Le procès qui s’est ouvert à Paris sur le crash du vol Air Algérie AH5017 ne doit pas être regardé comme une affaire lointaine, strictement française ou strictement européenne. Ce drame touche aussi profondément le Burkina Faso. Le 24 juillet 2014, l’avion a décollé de Ouagadougou avant de s’écraser dans le nord du Mali, faisant 116 morts. Parmi eux figuraient 23 Burkinabè, ce qui fait de cette catastrophe un événement durablement inscrit dans la mémoire nationale.
Au Burkina Faso, le temps n’a pas effacé le traumatisme. LeFaso.net rappelait encore cette semaine que le crash avait provoqué une onde de choc dans le pays et qu’une stèle commémorative avait été inaugurée à Ouagadougou en 2018 en hommage aux victimes. Ce rappel est important : derrière l’ouverture du procès, il n’y a pas seulement une actualité judiciaire. Il y a aussi une mémoire collective, un deuil inachevé et une attente ancienne de clarification sur les responsabilités.
Cette attente s’exprime avec une force particulière dans les propos de Me Halidou Ouédraogo, président de l’Association des parents des victimes, interrogé par LeFaso.net au moment de l’ouverture du procès. Il explique que, malgré les années, le drame reste “intime et douloureux” et que les familles espèrent que cette audience permettra enfin d’établir la responsabilité de la compagnie et des personnes impliquées. Son témoignage rappelle utilement que l’enjeu n’est pas seulement de juger un dossier technique, mais de répondre à une question essentielle pour les proches : pourquoi a-t-il fallu attendre aussi longtemps avant que le débat judiciaire ait lieu publiquement ?
Le parcours procédural éclaire en partie cette durée. En France, les juges d’instruction ont renvoyé Swiftair devant le tribunal en 2021 pour homicides involontaires, notamment en lien avec des manquements relatifs à la formation de l’équipage. Mais un procès prévu pour octobre 2023 a ensuite été interrompu par une nouvelle séquence de procédure autour du non bis in idem et de questions adressées à la Cour de justice de l’Union européenne. Ce n’est qu’après plusieurs décisions, dont le rejet par le tribunal correctionnel de Paris d’une nouvelle tentative de renvoi en novembre 2025, que le procès a pu s’ouvrir.
Ce long détour judiciaire nourrit aujourd’hui un sentiment très net : pour les familles burkinabè, le procès arrive tard, très tard. En juillet 2023, l’association française de victimes expliquait déjà que certains proches étaient décédés sans avoir vu l’audience se tenir, après des années d’attente, d’organisation et de reports. Cet élément donne une profondeur humaine au dossier. Il rappelle que la lenteur de la justice n’est jamais abstraite : elle se mesure en années de vie, en fatigue morale, en déplacements annulés, en deuils prolongés et en sentiment d’être tenu à distance de la vérité.
Pour les lecteurs burkinabè, l’enjeu est donc double. D’un côté, suivre ce procès pour comprendre ce que la justice française reproche à Swiftair et ce que la compagnie conteste. De l’autre, se rappeler qu’AH5017 n’est pas seulement une affaire d’archives. C’est un drame parti de Ouagadougou, qui a frappé des familles burkinabè, et dont les conséquences judiciaires se font encore sentir en 2026. Le site www.ah5017.com suit ce dossier dans cette perspective : documenter avec rigueur, sans sensationnalisme, un procès qui concerne aussi pleinement le Burkina Faso.




























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