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Procès Laurent Gbagbo et Blé Goudé : à qui profite le jeu de Fatou Bensouda?

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Jusqu'où ira Fatou Bensouda (milieu) avec Laurent Gbagbo (à gauche) et Charles Blé Goudé? (Photo montage de Afriksoir)

Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé vivront, sans doute, la présidentielle ivoirienne d’octobre 2020 en spectateurs lointains! Non pas à cause de la fermeture des frontières, une mesure barrière contre la Covid-19, mais parce Fatou Bensouda, la procureure de la Cour pénale internationale est déterminée à prolonger leur quarantaine. Depuis ce lundi, celle qui ne semble pas apprécier le retour chez eux de ses deux ex-geôliers, expose, aidée de son équipe, les raisons pour lesquelles elle remet en cause la décision de la majorité des juges de la juridiction internationale, d’avoir acquitté, le 15 janvier 2019, l’ex-président ivoirien et son ancien ministre. La procureure qui n’a pas digéré cette sentence de ses pairs, entend donc faire appel, demandant l’invalidation du procès et l’annulation des acquittements. Cette séance inédite de trois jours, qui se tient dans le respect des gestes barrière, est donc inaccessible au public et aux journalistes. Même que, c’est depuis sa résidence bruxelloise que Laurent Gbagbo suivra cette audience qui pourrait sceller pour de bon son sort de politicien.

Mais pour qui roule Fatou Bensouda? Elle fait peut-être bien son boulot qui frise l’acharnement sur deux pauvres justiciables qui auront payé tout seuls pour une guerre qui, pourtant, a nécessité la présence de deux camps. Mais, comme par hasard, la juge Bensouda, «professionnelle» jusqu’au bout des ongles a oublié que ce pourquoi Laurent Gbagbo et son ancien lieutenant, sont dans les rets de la CPI, est aussi, du fait du camp au pouvoir. Sauf que la justice des vainqueurs est passée par là et que Alassane Ouattara, chouchou de la communauté internationale, fait le ménage autour de lui, éloignant tout empêcheur de gouverner en rond. Le procès Gbagbo-Blé Goudé et la détention des deux, ne visent en réalité qu’à mettre hors d’état de nuire, des adversaires politiques coriaces dont la popularité n’a presque pas pris, une ride, malgré leur éloignement forcé de l’Eburnie. Et comme la présidentielle de 2020, c’est déjà demain, Alassane Ouattara ne compte prendre aucun risque, surtout que son candidat est loin d’avoir l’aura nécessaire pour le poste.

Du reste, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), est bien dans l’embarras, le champion que lui a imposé Alassane Ouattara, pour lui succéder, Amadon Gon Coulibaly, séjournant depuis plus d’un mois maintenant en France pour des soins. Comme pour ne pas arranger les affaires du parti au pouvoir, le toujours influent ancien président ivoirien, le bien nommé, Aimé Henri Konan Bédié, n’attend que l’investiture du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), son parti, pour se lancer dans la course au fauteuil de son ancien allié. Donc, le retour non désiré de Laurent Gbagbo par Abidjan, ne ferait que fragiliser davantage Alassane Ouattara et son dauphin. Hypothèse bien plausible: pour ne pas laisser Henri Konan Bédié, 86 ans, qui est passé d’ennemi à allié de Gbagbo, contrecarrer ses plans et faire mordre la poussière au RHDP, Alassane Ouattara qui avait promis ne pas céder à la tentation du troisième mandat, et laisser le pouvoir à la jeune génération, pourrait bien revenir dans le jeu. Et la Côte d’Ivoire se retrouvera encore dans les mains des trois dirigeants, qui, au gré des alliances, divorces et remariages, ont pris la vie politique ivoirienne en otage, depuis la mort de Félix Houphouët Boigny.

En tout cas, avec l’obstination de Fatou Bensouda, Laurent Gbagbo est pour l’instant écarté de la compétition pour la présidentielle et c’est, indubitablement, un souci de taille en moins pour Alassane Ouattara. A quoi donc se livre la procureure et présidente de la CPI, en faisant aussi grossièrement le jeu d’un pouvoir? Il est temps de libérer Laurent Gbagbo et les autres prisonniers politiques, faire rentrer les exilés du fait du prince, et passer véritablement à l’étape réconciliation, pour que la Côte d’Ivoire aille en toute sérénité à l’émergence, concept cher à «ADO, la solution» qui pourrait bien devenir «ADO, le problème».

Par Wakat Séra

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