Accueil A la une Journée mondiale de l’Afrique: en rire ou en pleurer?

Journée mondiale de l’Afrique: en rire ou en pleurer?

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L'Afrique est face à son destin

25 mai 1963-25 mai 2020. Voici 57 ans que l’Afrique s’est libérée du joug de la colonisation, du néo-colonialisme, de l’apartheid, de l’impérialisme, etc., pour faire dans le langage des révolutionnaires marxistes-léninistes. Il y’a 57 ans que l’Organisation de l’unité africaine (OUA) a été portée sur les fonts baptismaux, pour la plus grande joie des pères fondateurs et selon la vision des panafricanistes dont le plus en vue n’est autre que le Ghanéen, Kwame Nkrumah. C’était l’heure des grands discours enflammés et des longues thèses sur le devenir de l’Afrique noire. Et, leurs descendants doivent s’en réjouir, les géniteurs de l’unité africaine étaient sincères et avaient foi en cette vaste entreprise. Face aux difficultés et obstacles divers qui n’avaient d’autres noms que la division des Africains orchestrée depuis l’Occident et l’ego surdimensionné de certains dirigeants, la machine s’est vite essoufflée.

Dans une tentative de relance portée, avant son assassinat, par le libyen Mouammar Kadhafi, le continent noir s’est remis à rêver. Ainsi naquit l’Union africaine, le 9 juillet 2002, à Durban en Afrique du sud, conformément à la Déclaration de Syrte du 9 septembre 1999. Sortie des cendres de l’OUA, l’UA pouvait-elle transformer l’essai de son ancêtre, une ancêtre qui a été conçue dans la douleur, opposant les partisans du fédéralisme menés par le Dr Kwame Nkrumah et le bloc du Sénégalais Léopold Sédar Senghor qui ne jurait que par une «Afrique des Etats» et qui finalement fait incliner la balance de sont côté?

Aujourd’hui, l’UA que certains n’hésitent pas à traiter de «vieux machin» et d’autres de «syndicats de chefs d’Etats», si elle jouit encore de la confiance de nostalgiques de la vision des pères fondateurs et de panafricanistes indécrottables, est simplement à l’image du pays de son géniteur, la Libye, qui est plongée dans un chaos indescriptible, depuis qu’elle a été explosée par la France de Nicolas Sarkozy et ses alliés dont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. L’organisation continentale, malgré ses sommets où le champagne coule à flot sur le caviar, dans son temple d’Addis-Abeba construit par la… Chine, est loin de répondre aux attentes de la jeunesse africaine qui, elle, a plutôt foi en des idées d’hommes de conviction comme le père de la révolution burkinabè, Thomas Sankara. Pliant sous le faix d’une dette qu’elle ne finira jamais de payer selon un mécanisme savamment monté par ses «partenaires techniques et financiers» et les institutions de Bretton Woods qui la maintienne dans ce cycle sans fin de continent condamné à tendre la sébile, l’Afrique, surtout sa partie noire, se contente de vivoter.

Dans cette grisaille qui l’enveloppe et empêtrée dans les compromissions et les intérêts égoïstes et très personnels de ses dirigeants, plutôt obnubilés par la conquête ou la sauvegarde du pouvoir, l’Afrique cherche toujours la sortie de ce labyrinthe, dont les couloirs sinueux ne la conduisent que vers le terrorisme, la famine, la corruption, la mal-gouvernance, les parodies d’élection, etc. Incapable d’aller à l’industrialisation, le continent exportent toutes ses matières premières pour devenir une consommatrice insatiable de produits manufacturés qui lui sont vendus à prix d’or. Paradoxe des paradoxes, le riche sous-sol de l’Afrique ne lui appartient même plus, bradé qu’il est à l’Occident par des dirigeants aux desseins sombres. L’or, le pétrole, l’uranium, le diamant, le bois, le cobalt, le coton, pour ne citer que ses denrées, dont il devait en tirer profit pour son développement, font plutôt le bonheur d’autres continents au détriment des peuples africains qui croupissent dans la misère et la maladie.

Mais l’espoir est loin d’être perdu pour l’Afrique dont les sociétés civiles émergentes ramènent de plus en plus de dirigeants véreux et incompétents sur le droit chemin. Sans oublier que des initiatives comme la Zone de libre échange continentale africaine (ZLECAf), qui mise, entre autres, sur le commerce intra-africain, doivent bien pouvoir relever l’Afrique dont la journée mondiale a été célébrée en pleine pandémie de Covid-19, une maladie face à laquelle, pour l’une des rares fois, le continent se défend bien contrairement aux nations dites puissantes. Comme quoi, l’Afrique peut bien donner l’exemple quelque part. En attendant que ses dirigeants comprennent que l’Union fait la force et qu’il vaut mieux être queue de lion que tête de rat, l’Afrique cherche encore sa voie.

Par Wakat Séra

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