Accueil A la une Libération de Khalifa Sall: en rire ou en pleurer?

Libération de Khalifa Sall: en rire ou en pleurer?

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Khalifa Sall libre mais sans doits politiques (DR)

L’ancien maire de Dakar a été libéré le 29 septembre suite à une grâce du chef de l’Etat sénégalais, Macky Sall. Faut-il en rire ou en pleurer? Oui, cette magnanimité du désormais ex-geôlier du désormais ex-détenu de Reubeuss aurait eu son pesant d’or si l’accusation pour détournement de deniers publics qui a servi de base à la condamnation du très populaire ex maire de Dakar n’avait été qu’un prétexte fallacieux et inique pour se débarrasser d’un adversaire politique plus que gênant. Maintenant qu’il a triomphé sans gloire après avoir vaincu sans péril, car ayant pris le soin de se servir de la justice pour mettre hors-course ses deux redoutables potentiels challengers au fauteuil présidentiel en février dernier, l’enfant de Fatick veut encore rester le maître du jeu politique du Sénégal.

Les lions, Khalifa Sall et Karim Wade, que Macky craignait tant et qui lui donnaient des nuits blanches ont perdu toutes leurs griffes rongées par les barreaux d’une prison où une justice à la main lourde les a envoyés, presque sans ménagement. L’heure n’étant plus au jugement des procès qui ont été faits sur mesure pour des hommes à abattre sans état d’âme, il faut maintenant s’inquiéter pour le futur politique, pour ne pas dire l’avenir tout court de ces ex-bagnards dont le seul véritable tort est de vouloir être calife à la place du calife.

Désormais frappé du sceau d’inéligibilité et privé même du simple droit d’électeurs, que deviendra un animal politique comme Khalifa Sall dont la popularité n’a visiblement pris aucune ride malgré les années prison? A moins d’une révision de son procès ou d’une loi d’amnistie venant de l’auguste Assemblée nationale, malheureusement pour l’ex maire de Dakar, acquise è la cause de Macky Sall, l’ancien pensionnaire de Reubeuss devra se contenter de suivre en spectateur résigné, les prochaines législatives de 2022 et la présidentielle de 2024. Cette vie de retraité politique forcée constituera certainement une galère pour le dissident du Parti socialiste qui a osé aller à l’assaut de la citadelle imprenable qu’est devenue le palais présidentiel aux mains de Macky Sall depuis 2012.

Comme son compagnon d’infortune et exilé de Qatar, Karim Wade qui est également déchu de ses droits politiques et ne peut donc plus ni voter, ni être éligible malgré la grâce présidentielle de 2016, Khalifa Sall est heureux de goûter à nouveau l’air bienfaisant de la liberté, mais doit se préparer à vivre sans cette oxygène politique qui lui manquera bien. De toute façon, Macky Sall est loin d’avoir l’apanage des présidents qui mettent en prison les empêcheurs de gouverner en rond. Ils sont même nombreux sous les tropiques à exceller dans ce sport, à se servir de la justice pour tenir éloignés de leur pouvoir tout «suspect sérieux» qui pourrait le leur prendre. A défaut d’arguments solides, de popularité et surtout d’aptitude solide à diriger, ils sont de plus en plus nombreux, ces chefs de l’Etat qui préfèrent faire taire à jamais ou embastiller leurs opposants. Ceux qui le peuvent confient la basse besogne à la Cour pénale internationale.

De quelle liberté vivra donc Khalifa Sall privé de ses droits politiques, après une grâce présidentielle dont l’origine de la demande suscite encore des interrogations? En tout cas, Macky Sall reste le maître du jeu en toute quiétude. Mais jusqu’à quand? Question à un plat de tiéboudiène, le succulent riz gras sénégalais.

Par Wakat Séra

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