Accueil A la une La fin de «L’Aventure ambiguë» pour un «Gardien du Temple»

La fin de «L’Aventure ambiguë» pour un «Gardien du Temple»

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L'écrivain sénégalais Cheikh Hamidou Kane

Ecrivain malgré lui, il fut tout de même, l’auteur de l’un des plus grands classiques de la littérature africains. Mort ce samedi 3 octobre 2026 à 98 ans, Cheikh Hamidou Kane dont le savoir immense a servi d’étoile polaire à nombre de combattants et de politiciens pour la souveraineté de l’Afrique, peut se targuer, malgré son humilité et sa volonté légendaires d’avoir partager son vécu et son expérience. Il ne s’est pas contenté de «lier le bois au bois», croulant sous le poids de diplômes obtenus à l’école et sur la terre du colonisateur, lui qui a été éduqué dans la pure et dure tradition islamique.

A l’école coloniale où il s’est retrouvé pour apprendre «l’art de gagner la guerre sans avoir raison», Cheikh Hamidou Kane n’en n’était pas moins, comme ses contemporains, miné par l’angoisse existentielle de l’époque: ce qu’ils apprendront chez les blancs sera-t-il au prorata de ce qu’ils oublieront de la culture de leurs ancêtres?  Et c’est l’essence de ce combat qui nourrissait la confrontation entre les anciens et les modernes. Ainsi se résumait le tournant décisif de la vie spirituelle non moins dichotomique, voire tumultueuse de Samba Diallo, le personnage principal, qui n’était que le personnage en fiction de Cheikh Hamidou Kane. Et ce n’est pas La Grande Royale, cette dame à la faute personnalité qui savait en imposer aux grands maîtres coraniques et aux chefs de la tradition, qui dira le contraire!

Ce choix de savoir se servir des armes de l’ennemi pour le vaincre, aura été bien bénéfique pour Cheikh Hamidou Kane qui s’est forgé un bagage politique conséquent dans sa vie estudiantine pour servir de tremplin à l’indépendance et la souveraineté africaine, aux côtés de figures politiques comme Abdoulaye Wade, Joseph Ki-Zerbo, Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia. Notamment au sein de la Fédération des étudiant de l’Afrique, ils oeuvrèrent à enfoncer en terre, les premiers piliers intellectuels de la souveraineté du continent noir trop longtemps marqué au fer de la colonisation. A l’instar de Samba Diallo, ces intellectuels africains, pour exister et faire exister l’Afrique et ses cultures, ont donc décidé de penser, d’écrire et de réfléchir, par les armes du colonisateur. Et l’émotion n’était plus que nègre!

Nonobstant le succès fulgurant et la profondeur philosophique de son premier roman, «L’Aventure ambiguë», publié en 1961, il a fallu attendre 1996 pour que Cheikh Hamidou Kane publie «Les Gardiens du Temple», demeurant ainsi dans sa profonde logique de mettre en confrontation, la tradition, les traditions que la colonisation n’avait de cesse d’effacer, et la modernité, joliment appelée progrès.

Avec la disparition de Cheikh Kamidou Kane, comme le dit si bien la pensée africaine, c’est un baobab qui est tombé, c’est une bibliothèque qui a brûlé. Mais L’Aventure ambiguë est plus que jamais vivante sous l’œil vigilant des «Gardiens du Temple»!

Par Wakat Séra