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Niger: que réserve le second tour de la présidentielle?

Vote au Niger (Ph. d'illustration)

39, 33% des suffrages exprimés, soit 1 879 000 voix pour Mohamed Bazoum, ancien ministre et candidat du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya), parti au pouvoir. 16, 99% des voix pour Mahamane Ousmane, ancien président de la république et champion du Renouveau démocratique et républicain (RDR-Tchangi). 8,95% pour Seini Oumarou, ancien haut-représentant du président, sous le second mandat du chef de l’Etat sortant, et porte-flambeau du Mouvement national pour la société du développement (MNSD-Nassara), le parti de l’ancien président, Feu Mamadou Tandja. Les autres candidats, dont l’ancien chef de la junte militaire, le général Salou Djibo, moins de 3%, s’en tirent avec des scores anecdotiques. Ce sont les résultats provisoires de l’élection présidentielle du 27 décembre 2020 au Niger. Les législatives qui étaient couplées au scrutin présidentiel, à travers le verdict provisoire des urnes livré par la Commission électorale nationale indépendante (Céni), confirment également la suprématie du PNDS-Tarayya sur l’échiquier politique, le parti, qui, bien que n’ayant obtenu la majorité parlementaire, a raflé 80 des 166 sièges de l’Assemblée nationale. Le taux de participation était de 69%.

Dans le même temps, le président et candidat du PNDS-Tarayya, en attendant la bataille décisive du second tour prévu pour le 21 février prochain, a creusé un écart de plus d’un million de voix avec son poursuivant immédiat. Toutefois, ce fossé, tout abyssal qu’il est, est loin d’être synonyme de victoire systématique pour Mohamed Bazoum, à l’issue du second round. Le cas de l’élection présidentielle de 2010 en Guinée est bien patent. Pour la petite histoire, alors qu’à l’époque, tous étaient certains de la victoire de l’actuel chef de file de l’opposition guinéenne, Cellou Dalein Diallo, qui était crédité de 43,69% des voix dès le premier tour, ce dernier s’est retrouvé avec 47, 48% des suffrages exprimés. Il fut, alors battu, par Alpha Condé, dans un scrutin marqué par les violences et chargé de zones d’ombre lourdes à couper au couteau. En effet, l’actuel chef de l’Etat guinéen, 82 ans, qui vient de s’octroyer un troisième mandat anticonstitutionnel, a effectué un bond phénoménal de 18,29% au premier tour, à 52,5% au second.

C’est, sans attendre, que le levier des tractations a été enclenché au Niger. Ainsi, chaque leader de parti, et surtout les militants, s’apprêtent à voter, et à donner des consignes de vote, selon leurs intérêts. Il s’agira d’une guerre que les Nigériens espèrent, tous, saine. Certains pencheront pour la stabilité et d’autres pour le changement. Il importera juste d’opérer le bon choix, pour s’éviter tout regret et toute traversée du désert politique. Pour l’instant, il importe de saluer l’esprit de démocratie qui souffle sur le Niger. Le pays, à l’issue de ces élections, vivra sa première véritable alternance, qui verra un président démocratiquement élu, céder son fauteuil à un autre président démocratiquement élu. Mieux, les Nigériens, malgré leur embarras dans un océan de 30 candidats à la présidentielle, ce qui a entraîné un véritable émiettement de l’électorat, semblent avoir opté, comme l’a souligné le président Mahamadou Issoufou, pour la détribalisation de la politique, au grand dam des politiciens en manque d’inspiration et de programme. Et c’est cela de gagné, au constat des dégâts causés par les appels xénophobes ou aux relents ethniques et religieux sous d’autres cieux.

En tout cas, avec la communauté internationale qui a salué le calme de ces élections ouvertes, malgré quelques petits dysfonctionnements, qui, selon la formule consacrée des observateurs «ne sont pas de nature à entacher la crédibilité» des scrutins présidentiel et législatifs couplés du 27 décembre 2020, les opposants ont décidé, à leur honneur, d’être républicains jusqu’au bout. Ils ont décidé d’utiliser les voies de recours que leur offre la Constitution et la loi électorale de leur pays. A ce rythme, le Niger, comme l’a fait le Burkina Faso, lors des élections ouvertes et apaisées, du 22 novembre qui ont renouvelé le bail de Roch Marc Christian Kaboré, pour un second mandat de 5 ans avec son peuple, donnera des leçons à certains pays dits de «grande culture démocratique».

Là-bas, au pays de l’Oncle Sam, le président battu, Donald Trump, pour ne pas le citer, après un refus catégorique de libérer la Maison blanche, crée toutes les misères du monde au vainqueur, Joe Biden. Donc quand c’est bon, même si l’exemple vient de l’Afrique, du Niger, un pays cité, généralement aux tribunes internationales, comme l’un des plus pauvres de la planète, il faut le dire. Avec l’espoir que la suite ne nous démentira pas et que les autres pays marcherons dans le sillon nigérien!

Par Wakat Séra

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