Accueil A la une Mali: transition bousculée, la faute à qui?

Mali: transition bousculée, la faute à qui?

Bah Ndaw, et Moctar Ouane mis à la touche par Assimi Goïta

Une nouvelle transition dans la transition. C’est ce que propose, après un coup d’Etat dans un coup d’Etat, le colonel Assimi Goïta qui continue de se comporter en chef de junte, détenant la réalité du pouvoir et se donnant le droit de mettre «hors de leurs prérogatives», le président de la Transition Bah N’Daw et son Premier ministre, Moctar Ouane. Le putschiste en chef accuse ces acteurs de la transition d’avoir formé un gouvernement sans le consulter. Pour trouver un argument un peu moins farfelu que ce crime de lèse-majesté, le vice-président de Transition ajoute à la liste des griefs, l’incapacité du gouvernement à trouver des solutions à la crise sociale qui frappe le Mali. Comme si cela relevait du cahier de charges de cette équipe transitoire, dont la mission prioritaire est de conduire le pays vers de nouvelles élections démocratiques, calendrier électoral que Assimi Goïta promet qu’il sera respecté, courant 2022, et non plus en février au plus tard, selon le délai de 18 mois de vie accordé à la Transition!

Du reste, le colonel qui peut s’arroger la prouesse d’avoir conduit deux putschs, en dix mois, l’un contre un chef de l’Etat, en plein mandat constitutionnel, et l’autre contre un président d’une transition qui devrait remettre le Mali sur les rails de la démocratie, n’a jamais, été d’accord pour cette camisole de force imposée à «sa» transition qu’il voulait de deux à trois ans. «Nous n’avons plus droit à l’erreur», affirmait, pourtant, Assimi Goïta, il y a 9 mois, après sa prise de pouvoir par les armes. Mais un putschiste reste un putschiste, et le colonel vient d’en donner la preuve.

Une véritable honte pour l’Afrique dont la commémoration de la journée, ce 25 mai, a été éclipsée par cette situation ubuesque que servent les hommes de Kati à la face du monde. L’armée malienne a-t-elle une hiérarchie ou une meute d’officiers de bureaux climatisés, plus aptes à courir derrière des portefeuilles ministériels et autres avantages indus qu’ils arrachent kalachnikovs en l’air? Les militaires doivent-ils défendre leur pays contre l’envahisseur étranger ou livrer bataille autour du gâteau Mali, déjà assez émietté par les terroristes? En tout cas, les militaires viennent de se tirer une balle dans les rangers, et il est temps de les chasser de la scène politique pour qu’ils retrouvent les casernes, la place qui est leur. Ou au front, dans le cas du Mali, confronté comme ses voisins du Burkina Faso et du Niger, aux attaques terroristes qui endeuillent, au quotidien, le Sahel africain.

Justement, le Burkina et le Niger, où les militaires sont désormais loin du microcosme politique et essaient, au mieux, d’accomplir leur première tâche de défense du territoire, doivent pouvoir servir d’étoile du berger au peuple malien qui doit prendre son destin en main. Avant d’atteindre le point de non-retour, les Maliens, politiques et société civile confondues, doivent aider les militaires, à sortir du jeu politique. Manu militari (sic) s’il le faut!

La communauté internationale qui condamne à tout vent ce énième coup d’Etat au Mali, jouit encore de très peu de crédibilité. Elle a manqué de fermeté lors du putsch du 18 août au Mali et raté le coche face au printemps des 3è, 4è, 5è, 6è et 7è mandats, que ce soit en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Congo Brazzaville ou au Tchad. Tout récemment, elle a même créé un précédent dangereux, toujours au Tchad, en applaudissant, au nom de la lutte contre le terrorisme, la prise du pouvoir par les généraux, suite à la mort subite du Maréchal Idriss Déby Itno. La France en tête, les dirigeants africains suivistes comme à l’accoutumée, la communauté internationale s’est même permise d’accompagner au palais présidentiel, Mahamat Déby, le fils de son feu père, comme si le Tchad était un royaume où la dévolution du pouvoir est dynastique.

Mais comme le ridicule ne tue pas, tous condamnent aujourd’hui la félonie de Assimi Goïta, et après la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) qui a dépêché à Bamako, son médiateur dans la crise malienne, l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan, la France suscite une réunion d’urgence du conseil de sécurité de l’ONU, qui devrait se tenir ce mercredi. Emmanuel Macron a même promis des sanctions ciblées contre les putschistes, lui qui félicitait, il y a, à peine 30 jours, le fils Déby qui, à la tête de généraux, a confisqué le pouvoir, sur le cadavre encore chaud de son père.

En tout cas, il n’y a aucune excuse pour ces militaires aux desseins lugubres, égoïstes et très personnels, jusqu’à présent, sont incapables de déloger les terroristes qui écument le Mali, du légendaire souverain guerrier, Soundjata Keïta, mais très fougueux dans l’assaut au pouvoir.

Il est temps de reformer l’armée malienne et plus généralement les armées africaines et les rendre véritablement républicaines.

Par Wakat Séra

Laisser un commentaire