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Mali: retour à la case départ!

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Une fois de plus, ce sont des milliers de manifestants qui se sont mobilisés pour exiger le départ de IBK (Ph. apanews.com)

Le Mali toujours dans la tourmente. Ce n’est ni du fait des récurrentes attaques terroristes, encore moins d’une nouvelle ébullition du front social, mais de la grave crise socio-politique qui oppose Ibrahim Boubacar Kéïta au Mouvement du 5 juin-Front patriotique pour la résistance conduit par l’influent imam Mahmoud Dicko et des hommes politiques. Après la trêve des confiseurs décrétée, à l’occasion de la fête de la Tabaski, par la contestation contre le président malien, la place de l’Indépendance de Bamako a accueilli, à nouveau, ce mardi 11 juillet, ses milliers de fidèles. Une fois de plus, au son de vuvuzélas, de pancartes et banderoles portant des slogans hostiles au pouvoir en place, ces Maliens, ont exigé la démission de Ibrahim Boubacar Keita.

La liste des appelés à «dégager» s’est même allongée avec le nom du Premier ministre Boubou Cissé. Dans une mobilisation dont ils ont fait leur spécialité depuis les manifestations des 5 mai, 10 et 19 juillet, les manifestants ont, une fois de plus, crié leur ras-le-bol de ce régime qu’ils vouent désormais aux gémonies après en avoir tant espéré. Pas même les propositions de sortie de crise que la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) a élaborées, et que le pouvoir de Bamako a commencé à dérouler, encore moins la pluie qui arrosait la capitale ce jour, n’ont entamé la détermination de la contestation.

Plus que jamais, le dialogue de sourds s’est érigé en mode de négociations entre IBK et ceux qui ont mis sa tête à prix. C’était prévisible dans une crise où les positions se sont raidies, se faisant dresser les uns contre les autres, comme dans un combat de coqs. Malheureusement, la CEDEAO, dans ses habituelles incohérences et dans le but de sauver coûte que coûte le soldat IBK, est une fois de plus passée à côté de la plaque. Et comme il fallait s’y attendre, se sentant infantilisés et rappelant à la communauté internationale qu’ils sont dans une logique de «sauver» la barque Mali en pleine dérive et non dans un duel contre le chef de l’Etat malien, les manifestants ont repris les hostilités.

Qui plus est, convaincus comme l’imam Mahmoud Dicko, que dans cette crise, une main extérieure, la France, pour ne pas la citer, agit, les protestataires balaient, sans autre forme de procès la feuille de route de sortie de crise proposée par l’organisation sous-régionale. Une communauté bien amnésique et qui, tout en se proclamant CEDEAO des peuples, abandonne toujours les populations aux mains de fer de dirigeants dévots de la corruption, du népotisme, de la mal gouvernance, des atteintes aux libertés d’expression et autres droits de l’homme, des tripatouillages des constitutions, etc. La CEDEAO et autres organisations du même acabit, érigé en syndicat des chefs de l’Etat, ne sort son glaive menaçant que lorsque le fauteuil d’un des leurs est en péril.

Depuis que l’Ivoirien Alassane Dramane Ouattara fait le lit au chaos dans son pays en se portant candidat à un troisième mandat interdit par la Constitution de la Côte d’Ivoire et que l’ancien opposant comme lui, le Guinéen Alpha Condé, est suspecté de lui emboîter le pas, lui qui a pris acte des «pleurs» de ces partisans qui lui demandent de rester au pouvoir alors qu’il est à son second mandat, que fait la CEDEAO? Il ne suffit pas de brandir une possible mue du Mali en république islamique pour empêcher le peuple malien de prendre son destin en main. Du reste, les Maliens sont assez mûrs pour régler leurs différends entre eux, si la CEDEAO n’est pas en mesure de remettre ses dirigeants sur le droit chemin. Question: où était la même CEDEAO quand Blaise Compaoré a dû démissionner sous la pression populaire pour s’exiler en Côte d’Ivoire?

Par Wakat Séra

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