Accueil A la une Mali: les huit mois les plus chauds pour Choguel!

Mali: les huit mois les plus chauds pour Choguel!

Choguel Maiga

Nomination d’un Premier ministre civil, issu des rangs du M5-RFP, l’organisation la plus populaire du pays. Formation d’un gouvernement dans lequel des militaires détiennent, certes, des maroquins clés, mais dont l’ouverture ne fait aucun doute. Promesse de rester collé aux dates des élections fixées pour fin février 2022. Et, in fine, remettre le Mali sur les rails de la démocratie d’où il a été éjecté par deux coups d’Etat en 9 mois. Le colonel Assimi Goïta est-il en train de tenir le pari, et, ainsi, faire mentir les pronostics qui faisaient de lui et les militaires, des confiscateurs de pouvoir, surtout après ce coup de force qui a bouté hors du train de la transition, le président Bah N’Daw et son Premier ministre Moctar Ouane. Aujourd’hui, même s’il faut continuer à condamner, avec la dernière énergie, toute prise de pouvoir autrement que par les urnes, il faut se réjouir, jusqu’à nouvelle preuve du contraire, de la remise à flots du navire battant pavillon Mali. Sauf que le tout nouveau Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, n’a plus le temps comme allié.

Pour dérouler le programme de son président et lui faire tenir le calendrier électoral cher à la communauté internationale, Choguel Maïga est lancé dans une course contre la montre sans pareil. Il n’a que 8 mois pour relever des défis qui ne sont pas des moindres. L’organisation d’assises nationales de la refondation qui devraient déboucher sur une trêve d’ensemble, impliquant les politiques, les syndicats et la société civile, constitue un chantier qui, abouti devrait contribuer à la tenue de ces élections libres et transparentes tant attendues par la classe politique et la communauté internationale. Si Choguel Maïga a gardé une fixité sur les dates des élections, il compte s’appuyer sur des réformes institutionnelles qui cibleront, entre autres, le cadre juridique, la révision de la charte des partis politiques et de la loi électorale.

De même, s’il tient encore bien au secret ce qui y changera, le nouveau Premier ministre compte dépoussiérer la Constitution malienne de 1992 et la soumettre à référendum. Pour aller jusqu’au bout de son action, Choguel Maïga entend attaquer la citadelle de l’Accord de paix d’Alger de 2015 qu’il a longtemps combattu, tout comme d’autres voix qui s’étaient élevées pour dénoncer cet outil qui ne serait pas vraiment en faveur du Mali. En tout cas, s’il doit veiller au respect de sa mise en œuvre, il en appelle tout de même à «une relecture intelligente».

En tout cas, il en faudra plus que de l’intelligence à Choguel Kokalla Maïga, pour réussir la conduite de l’action politique d’un colonel dont il s’était opposé au coup de force, persuadé qu’il était, que le pouvoir doit être l’expression de la «vox populi» qui, dit on est la «vox dei». Foi du Premier ministre, «l’action gouvernementale portera sur la fin de l’impunité dans notre pays et la mise en pratique d’une gouvernance de rupture, qui sont aujourd’hui des conditions de survie de l’Etat.» L’homme de compromis, mais pas de compromission, reconnu pour ne pas avoir sa langue dans sa poche, doit pourtant marcher sur des œufs, pour ne pas se faire virer à la première humeur du nouveau maître de Bamako. Le colonel a assez prouvé qu’il n’est pas prêt à se laisser reprendre ce pouvoir du 18 août dernier que les hommes de Kati ont arraché dans un assaut salué par une population lassée par la prévarication du régime Ibrahim Boubacar Keïta.

Plus de temps à perdre pour Choguel Maïga, à moins qu’il ait déjà dans son bonnet magique, la stratégie pour donner une vie plus longue à la transition et faire repousser les fameuses élections qui ramèneraient un Mali, démocratiquement infréquentable, dans les rangs des institutions sous-régionales, continentales et internationales d’où il est exclu.

Par Wakat Séra    

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