Accueil Opinion G20 d’Osaka : du Tandem Trump –Trudeau

G20 d’Osaka : du Tandem Trump –Trudeau

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Dans cet article,  Mamadou Djibo Baanè-Badikiranè estime que lorsque le Premier ministre Trudeau déclare que le Canada et les Etats-Unis forment « l’alliance la plus forte au monde», il interpelle ainsi le Président Trump sur l’attente canadienne de voir le sort des deux canadiens emprisonnés évoqué lors de la rencontre bilatérale entre la Chine et les Etats-Unis.

La réunion du G20 aura lieu le vendredi 28 juin 2019 à Osaka au Japon. Les deux puissances globales, la Chine et les Etats-Unis échangeront sur les disputes commerciales personnifiées par madame Meng Zanghou, la directrice du géant Huawei en procès au Canada. Il y a la controverse des déficits commerciaux, de la propriété intellectuelle mais surtout la question prioritaire des libertés publiques au moyen de la protection des données personnelles. La Chine et les Etats-Unis traiteront de ces contentieux à l’exclusion, j’imagine, de ce qui se joue à Hong Kong qui relève de la politique intérieure chinoise. Je perçois et je vous soumets cinq clés de décryptage.

  1. Ainsi, au cœur de ces disputes, il y a la situation carcérale à Vancouver de la fille du fondateur du géant technologique Huawei, madame Meng Wanghou. Ce sujet en dispute transite par le lien diplomatique canadien avec la Chine. Ce lien est d’autant distordu que la partie chinoise a aussi arrêté et mis aux arrêts pour espionnage deux Canadiens. Il était donc nécessaire pour le Premier ministre Trudeau d’en parler avec le Président Trump lors de sa visite de la semaine dernière à Washington. Puisque tout se passe comme si l’allié américain a sous-traité le cas de madame Meng par le Canada. Lorsque le Premier ministre Trudeau déclare que le Canada et les Etats-Unis forment « l’alliance la plus forte au monde», il interpelle ainsi le Président Trump sur l’attente canadienne de voir le sort des deux canadiens emprisonnés évoqué lors de la rencontre bilatérale entre la Chine et les Etats-Unis. Evoquer ne signifie pas en partager le bien-fondé. Ainsi, il appert qu’au-delà des disputes commerciales, se joue la liberté des citoyens canadiens et chinois en prison même si cette question incontournable est occultée par la question phare de la sagesse que le Canada et les démocraties libérales classiques se posent de savoir s’il était avisé d’utiliser les technologies de Huawei, une autre aire civilisationnelle, un actionnariat où l’Etat chinois est prépondérant et de culture d’Etat versus l’accès aux données privées des citoyens canadiens et américains, plus précisément.
  2. Il y a une doctrine traditionnelle sur laquelle se fonde les relations extérieures du Canada. Cette doctrine s’articule sur la protection des droits humains et stipule que les droits de la personne sont au-dessus de la souveraineté des Etats. Je suis de cette école. Une doctrine dont les plus grands praticiens furent des grands présidents comme Mandela et Havel. Evoquer la situation des droits humains est ainsi un devoir des premiers ministres canadiens dans leurs entretiens avec leurs hôtes étrangers. Précisément, lorsque Trudeau l’évoque avec Trump, il est conforme à une tradition canadienne, excepté que son interlocuteur a un prisme pour le nouveau mercantilisme de type hégémonique. Il faut savoir que le Président Trump est plus proche des néoconservateurs américains, adeptes de conquêtes commerciales musclées même s’il n’est pas du tout un belliciste comme ces derniers l’étaient sous l’administration Walker Bush (Président Bush et ses collaborateurs Cheney, Rice, Bolton). Le tandem rêvé par le Premier ministre Trudeau avec le Président Trump semble difficile. Parce que le Président Trump est pour le commerce bilatéral et que de ce fait, il est infiniment plus proche du Président Xi Xinping qui parie lui aussi sur un monde multilatéral dans une dynamique de développement harmonieux. Seule la modalité opératoire les oppose (bilatérale vs multilatérale). De facto, la doctrine canadienne qui prime les droits humains au- dessus des relations commerciales uniquement, risque d’être perçue comme une ingérence dans les affaires intérieures de la Chine. D’ailleurs la loi de la réciprocité qui a incité la Chine à arrêter et emprisonner deux citoyens chinois rappelle que la bataille technologique opposant les Occidentaux aux Chinois sur la téléphonie notamment la 5G, relève d’une bataille de l’économie du savoir plutôt qu’autre chose. Ces contrariétés et interprétations asymétriques établissent clairement que la bromance vécue entre le Président Obama et le Premier ministre Trudeau est unique et non transposable au socle matriciel du Make and Keep America Great Again.
  3. Il appert ainsi que la conformité canadienne avec sa doctrine des relations internationales la rapproche plutôt des Européens et des Africains progressistes. J’ai publié dans Le Devoir de Montréal en 1997 une tribune qui montrait la même contrariété à laquelle le gouvernement du Premier Jean Chrétien était confronté dans ses relations avec la Chine lorsque Lloyd Axworthy était le ministre des Foreign Affairs. L’héritage et la promesse canadienne sellent l’engagement constructif dans les relations internationales en faveur des droits humains, une tradition qui prit son envol avec le Premier ministre Pearson avec son implication personnelle pour la création du corps onusien du maintien de la paix, amplifiée avec le leadership indépendant et visionnaire du brillant intellectuel et Premier ministre Pierre Elliot Trudeau, le père de l’actuel premier ministre.
  4. Enfin, la Chine est la puissance globale montante, irrésistible après 4 siècles d’éclipse sur la scène commerciale mondiale. Il me semble que les Libéraux de Justin Trudeau gagneraient à davantage s’engager dans la ratification de l’Accord Canado-Américano-Mexicain (ACEUM). Cet Accord non encore ratifié au Canada, ni aux Etats-Unis, n’a pour autant pas empêché le Président Trump de menacer de taxer fortement les produits mexicains sur le mobile du laisser-aller donné aux immigrants à sa frontière. L’allié historique américain apparait ainsi aux Canadiens que même fiable, il n’en demeure pas moins qu’il est capable de mettre entre parenthèses, ses engagements consignés pour s’occuper exclusivement et décisivement de son impérium bilatéral du Keep America Great Again pour que personne n’ose en douter, a fortiori, le contester. Là encore, le tandem rêvé est mis en conjectures d’autant plus que le primat de l’ACEUM, de l’ONU, des organismes multilatéraux contrarient cet impérium bilatéral du puissant voisin américain. La famille traditionnelle canado-américaine se pose des questions des deux côtés de cette longue frontière de près de 6000 kilomètres. La plus probable réponse pour restaurer la sérénité de ces liens historiques consisterait à réinventer cette famille sur des asymétries de priorités en ayant en vue la construction possible des convergences ponctuelles susceptibles de constituer l’ossature stratégique du tandem rêvé Trump -Trudeau. En attendant le meilleur !

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