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Niger: et si la CEDEAO baissait le canon, et si les putschistes remettaient à Bazoum son pouvoir?

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Que fera maintenant la CEDEAO à l'échéance de son ultimatum? (Ph. d'archives)

Et si la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) laissait tomber sa menace de restaurer la démocratie par la force répondant ainsi au geste salvateur pour le Niger de la junte militaire de libérer et de réinstaller Mohamed Bazoum dans ses fonctions de président démocratiquement élu? Le scénario semble difficile mais pas impossible à réaliser, alors que le Niger et toute l’Afrique retiennent leur souffle.

Les positions des acteurs de ce coup d’Etat aussi incompréhensible qu’aux contours encore flous sur fond de traitrise entre camarades de même parti, s’étant radicalisées depuis lors. La junte refuse de libérer le président qu’elle a annoncé avoir destitué et retient en captivité au palais présidentiel depuis le 26 juillet, a fortiori lui rendre son pouvoir. Mohamed Bazoum, refuse également de signer la démission que lui imposent les putschistes, parce qu’il détient son pouvoir du peuple qui l’a élu le 21 février 2021 et investi le 2 avril de la même année.

La CEDEAO, sous la férule de son président en exercice, le Nigérian Bola Ahmed Tinubu, s’opposant fermement à la prise de pouvoir par toute forme autre que la voie des urnes, à la suite de ce qui ressemble à l’échec de la diplomatie, se dit prête à utiliser la force pour déloger les putschistes du palais présidentiel. Comble de la félonie, de l’inadmissible ou du ridicule, c’est selon, les auteurs du coup de force, qui sont censés être les gardiens du temple, sont encore ceux qui ont introduit le diable dans la maison.

Et c’est dommage pour le Niger et son peuple qui pensaient avoir tourné le dos à l’instabilité chronique pour s’engager résolument sur la voie du développement. Qui plus est, des progrès notables pour replacer le Niger dans le concert des nations qui comptent dans la sous-région et sur le continent, ont été réalisés par ce régime de Mohamed Bazoum qui a décidé de faire des intouchables des justiciables au même rang que tous les Nigériens, fussent-ils militants du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya, pouvoir). Mais l’instinct grégaire de préservation des privilèges égoïstes faisant surface, le Niger, tel un «accroc» qui a résisté à une cure, pourtant des plus complexes, a replongé dans la drogue dure du coup d’Etat.

Surprise par cet uppercut du patron de la Garde présidentielle nigérienne, le général Abderahamane Tiani, la CEDEAO dont les efforts sont, pour l’instant, vains pour la remise en place de l’ordre constitutionnel, sera-t-elle contrainte d’ouvrir le feu? En tout cas, l’ultimatum qu’elle a lancé aux putschistes de Niamey a expiré ce dimanche. Sauf que les risques d’embrasement de la sous région, voire du continent étant multiples et réels, il s’avère plus urgent de privilégier la voie du dialogue pour que le Niger retrouve les chemins de la démocratie. A quelque chose malheur étant bon, place sera redonnée à la diplomatie pour faciliter la libération immédiate du président Mohamed Bazoum et de sa famille et le retour au pouvoir du président démocratiquement élu, dans la paix.

En dehors de cette agitation fébrile et puérile sur les réseaux sociaux, il importe pour les différents protagonistes, et leurs soutiens inconditionnels, locaux ou étrangers, de savoir raison garder dans l’intérêt du Niger et de ses voisins. Mais le danger qui guette, pour l’instant, le Niger et la sous-région, c’est cette guerre qui a déjà été déclenchée sur la toile, à grand renfort de mensonges, de haine et de stigmatisation, jetant en pâture des dirigeants, des pays et la CEDEAO. Certes, l’organisation sous régionale risque de perdre encore en crédibilité, mais le Niger également pourrait avoir bien des regrets à la suite de ce coup d’arrêt de la démocratie que rien ne présageait.

Mais comme le dit le proverbe, quand l’on se trouve dans l’impossibilité d’interdire à un enfant de prendre une braise dans la main, lui-même, après avoir tenté l’expérience douloureuse saura que le feu brûle. Comme le dit Jésus à la fin de ses enseignements par le biais de paraboles, «que celui qui a des oreilles pour entendre entende».

Par Wakat Séra