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L’Art d’éduquer et le déclin de l’autorité

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L’Art d’éduquer et le déclin de l’autorité, tel est le titre du nouveau livre co écrit par Docteur AKOUTOU Sefounema Joseph et Madame Augustine KAFANDO KINDO. Ce joyau a été présenté au public le samedi 14 Mars à la salle Aimé CESAIRE de la plus grande Bibliothèque de l’Afrique de l’ouest Bénin Excellence de la Fondation Vallet sise à Godomey au Bénin. Une centaine d’amoureux du livre dans leur grand nombre, des enseignants du supérieur et du secondaire, des étudiants et des élèves mais aussi des gens de profil divers ont honoré de leur présence l’évènement littéraire. On note dans cette assemblée des participants, la présence significative du chef de département de Philosophie de l’UAC Bénin Dr TOWOU Corneille et celle du Président de la Sobéphie (Société Béninoise de Philosophie), Dr MEDEGNON Désiré. La présentation du livre au public a été faite par le Dr AKODJETIN Euloge, Professeur Titulaire de Philosophie Analytique et de logique formelle.

L’art d’éduquer et le déclin de l’autorité est un ouvrage nécessaire pour quiconque souhaite comprendre les enjeux profonds de la crise de l’éducation, du recul de l’autorité dans l’éducation et du recul de la transmission de connaissances et de valeurs dans notre monde post-moderne en mutation, offrant non pas des recettes, mais des repères philosophiques essentiels. Ce livre centré sur l’importance de l’autorité dans l’éducation et sur les valeurs invite à revenir à l’essentiel dans l’éducation.

Pourquoi ce livre ?                                                     

Le livre L’art d’éduquer et le Déclin de l’autorité de Joseph AKOUTOU et de Augustine KINDO, sur les traces de Hannah ARENDT interroge la crise de l’éducation, les finalités de l’éducation en lien avec les enjeux de l’autorité, de la tradition et de la transmission dans l’éducation. Les deux auteurs constatent que l’éducation est en crise, tiraillée entre impératifs du progrès et la nécessité de faire une place à l’autorité, à la tradition, au monde.

  • La question centrale de ce livre est peut-on éduquer aujourd’hui sans autorité ?
  • Pour répondre à cette question fondamentale dans léducation, ce livre propose de dépasser les débats pédagogiques techniques pour retrouver le sens philosophique de l’éducation  notamment la formation de l’homme, la culture et la préservation du monde de la destruction des jeunes faute d’éducation. AKOUTOU et KINDO sont allés à la source même c’est-à-dire à la racine des maux qui minent l’éducation. Leur écrit touche à la structure même de l’éducation. Ils relèvent dans leur réflexion philosophique que l’éducation est en crise parce qu’elle a perdu son articulation. Au lieu d’être structurée autour de l’autorité et des valeurs qu’elle transmet, elle s’en détourne pour se structurer autour d’idéaux progressistes, autour de l’argent et de la politique.

Résumé des thèses principales :

Le livre se structure en trois grands axes :

Fondements :AKOUTOU et KINDO font une analyse critique de l’héritage classique des réflexions modernes sur l’éducation hostile à l’autorité (Rousseau) pour ensuite redéfinir la mission de l’éducation, la place de l’autorité et de la tradition à partir de la pensée éducative d’Arendt. AKOUTOU et KINDO considèrent que la crise de l’éducation est avant tout une crise de l’autorité. Voyons d’abord comment ils perçoivent la notion de crise.

Les auteurs ont de prime abord soutenu qu’une crise désigne un changement brusque, souvent décisif, favorable ou défavorable. Ensuite, ils montrent que la notion de crise chez Arendt est liée à sa pensée de l’événement. Arendt soutient, rappellent nos auteurs, que la pensée elle-même naît d’événements de l’expérience vécue et doit leur demeurer liée aux seuls guides propres à l’orienter. 

En effet qu’est ce que l’événement. Qu’en est-il exactement ?

Selon AKOUTOU et KINDO, un évènement n’est pas seulement un fait. Il porte en lui le nouveau. L’événement est ce qui fait rupture et résiste par son caractère inédit. Et c’est justement cette situation de rupture dans laquelle nous sommes qui peut être du même coup interprétée comme crise.   

AKOUTOU et KINDO s’interrogent à partir d’Arendt pour savoir en quoi consiste particulièrement la crise liée à l’éducation ?

Les auteurs de L’art d’éduquer et le Déclin de l’autorité insistent pour dire que la crise de l’éducation ici comme ailleurs vient du mépris de l’autorité et de la tradition favorisé par la démocratie. Ce qui fait que de nos jours, on cherche à  donner trop de liberté aux apprenants par rapport à l’autorité et à la tradition, qui à leur tour en abusent. AKOUTOU et Kindo montrent qu’une éducation sans autorité conduit les enfants à l’indiscipline, à l’autodestruction d’eux-mêmes et à la destruction du monde.

Malheureusement, selon AKOUTOU et KINDO, l’argent comme seule valeur de certains responsables scolaires et la peur de voir leur effectif baisser les conduisent aveuglement à cautionner les mauvaises conduites ou l’indiscipline des élèves, les réprimandent très peu. Ce qui les détermine à s’acharner sur les enseignants qui réprimandent les élèves indisciplinés, à les persécuter au lieu de sensibiliser les apprenants et leurs parents sur l’importance de la discipline à l’école. Ce qui affecte gravement la santé morale, émotionnelle, mentale et physique des enseignants. Constatent nos auteurs.

De ce fait, les enseignants perdent selon AKOUTOU et KINDO de plus en plus leur autorité, leur aura. Selon eux, l’attitude laxiste des administrateurs des écoles face à l’indiscipline de leurs élèves jette en pâture les enseignants aux élèves, ankylose leur élan dans la recherche de la qualité de l’offre éducative, sape leur capacité à influencer leur classe. Et de conclure qu’à la clé, les performances scolaires ne cessent de chuter pendant que des actes immoraux grimpent tels que la consommation de drogue par des élèves pour la plupart des garçons et des élèves filles qui fuguent ou qui tombent précocement enceintes ce qui hypothèque leur réussite scolaire et par ricochet leur avenir.

A ce comportement sidérant et incompréhensible des administrateurs des écoles, poursuivent nos deux auteurs, s’ajoute dans certains pays, l’hypocrisie politique des dirigeants qui grossissent les résultats à l’examen au fil des ans. Toute chose défavorable au goût de l’effort chez les apprenants

AKOUTOU et KINDO font le constat que les autorités administratives scolaires et celles politiques entretenant une relation de clientélisme avec les élèves et leurs parents sacrifient l’acteur clé de l’école : l’enseignant. Ces deux instances écrivent nos auteurs, arrachent à l’enseignant toute autorité devant les élèves mais paradoxalement lui exigent des résultats et de surcroit le sanctionne durement en lieu et place des élèves lorsque ces derniers finissent par échouer à cause de leurs indisciplines recrudescentes tolérées insidieusement parfois frontalement par ces mêmes instances.

Cette recrudescence de l’indiscipline a son fondement selon nos auteurs dans un conflit ouvert entre les modernistes qui prônent une éducation dite progressiste où l’enfant est perçu comme un intouchable, un égal des adultes et les traditionalistes qui insistent sur l’importance du respect du statut de l’autorité dans l’éducation et sur la conservation des valeurs traditionnelles du savoir vivre en société.

L’éducation ne peut négliger selon AKOUTOU et KINDO l’autorité et il est dangereux selon eux de faire fi de celle-ci au nom du progressisme. D’où les auteurs de L’art d’éduquer recommandent les mesures suivantes pour sortir de la crise de l’éducation : Il faut expliquer aux enfants que le monde dans lequel ils vivent est plus vieux qu’eux, ce qui nous interdit de négliger le passé. Ensuite, réaliser qu’une ligne sépare les enfants des adultes, et cette ligne nous montre qu’on ne peut ni éduquer les adultes ni traiter les enfants comme s’ils étaient déjà de grandes personnes.

Méthodes (Comment ?) : AKOUTOU et KINDO critiquent le rejet de l’autorité et de la tradition dans l’éducation dans l’apprentissage et plaide pour le retour de l’autorité dans l’éducation et la juste compréhension de son sens. Ils critiquent alors les pédagogies modernes qui consistent à faire le culte du neuf au détriment de l’ancien.

Finalités (Pourquoi ?) : L’éducation est présentée dans le livre écrit par AKOUTOU et KINDO comme devant transmettre avant tout le monde humain, empêcher que les valeurs traditionnelles qui maintiennent le monde sur le droit chemin ne disparaissent et former des citoyens éthiques, et non seulement des travailleurs attachés à l’individualisme , à la satisfaction personnelle et aux soucis de leurs vies. Les deux auteurs remarquent que l’éducation moderne est seulement attachée à la vie et oublie de préserver le monde sans lequel pourtant la vie ne pouvait pas être possible. L’éducation moderne vilipende la tradition, l’autorité et ignore que procéder ainsi, elle court le risque de pousser les enfants à l’autodestruction. AKOUTOU et KINDO montrent que l’enfant n’est pas encore un être humain achevé. De là, il tire l’idée qu’ils ont besoin de l’autorité pour apprendre à devenir des humains et cela passe selon eux par la transmission des expériences, des savoirs et savoir faire laissés par les anciens.

Apport original du livre

  • AKOUTOU et KINDO inscrivent leurs écrits dans une perspective qui ne sépare pas la philosophie de la pratique quotidienne de l’éducation.
  • On note dans ce livre un pont entre la philosophie de l’éducation (la pensée) et la pédagogie ou la pratique de l’éducation (la méthode). C’est une réflexion critique sur l’éthique de la transmission dans une société où la seule valeur tend à devenir l’argent, les plaisirs irresponsables et dont les dégâts sont immenses et incalculables dans le monde.
  • Un dernier point de l’originalité de ce livre c’est la proposition par nos auteurs de certains aspects de l’éducation traditionnelle en Afrique précoloniale comme alternative à certaines visions de l’éducation moderne. AKOUTOU et KINDO proposent la figure du griot qui faisait autorité dans l’éducation africaine traditionnelle précoloniale comme pouvant permettre de comprendre le rôle de l’autorité dans l’éducation et l’urgence de réhabiliter cette dernière aujourd’hui.