Accueil A la une Tchad: 60 ans d’indépendance…et un Maréchal!

Tchad: 60 ans d’indépendance…et un Maréchal!

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Le Maréchal Idriss Deby Itno (DR)

A l’instar de 16 autres pays africains, le Tchad est entré dans le bal des commémorations de 60 ans d’indépendance, ce mardi 11 août. Comme tous ces pays, auxquels l’indépendance a été octroyée du fait de la volonté de l’ancien maître, le Tchad, en ce qui concerne le petit peuple en tout cas, continue de survivre, enlisé dans la gadoue du sous-développement. Mal gouvernance, corruption, népotisme, ethnicisme, parodie et reports d’élections, chômage de la jeunesse, guerre, déliquescence des secteurs de la santé et de l’éducation, etc. Des maux que le Tchad indépendant depuis le 11 août 1960, partage avec la plupart des pays qui ont accédé à la souveraineté nationale mais ont encore du mal à couper le cordon ombilical qui les lient toujours à l’ancien maître.

L’arrivée au pouvoir de Idriss Déby, par les armes en 1990, qui a suscité de l’espoir pour ses concitoyens pour qui, en plein 21è siècle, l’eau potable et l’électricité demeurent des denrées rares, ne changera rien. Pire, malgré le pétrole et d’autres ressources, dont regorge son sous-sol, le Tchad est loin d’opérer son décollage économique. En matière de respect de la liberté de presse et d’expression, le pays tient une place bien confortable dans le cercle des Etats censeurs, selon les rapports réguliers de l’Ong internationale, Reporters sans frontière (RSF).

En tout cas, le Tchad qui est aujourd’hui confronté au terrorisme, notamment aux incursions meurtrières récurrentes de la nébuleuse islamique Boko Haram, vient d’avoir son Maréchal. L’homme le plus gradé dans l’armée tchadienne n’est autre que Idriss Déby Itno. Il ne pouvait en être autrement dans le pays où les opposants politiques, pour avoir une espérance de vie acceptable, sont contraints à l’exil, et où le «maître» de N’Djamena, qui s’accommode très peu des voix discordantes, était déjà un «souverain» incontestable et très craint. Certains téméraires de l’opposition tchadienne, disparus, assassinés ou enlevés, constituent de grosses taches noires et indélébiles sur le règne sans partage de celui qu’il faut désormais appeler «Maréchal» Idriss Deby Itno, maréchal comme Mobutu Sese Seko, Idi Amin Dada, ou encore Bokassa 1er.

Avec eux, il partage le goût immodéré pour le pouvoir absolu, un commandement qui ne saurait souffrir de la moindre contestation. Certes, l’installation du Maréchal Déby, n’a pas connu le même faste que celle de ses devanciers dont certains portaient de très peu glorieux surnoms de «bouffon» ou de «dictateur» ou encore de «sanguinaire», mais, il n’en demeure pas moins que l’homme fort de N’Djamena a pris en otage, la fête de l’indépendance de son pays, pour en faire son sacre. Dorénavant, que fêtera le Tchad le 11 août de chaque année, tant que Idriss Déby sera président?  L’indépendance ou le sacre du Maréchal? Au pays du Maréchal le choix sera vite fait, surtout que dans ses entreprises, l’homme à la canne est porté par le culte excessif que lui vouent ses courtisans!

Le Tchad a donc son premier Maréchal! Faut-il en être heureux ou triste, quand on sait que ce titre n’a jamais porté bonheur aux prédécesseurs africains de Idriss Déby Itno qui l’ont porté? Pour l’instant, chantons «indépendance cha-cha» avec les Tchadiens, avec l’espoir qu’une ère nouvelle de mieux-être s’ouvre pour le peuple.

Par Wakat Séra

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