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Fête de l’indépendance du Togo: l’adresse à la nation de l’opposition

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Ceci est l’adresse à la Nation du chef de file de l’opposition togolaise Jean-Pierre Fabre, président de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), à l’occasion de la fête de l’indépendance du Togo ce 27 avril 2018.

Togolaises, Togolais,

Braves Combattants de la liberté,

Mes Chers Compatriotes,

Nous voici une fois encore à notre fête de l’indépendance, notre fête nationale du 27 avril. Un moment fort de notre vie de citoyens du Togo.

À cette occasion historique que nous chérissons tous et où le Togo nous appelle, mon devoir républicain est de vous souhaiter une bonne et agréable fête. Quelle que soit la manière dont vous décidez de commémorer cette date symbolique et irremplaçable, le 27 avril doit toujours demeurer, pour nous tous, la plus grande des célébrations de notre vie commune.

Il y a 58 ans, le peuple togolais tout entier célébrait dans la joie et l’allégresse, l’indépendance de notre pays le Togo, proclamée solennellement par le Président Sylvanus Olympio, le 27 avril 1960, avec toutes les promesses d’une moisson abondante de prospérité partagée, grâce au Travail de tous, dans la Liberté et la concorde, dans l’amour de la Patrie.

Mais très vite, dès le 13 janvier 1963, les espoirs et les rêves portés par ces moments uniques sont brisés et irrémédiablement compromis, avec l’assassinat crapuleux du père de l’indépendance et fondateur de la nation togolaise.

Depuis lors, une dictature implacable confisque le pouvoir d’Etat et s’évertue à le conserver dans le sang, la violence et la terreur, en imposant au peuple togolais une servitude absolue.

Cette dictature, le RPT/UNIR, s’emploie à saper les fondements de notre nation. Aux revendications légitimes des fils et filles du pays, qui aspirent à la paix, à la justice, à la liberté et à la dignité, au respect des droits de l’homme et des principes de l’Etat de droit, de la démocratie et de la bonne gouvernance, le RPT/UNIR oppose systématiquement la violence et la terreur, les arrestations arbitraires, la torture et les assassinats, la falsification et la fraude, la corruption, l’achat de conscience et le mensonge, le non-respect des engagements pris, la force brutale et les coups de force répétés.

Après plus de quarante années d’un pouvoir des plus autocratiques et sans partage avec Gnassingbé père, le RPT/UNIR continue aujourd’hui de faire couler le sang des Togolaises et des Togolais pour s’accrocher au pouvoir avec le fils, Faure Gnassingbé, arrivé au pouvoir en 2005, après le massacre de plusieurs centaines de nos concitoyens.

Il y a donc plus d’un demi-siècle que notre pays le Togo vit une grave crise sociopolitique. Une crise profonde. Avec de graves violations des droits de l’homme y compris des massacres de populations.

Nous pensons avec effroi aux morts de la Lagune de Bè, aux massacres de Fréau Jardin, aux tueries planifiées et exécutées par le régime pour couvrir les holdups électoraux. Nous pensons également aux enlèvements, aux assassinats, aux disparitions forcées et aux massacres de populations consécutifs à la succession dynastique chaotique d’Eyadéma Gnassingbé. Nous pensons enfin aux tirs à bout portant sur des élèves et étudiants ainsi que sur des manifestants aux mains nues, notamment à Mango, Dapaong, Bafilo, Sokodé, Lomé, etc.

C’est précisément dans le but de mettre définitivement un terme à cette grave crise, que l’ensemble des forces démocratiques togolaises concède, le 20 août 2006, sous l’égide de la CEDEAO et de l’Union Européenne, la signature de l’Accord Politique Global (APG) pour donner toutes les chances à la paix sociale, à la cohésion nationale et à la stabilité politique, notamment par la mise en œuvre de réformes politiques constitutionnelles, institutionnelles et électorales.

12 ans après, les réformes prévues par l’APG demeurent lettres mortes avec, pour conséquences, la persistance d’un système de dictature pure et dure, soutenu par quelques inconditionnels.

Ensemble avec les forces démocratiques, nous avons, à maintes reprises, mis en garde M. Faure Gnassingbé contre les conséquences de son refus obstiné de mettre en œuvre les réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales prescrites par l’APG. Pour avoir persisté dans son refus en usant et en abusant de subterfuges dilatoires et autres turpitudes, il s’est irrémédiablement disqualifié.

Déjà en mal de légitimité pour s’être approprié le pouvoir au travers de scrutins frauduleux, Faure Gnassingbé n’a plus aucune crédibilité et n’est plus habilité à faire les réformes. Voilà pourquoi, le peuple togolais souverain, massivement mobilisé aussi bien sur le territoire national qu’à l’étranger, exige son départ immédiat.

Notre regroupement des 14 partis politiques de l’opposition porte et soutient pleinement et fermement cette exigence ainsi que les aspirations profondes du peuple souverain. Voilà pourquoi il nous revient de convenir avec Faure Gnassingbé, des modalités relatives à son départ effectif du pouvoir, seule solution pour un règlement juste et durable de la crise togolaise.

Le dialogue politique entamé le 19 février 2018 à Lomé, sous l’égide des Présidents Ghanéen William Ado Nana Dankwa AKUFO-ADDO et Guinéen Alpha CONDE, en tant que Facilitateurs, devait permettre de lever les blocages imposés jusqu’alors par le régime RPT/UNIR pour empêcher toute alternance pacifique au Togo.

Patiemment, nous avons formulé, précisé et répété les aspirations profondes des populations togolaises à la table de négociations avec le régime autocratique RPT/UNIR. À chacune des occasions, nous avons obstinément et résolument fait la démonstration qu’à l’instar de tous les autres pays de la CEDEAO, le Togo doit connaître l’alternance politique. Nous avons donné une grande chance à une solution négociée sous l’égide des facilitateurs mandatés par la CEDEAO.

Le résultat, vous le connaissez : c’est la reprise du dilatoire très caractéristique du régime RPT/UNIR et son refus de s’ouvrir aux valeurs de l’alternance et du changement.

Plus grave encore, c’est l’interdiction abusive et arbitraire de toute manifestation publique. S’ensuivent une répression à ciel ouvert, des arrestations musclées, des expéditions punitives menées la nuit dans les quartiers et les domiciles, des meurtres et des tentatives d’assassinat, perpétrés sur la population, sur les responsables politiques et ceux de la société civile.

Aujourd’hui, ce n’est plus un secret pour personne que le pouvoir RPT/UNIR et Faure Gnassingbé sont les véritables obstacles à la mise en œuvre des réformes politiques et électorales au Togo.

Ils le démontrent quotidiennement en créant et en entretenant des situations de dilatatoire et d’engagements non tenus ; en en rajoutant tous les jours aux violations flagrantes des droits de l’homme, au lieu de parachever les mesures d’apaisement.

Ils le démontrent quotidiennement en tentant de museler la presse par le harcèlement et les intimidations des journalistes, et en entravant les libertés constitutionnelles d’expression et de manifestation des partis politiques, de la société civile et des populations.

Ils le démontrent quotidiennement en maintenant l’état de siège dans les villes de Sokodé, Bafilo et Mango et en interdisant toute activité politique et civile à Kara.

Ils le démontrent en initiant une loi inique portant création des communes, une loi discriminatoire, tribaliste, ségrégative et d’exclusion, en totale contradiction avec la Constitution, une loi qui porte en germes les risques d’une explosion sociale généralisée.

Ils le démontrent en poursuivant unilatéralement le processus électoral que le gouvernement a pourtant pris l’engagement d’interrompre, à la demande du Facilitateur.

Ils le démontrent en tentant obstinément d’imposer la candidature de Faure GNASSINGBE pour un 4ème mandat à la prochaine élection présidentielle.

Ces diverses actions antidémocratiques et antirépublicaines, constituent pour les populations de véritables agressions, des humiliations abominables qui nous édifient tous et nous renforcent dans notre détermination à bâtir le Togo de demain. Un Togo qui ne sera plus jamais celui du RPT/UNIR. Un Togo où plus aucune chaîne despotique n’asservirait les Togolaises et les Togolais.

C’est le lieu de rendre un hommage mérité à celles et à ceux d’entre nous qui ont donné leur vie pour que le Togo retrouve sa dignité perdue. Nous exprimons notre compassion et notre solidarité à tous nos compatriotes blessés, meurtris dans leur chair et dans leur âme, injustement arrêtés, détenus, contraints à l’exil loin de leurs familles. Aux uns et aux autres, la Nation togolaise restaurée saura rester reconnaissante et réparatrice de tous les préjudices.

Mes Chers Compatriotes,

Le moment est donc venu pour écrire ces nouvelles pages tant attendues de l’histoire de notre cher pays, le Togo. Nous avons besoin de chacune et de chacun de vous pour briser les chaînes de la servitude et de l’asservissement. Nous avons besoin de chacune et de chacun de vous pour rebâtir la cité.

Voilà pourquoi, ensemble avec vous, ensemble avec toutes les forces vives de la nation, ensemble avec le peuple togolais tout entier, nous sommes debout pour dire non à ce régime RPT/UNIR. Un régime antipatriotique qui, après avoir tenté en vain de détruire le monument de l’indépendance, de changer l’hymne national, ‘’Terre de nos Aïeux’’, de changer le drapeau national, la devise et les armoiries nationales, s’entête à gommer les noms de la capitale Lomé et des autres villes du pays, nonobstant leurs valeurs irremplaçables aux plans historique et culturel.

C’est pour tout cela que nous sommes debout, et nous que restons vigilants.

Nous sommes debout jusqu’à la victoire finale.

Nous sommes debout, parce que nous croyons à la démocratie, à l’État de droit et à la bonne gouvernance.

Nous restons debout, parce que nous tenons à la liberté, à la justice et au respect des droits humains.

Nous restons debout, parce que nous croyons au développement harmonieux du Togo, à travers le progrès social, la croissance partagée et la solidarité.

Nous restons debout, parce que nous avons ouvert toutes les voies vers la victoire, la gloire et la dignité du peuple togolais.

L’épisode de ce Togo réfractaire à la raison, ce Togo infernal dont les citoyens sont si longtemps martyrs de toutes les abominations, ce Togo-là tire véritablement à sa fin. Vous en faites la démonstration tous les jours par des manifestations citoyennes assidues tant sur le territoire national, malgré la répression, que dans la Diaspora.

Vous apportez la preuve que « la lutte populaire est invincible ».

Dans l’unité d’action en cours, toutes les formes de résistance, tous les moyens de résistance doivent continuer à converger vers le résultat final : mettre fin à toutes les atrocités infligées des décennies durant au Peuple togolais par un régime de sanguinaires.

Je voudrais ici remercier très vivement les partis politiques membres de CAP 2015 et du Groupe des six, ainsi que le CAR, le PNP et Santé du Peuple, et tous les partis politiques qui soutiennent les revendications des populations togolaises. Je remercie tous nos militants et sympathisants, les organisations de la société civile et les artistes, l’ensemble des forces démocratiques et les populations togolaises ainsi que la diaspora, qui prennent part ou s’associent à nos manifestations.

Mes Chers Compatriotes,

La férocité répressive démoniaque que le RPT/UNIR oppose à la reprise de nos manifestations pacifiques confirme que ce régime vit ses derniers jours. Le peuple togolais souverain, du territoire national comme de la Diaspora, triomphera inéluctablement de cette barbarie insensée. C’est au peuple qu’appartient l’avenir et le Togo sera une démocratie ou ne sera pas.

A l’heure où je vous parle, les rafles quotidiennes et la chasse à l’homme se poursuivent à Lomé et ses environs et dans certaines villes de l’intérieur, où des dirigeants ainsi que des militants et sympathisants de l’opposition, activement recherchés, sont contraints à la clandestinité.

Nous exprimons encore une fois nos condoléances aux familles affligées et nos vœux de prompt rétablissement aux blessés. Nous réitérons notre pleine solidarité avec les personnes encore injustement détenues, les personnes exilées, déplacées ou contraintes à la clandestinité et les personnes dont les biens sont pillés ou détruits par les forces de répression.

Nous réitérons notre gratitude à toutes les bonnes volontés, notamment la Conférence des Evêques du Togo, les ambassadeurs des USA, de la France, de la République Fédérale d’Allemagne, de l’Union Européenne et des Nations Unies, pour leurs contributions à la libération des personnes arbitrairement détenues pendant plus de cinq ans, dans la sordide affaire des incendies des marchés de Kara et de Lomé.

Nous exigeons la libération immédiate et sans condition de toutes les personnes encore détenues et nous demandons aux autorités togolaises :

  • d’arrêter la chasse à l’homme, les intimidations, les menaces et les harcèlements des citoyens dans toutes les villes et les campagnes du pays ;
  • de traduire pour une fois, devant les tribunaux, les auteurs et les commanditaires des violences perpétrées par les milices et les forces armées togolaises contre les populations, afin qu’ils répondent de leurs actes, conformément à la loi ;
  • de respecter et de faire respecter sur toute l’étendue du territoire national le libre exercice des activités, notamment le droit de manifester publiquement et pacifiquement, garanti par la Constitution et les lois de notre pays aux partis politiques, aux organisations de la société civile y compris les syndicats et les étudiants ;
  • de lever tous les blocages au bon déroulement et à l’aboutissement satisfaisant du dialogue politique en cours.

Vaillant peuple togolais,

Braves combattants de la liberté,

Mes Chers Compatriotes,

Avec vous, je reconnais que l’enthousiasme de la commémoration de cette fête du 27 avril aurait dû être grandiose et réconciliatrice. Mais pour l’heure, il nous faut reconquérir notre liberté. ‘’Que viennent les tyrans Ton cœur soupire vers la liberté’’, nous enseigne ‘’Terre De Nos Aïeux’’, ce chant sublime, ce serment solennel des pères de l’indépendance et fondateurs de la nation togolaise, qui traverse les âges jusqu’aux générations futures et qui constitue notre profession de foi à tous. Une profession de foi indestructible. Une profession de foi infalsifiable. Une profession de foi qui fonde notre conviction, notre engagement et notre détermination collective pour bâtir et enrichir et chérir un Togo qui appartienne enfin à son époque, un Togo que nous serons fiers de léguer à nos enfants.

A tous, je demande donc de redoubler de vigilance et d’ardeur en cette phase cruciale de notre lutte commune et de répondre massivement à nos appels à la mobilisation générale. ‘’La nuit est longue, mais le jour vient’’.

Que Dieu Tout-Puissant vous bénisse tous

Et que Dieu Tout-Puissant bénisse notre cher pays le Togo

Ablodé ! Ablodé ! Ablodé gbadja !

Fait à Lomé, le 26 avril 2018

Le Président National de l’ANC

Chef de file de l’opposition

Jean-Pierre FABRE