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Ouaga: des milliers de Burkinabè marchent contre des assassinats de Peulh à Yirgou

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Les organisateurs et invités d'honneur de la manifestation (Ph. Wakat Séra)

Des milliers de Burkinabè, répondant à l’appel du Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC), ont marché ce samedi 12 janvier 2019 dans les artères de Ouagadougou, pour dénoncer les conflits communautaires dont ceux de Yirgou, une localité située au Centre-nord du Burkina, qui ont fait environ « 70 morts » entre le 1er et le 3 janvier. Cette manifestation qui a rassemblé la soixantaine de nationalités que compte le Burkina Faso, selon ses organisateurs, a permis aux marcheurs de s’indigner contre les «lâches tueries» de Yirgou. Les manifestants ont alors demandé aux autorités qui ont été «laxistes» sur cette affaire au début, de s’assumer et punir les auteurs de ces « crimes odieux » à la hauteur de leur forfaiture.

Venus de toutes les contrées du Burkina Faso, des milliers de personnes, se sont retrouvées ce samedi à la Place de la Nation de Ouagadougou, pour dire «non» aux tueries de Yirgou et crier «plus jamais» un tel drame dans le pays des «Hommes intègres». Les manifestants ont dénoncé avec véhémence les conflits communautaires, notamment celui de Yirgou, où des Koglwéogo (groupes d’autodéfense) s’en sont pris à une dizaine de villages, tuant des  Peuhl qu’ils accusent de complicité avec des terroristes. Cette crise a donc été de trop, en témoigne sa violence, son horreur et son ampleur.

Les marcheurs mains levées pour dire non aux assassisnats ciblés (Ph Wakat Séra)

Les manifestants ont marché de la Place de la Nation, en passant par la Place du cinéaste, la Cathédrale, l’avenue Kwamé N’Krumah, le rond-point des Nations unies avant de retourner à leur point de départ. Ils ont emprunté un circuit situé en plein cœur de la capitale burkinabè, pour s’indigner et crier leur ras-le-bol contre les assassinats ciblés. A travers cette marche ils ont appelé à une diligence dans les enquêtes et distillé des messages de conscientisation, afin que chaque Burkinabè prenne conscience de l’importance du vivre-ensemble. Les mains levées à chaque arrêt ou intersection, les manifestants par ce geste disent «non» et «plus jamais» de telles horreurs au Burkina Faso qui fait déjà face aux attaques terroristes.

Des responsables politiques à la manifestation contre le drame de Yirgou (Ph. Wakat Séra)

Cette manifestation fut une «occasion» offerte à tous les filles et fils de la nation pour «parler franchement afin que l’avenir soit meilleur et que le Burkina puisse connaître un avenir radieux», a déclaré le président du comité de crise du drame de Yirgou, et président du Collectif, El Hadj Hassan Barry. « Les 60 ethnies du Burkina Faso sont ici aujourd’hui, donc je peux dire que le Burkina n’a pas d’ethnie mais des Burkinabè», a affirmé, très ému, M. Barry, qui a été acclamé par les manifestants, qui ont écouté religieusement les messages des intervenants.

A cette manifestation, les messages inscrits sur les pancartes et banderoles sont évocateurs de l’ampleur du drame. «Plus jamais ça au Burkina Faso!», «Plus jamais de lynchage ethnique dans notre Faso!», «Tous unis contre les nettoyages ethniques!», «Cultivons la cohésion sociale et la coexistence pacifique entre nos communautés!», «Nous interpellons le gouvernement sur son rôle d’assistance aux victimes de Yirgou!» ou «Devoir de justice pour Yirgou et droit de vivre pour tous au Faso!» C’était quelques unes des interpellations scandées par les marcheurs.

Message poignant d’une pancarte (Ph. Wakat séra)

«La situation dramatique de Yirgou a entraîné beaucoup de pertes en vies humaines avec au moins 75 morts, et plus de 6 000 déplacés. Les chiffres que nous enregistrons continuent d’évoluer sur le terrain», a déclaré le porte-parole du Collectif, Dr Daouda Diallo, indiquant que «sur le plan social, une bonne assistance est mise en place à Barsalogo (commune abritant Yirgou), mais elle est très défectueuse et insuffisante dans les communes de Kelbo et Arbinda».

Selon Daouda Diallo, les déplacés «ont de sérieux problèmes pour se nourrir, se vêtir et se soigner. La prise en charge psychologique laisse à désirer. Sur le plan économique, beaucoup de biens ont été détruits et emportés. Les animaux des déplacés sont toujours pris en otage par les Koglwéogo qui prétendent se les approprier ou en héritier désormais».

Message de pancarte (Ph Wakat Séra)

Le Collectif est convaincu que seul un Etat «fort» peut venir à bout de cette violence du fait du terrorisme. L’autorité de l’Etat, contrairement «aux tergiversations auxquelles nous assistons au détour de la gestion de cette crise, doit s’affirmer plus que jamais pour que cesse ce cycle de violence des Burkinabè contre des Burkinabè», a poursuivi le porte-parole du CISC qui a réitéré la volonté «inébranlable» de son organisation de voir la justice s’appliquer dans toute sa rigueur à «tous les auteurs de l’assassinat du chef de village de Yirgou et de sa famille ainsi qu’à tous les criminels, auteurs des massacres injustifiés contre la communauté Peulh». Seule une justice « rigoureuse et diligente peut nous épargner un cycle de violence aux conséquences imprévisibles et apaiser les cœurs des victimes», s’est convaincu Dr Daouda Diallo.

«A Yirgou, le massacre de la communauté peulh a duré trois jours sans la moindre réaction de nos forces de défense et de sécurité, ni des autorités administratives et politiques, encourageant ainsi les Koglwéogo dans leur sale besogne, après celle de Karangasso-Vigué, de Réo et de Ouagadougou», s’est plaint Me Ambroise Farama, avocat du Collectif, foulard noir au cou. «A Yirgou, il y a eu des violations graves des droits de la personne humaine. Ces crimes ne peuvent restés impunis», a enchaîné l’avocat, interpellant le chef de l’Etat, Roch Kaboré quant à sa «responsabilité dans le dysfonctionnement de notre système judiciaire».

Siaka Sanou, marcheur contre le drame de Yirgou (Ph Wakat Séra)

Lors de cette manifestation, des témoignages, des animations musicales concoctées pour la circonstance, des messages de paix, d’amour, des formules justes et à propos, d’un des maîtres de cérémonies qui maniait autant la langue peulh que celle mossi, les langues des deux nationalités mises en exergue dans ce drame, ont dû contribuer à apaiser les coeurs d’une foule survoltée qui manifestait sa douleur. A cela s’est ajoutée la parenté à plaisanterie, notamment, entre les Bobo et les Peulh. Toutes choses qui ont amené les marcheurs à convertir leur douleur en joie et la manifestation, à les en croire, « a atteint son objectif» qui est d’interpeller tout un chacun sur la nécessité et l’importance du vivre-ensemble au Burkina.

«Ce qui est arrivé à nos parents à plaisanterie, on ne le souhaite plus au Burkina Faso. Ça n’a pas touché que les Peulh mais tous les Burkinabè épris de paix. Que tu sois Peulh, Mossi, San, Bobo, Dafing…, on est tous enfants du même Burkina Faso. Quand vous regardez dans la foule, il y a toutes les ethnies du Burkina», a dit Siaka Sanou qui s’est présenté comme le chef des Peulh. M. Sanou, dans sa tenue traditionnelle bobo. Celui ci s’est investi en usant de la parenté à plaisanterie pour apporter sa touche personnelle qui a contribué à détendre l’atmosphère et les humeurs des Peulh, majoritaires à cette marche-meeting.

Par Bernard BOUGOUM

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