont pas remises en cause par des candidats. Parfois, ces protestations sonnent comme un baroud d’honneur, mais souvent, elles sont légitimes et justes, dans un continent où une loi non écrite dans les Constitutions, mais bien réelle, stipule qu’«on n’organise pas les élections pour les perdre». Pour le moment, le Burkina n’est pas à ce stade redouté de crise postélectorale et il importe que les uns et les autres aient à cœur la culture de la paix pour rester strictement dans les chemins du droit. Qui plus est, qu’il soit du pouvoir ou de l’opposition, chaque candidat doit faire sienne la culture du fair-play, ce charmant comportement qui amène vainqueurs et vaincus à se serrer la main à la fin du match.

En tout cas, il importe d’avoir une pensée pour ces plus du million de déplacés qui, attaques terroristes obligent, ont dû fuir leurs villages, abandonnant derrière eux, terres et biens. Ils n’ont pas pu voter, mais placent sans doute leurs espoirs, tout comme le reste des Burkinabè, dans ces élections qui doivent porter aux affaires, celui qui, installé au palais de Kosyam pour les cinq prochaines années, les débarrassera de l’hydre terroriste qui met l’économie à genou, endeuille au quotidien les populations militaires et civiles, et, jette sur la route de l’exil de paisibles citoyens, qui, du jour au lendemain perdent tout et se retrouvent sans rien.

Par Wakat Séra

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