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Mesures anti-covid-19 du Président du Faso: Ceux qui y croient, et ceux qui n’y croient pas

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Roch Kaboré, président du Faso

Les mesures anti-covid-19 annoncées par le Président du Faso, dans son adresse à la Nation le 2 avril dernier, sont diversement appréciées par les Burkinabè. Il y a ceux qui y croient et il y a ceux qui n’y croient pas. C’est ce qui ressort de ce micro réalisé par Wakat Séra.

Ibrahima Sangaré, Conseiller d’élevage et de santé animale: « Vu l’incivisme des Burkinabè, je crains une utilisation abusive« 

Je pense que les mesures prises sont bonnes. Si je prends les mesures sociales, gérer les factures d’eau et d’électricité, elles sont bonnes, seulement vu l’incivisme des Burkinabè, je crains une utilisation abusive. Pour les loyers des commerçants et patentes des places, cela aidera à faire baisser les charges de ces derniers. En ce qui concerne la réactivation des boutiques témoins de la SONAGESS, c’est une mesure qui permet de se procurer des vivres à coût subventionné. Et cela est très important, au regard du niveau de vie des populations, en général. Les allègements fiscaux sont les bienvenues pour les PME PMI et autres qui pourront sûrement honorer les salaires des employés. Je souhaite que dans la gestion de cette crise avec les 178 milliards de FCA, pour le secteur de la santé, une prime spéciale soit allouée aux agents de la santé durant 5 mois. Aussi, les taximen doivent pouvoir faire les visites techniques gratuitement pour ceux qui sont en règle et ont vu leur visite expirée au cours de la période.

Hamadoun Dicko, entrepreneur en BTP: « Le président a fait ce qui était possible vu la situation actuelle« 

Pour ma part, le président a fait ce qui était possible vu la situation actuelle. Le plus important c’était de permettre aux secteurs touchés et aux personnes vulnérables de faire face à situation. Et c’est qu’il a fait . Maintenant il reste une bonne mise en oeuvre. C’est vrai les gens l’attendaient sur les questions de l’IUTS et des revendications syndicales, mais si ces propositions sont bien appliquées, ça touchera tous les Burkinabè.

Abdul Karim Sangaré Secrétaire adjoint chargé des Organisations de la société civils (OSC ) de la section provinciale UPC Houet: ces mesures « ne répondent pas aux préoccupations réelles de notre peuple »

Les mesures ont été prises tardivement. En plus elles ne répondent pas aux préoccupations réelles de notre peuple. Un pan important de notre société a été oublié, et certaines mesures sont à la tête du client. C’est une déception pour nous ,même si nous reconnaissons que ce sont des mesures qui restent vagues sans beaucoup de contenus.

Irkugninè Arsène Métuor Somda, Inspecteur des Impôts: « Les mesures annoncées sont sélectives, saupoudrées, insuffisantes et ne reposent sur aucun gage de réussite« 


Le président du Faso a livré dans une adresse à la Nation le 2 avril des mesures d’accompagnement dans le cadre de la lutte contre la pandémie du COVID 19. Les impressions et analyses que ces mesures éveillent en moi sont les suivantes :

1. Au plan fiscal, ces mesures comportent d’une part des suppressions ou réductions d’impôt et de l’autre des reports de paiement. En contradiction de certaines doctrines fiscales qui prônent la justice, l’équité fiscale et la correction des distorsions économiques, les suppressions ou réductions annoncées ne concernent que quelques secteurs d’activités, notamment l’hôtellerie et le transport. Certaines mesures sont sans objet car les éléments visés sont déjà légalement exonérés de TVA ou de droits de douane en raison de leur nature (produits pharmaceutiques et appareillages médicaux).

Les autres mesures sont insensées sur le plan technique. C’est le cas de la CME qui est un impôt annuel et non mensuel. Donc, l’exemption de la CME d’avril à juin 2020 n’est qu’un simple report, sous réserve de précisions du MINEFID. En somme, les mesures fiscales sont sélectives car ne profitant qu’à des secteurs d’activités qui ne sont pas tenus par les citoyens lambdas mais par des amis du cercle ou des couloirs du pouvoir.

2. Mesures sociales : elles restent assez vagues et imprécises, notamment la notion de couches sociales et des utilisateurs des branchements monophasés. Aussi, la disponibilité desdits produits (eau et électricité) reste la grande équation. En plus, quelles dispositions sont prises pour garantir la gratuité d’eau dans les bornes fontaines ?

3. Mesures au titre des marchés et yaars : bonnes à mon point de vue mais à apprécier par les acteurs concernés. Encore faut-il qu’elles soient suffisamment inclusives et non partisanes.

4. Je m’en voudrai de ne pas évoquer l’oubli, la feinte ou la négation d’une composante importante que sont les salariés du public et du privé qui ont des revendications sur la table du Gouvernement dont la plus pressante est la suppression de l’IUTS sur les primes et les indemnités et ses corollaires (gestion vertueuse des ressources et relèvement du pouvoir d’achat des ménages). L’appel à l’union sacrée et la cohésion nécessitée par l’urgence sanitaire n’est-il pas vain si les acteurs chargés de traduire les ambitions du Gouvernement en actions sur le terrain (fonctionnaires) ne sont pas écoutés ou pis sont frustrés ? Comment compter sur l’engagement des personnels de Santé, de sécurité qui risquent leur vie mais se retrouvent avec des revenus ponctionnés par l’augmentation de l’IUTS et pis, par la suspension de salaires pour avoir revendiqué de meilleures conditions de vie et de travail ?

En conclusion, les mesures annoncées sont à mon point de vue sélectives, saupoudrées, insuffisantes et ne reposent sur aucun gage de réussite, avec la mise à l’écart des aspirations des agents publics.

Propos recueillis par Boureima DEMBELE

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