Accueil Le mois de la femme Karidjatou Tiemtoré Drabo, diplômée en géographie, spécialiste du gonré

Karidjatou Tiemtoré Drabo, diplômée en géographie, spécialiste du gonré

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Mme Karidjatou Tiemtoré Drabo,

Mariée et mère de deux enfants actuellement au collège, Mme Karidjatou Tiemtoré/Drabo est de cette race de femmes qui savent que leurs dix doigts sont des outils à merveilles. Diplômée en géographie, mais ne trouvant pas un emploi stable, Dame Tiemtoré a décidé de se consacrer à son foyer et à l’éducation de ses enfants. Ce qui lui donnait le temps de se consacrer à d’autres activités dont elle tirait des revenus, pour subvenir à ses besoins et soutenir aussi, à sa manière, son foyer.

Auprès de ses parents au village, elle avait appris à cuisiner le «gnongon» ce plat local appelé aussi «gonré». Elle s’est vite fait la main dans la préparation de ce met fait à base de feuilles de haricot, de semoule de haricot et de petit mil et très prisé par les convives lors des cérémonies, notamment les mariages et autres baptêmes.

C’est ainsi que, grâce à son expertise et par l’amélioration du goût et de la texture de cette spécialité, elle est sollicitée par les membres de sa famille, ses amis et ses voisins pour leur concocter du bon «gnongon» pour leurs fêtes. «Au départ je ne le faisais pas pour de l’argent, mais j’aimais voir les autres apprécier ma cuisine. Je leur demandais juste de me fournir la matière première et je me faisais le plaisir de préparer».

Sur insistance de ses proches qui lui ont suggéré d’en faire une activité rémunératrice, car cela pourrait constituer une bonne source de revenu tout en procurant aux autres le plaisir de manger un bon repas, l’idée a germé dans son esprit de commercialiser son «gonré» au goût exquis. Et c’est ainsi qu’elle a commencé à monter sa petite entreprise. «Les gens aimaient et en commandaient davantage», affirme Karidja Tiemtoré qui a même décroché un petit contrat dans un centre de formation dont les apprenants avaient une nette préférence pour son plat qu’ils dégustaient en déjeuner avant d’en acheter pour la maison.

Comme toutes ces braves femmes…

Musulmane de confession, comme toutes ces braves femmes qui sont les piliers de nombre de familles, elle se réveille à 4h pour la prière, puis, sur prescription de son médecin et pour des raisons de santé, elle enfile sa tenue de sport pour boucler quatre kilomètres de marche. Ce après quoi elle va à l’assaut des travaux domestiques, avec l’aide de ses enfants avant l’heure de l’école. Lorsque tout son monde est sorti de la maison, elle s’attèle maintenant à la préparation, du «gnongon». Tous les ingrédients étant apprêtés la veille, elle fait le mélange et passe à la cuisson. Dans le même temps, elle assure le repas de midi.

«Il faut que tout soit prêt avant 10h30, pour que je sois sûre d’avoir mes clients pour le repas de midi, car lorsque je sors tard, certains me disent, qu’ils m’ont attendu en vain et finalement ont jeté leur dévolu sur un autre plat. Si pour l’instant c’est en vendeuse ambulante qu’elle parcourt les rues de Ouagadougou, elle compte se trouver un site fixe, afin que ses clients puissent y venir acheter leur plat adoré quand ils le souhaitent. Et ce sera un plus pour elle, dans la fidélisation de ses clients.

Après avoir arpenté bien des «6 mètres» (rues), sous le soleil de midi, en général vers 14h tout est vendu. Et commence la course aux ingrédients, pour le lendemain. «Pour avoir les feuilles fraîchement cueillies du jour, j’ai un fournisseur, et c’est encore le parcours du combattant, car souvent de nombreuses personnes viennent se ravitailler chez lui et si je n’y vais pas tôt, il faudra m’approvisionner chez une autre personne où cela me revient plus cher», affirme Mme Tiemtoré.

Il faut alors rentrer à la maison vers 17h, monter la marmite du repas du soir, et commencer à préparer les ingrédients pour le «gonré» du lendemain. N’eût été le soutien de ses enfants qui reviennent rapidement des cours lui donne un coup de main avant, eux aussi, de plonger dans les révisions du soir, elle se demande si elle aurait pu tenir ce rythme infernal.

Se battre pour s’en sortir

Cependant, c’est avec le sourire qu’elle révèle ne pas avoir de «servante» pour l’aider dans les travaux ménagers. «Au début c’était dur, mais aujourd’hui cela ne me fatigue plus, j’aime être occupée, et pour le moment j’ai la force nécessaire pour tenir encore», affirme-t-elle. Il faut dire que malgré son programme journalier bien chargé, Karidja Tiemtoré trouve parfois du temps pour regarder la télé. «De temps à autre, précise-t-elle.

Néanmoins, elle encourage les jeunes et surtout les jeunes filles à bien prendre au sérieux leurs études et à mettre le paquet pour obtenir les diplômes. Selon elle, «tout le monde n’a pas les mêmes chances, ni les mêmes destinées», reconnaît Mme Tiemtoré, avant de recommander aux jeunes filles, de ne pas commettre la même erreur qu’elle «en attendant forcément un travail de bureau». Entreprendre est la meilleure voie, à en croire la diplômée en géographie. «Moi par exemple, j’ai eu un parchemin que je n’ai pas vraiment exploité. J’ai perdu mon temps en attendant. J’aurais dû emprunter plus tôt le chemin de l’entrepreneuriat. Et même si j’avais échoué cela aurait été une expérience de plus pour rebondir. Mais malgré mon âge je ne perds pas espoir. J’encourage donc chacun à se battre pour s’en sortir et pour se créer des opportunités». Paroles de Karidja Tiemtoré Drabo, qui s’en est vite retournée à ses fourneaux pour pouvoir honorer ces rendez-vous du lendemain avec ses clients.

Par Samira NIKIEMA

2 Commentaires

  1. Bonsoir Wakatsera. J’ai bien aimé le reportage de dame Samira Nikiema et je vous en félicite. J’aimerais avoir le contact de dame Tiemtore/Drabo car je suis sur un projet de film sur les femmes qui se battent, celles qui se lèvent tôt et se couchent tard pour faire fonctionner les foyers. Je vous remercie infiniment par avance.

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