Accueil Opinion RD Congo : élucubrations d’une opposition versatile

RD Congo : élucubrations d’une opposition versatile

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Dans cet écrit, Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, exilé en France, revient sur la situation en République démocratique du Congo, notamment sur l’accord signé entre sept leaders de l’opposition politique et ensuite remis en cause par deux d’entre eux.

L’accord signé, dimanche 11 novembre 2018 à Genève en Suisse, par sept membres de l’opposition congolaise, n’a pas résisté aux sirènes de l’ego. Il visait à désigner un candidat commun, en vue d’affronter le camp du président sortant Joseph Kabila aux prochaines élections, le 23 décembre prochain. Aussitôt signé aussitôt désavoué par deux d’entre eux. En moins de 24 heures.

Il s’agit de Félix Tshisekedi, leader de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et de Vital Kamerhe, chef de l’Union pour la nation congolaise (UNC). Tous deux ont rejeté la désignation de Martin Fayulu, dirigeant de Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé).

Des accords mort-nés ou mal appliqués sont légion en RD Congo. Ils jonchent la route politique escarpée du pays. Mais celui dont il est question, aujourd’hui, est le plus grave de tous, du fait qu’il portait l’espoir d’en finir avec la dictature. L’avant-dernier accord, parrainé par l’Eglise catholique et signé le 31 décembre dernier (dénommé «Accord de la Saint-Sylvestre»), a été bafoué par le président Kabila.

Le médiateur de l’accord de Genève, la Fondation Kofi Annan (du nom de Feu l’ancien secrétaire général de l’ONU), a retenu la leçon. En trois jours de laborieuses négociations, il a fait signer aux sept membres de la coalition nombre de documents parmi lesquels un «engagement». D’aucuns lui concèdent la valeur de «testament». Dans celui-ci, que chacun a reçu et signé individuellement, tous se sont engagés «à ne pas trahir la nation congolaise», et si c’est le cas «à subir l’opprobre public». Une première!

Ce qui est également positif, c’est la nature même et le délai que cet accord de coalition a conféré au mandat, en cas de victoire: une sorte de «transition spéciale» ne dépassant pas la durée de deux ans. Deux éléments qui permettraient d’organiser, prochainement, des élections autant transparentes que paisibles.

A examiner tout cela avec impartialité, on découvre que l’accord de Genève a la vertu d’un sédatif. La majorité des observateurs y voient même une solution irremplaçable. A l’approche de la date fatidique du 23 décembre prochain.

Pourtant, l’inévitable, en Afrique, a détruit cette architecture inédite. La fin météorique de l’accord  (baptisé «LAMUKA», réveille-toi, aussi bien en lingala qu’en kiswahili), en est une preuve tangible. Exception faite de la Gambie – où l’opposition s’est levée comme un seul homme et a eu raison du satrape Yahya Jammeh, en janvier 2017 -, l’opposition africaine a toujours tiré à hue et à dia. Par ego. D’où son échec à parvenir au pouvoir, avec ceci de dramatique: protestations véhémentes, troubles et tuerie.

Cependant, le cas de la RD Congo sera une véritable catastrophe, si, d’ici-là, on ne trouve pas de solutions valables aux principaux litiges qui restent à évacuer: la «machine à voter», appréciée par le camp présidentiel, mais vue par l’opposition comme une «machine à voler» ainsi que le nettoyage d’un fichier électoral jugé corrompu. Ce à quoi s’ajoute le «fait de la versatilité genevoise», qui divise l’opposition.

Quoi qu’il en soit, une interrogation subsistera, en ce qui concerne les traitres. Comment concilier le non-respect de la parole donnée, d’un côté, et l’envie forcenée de devenir président de la République, de l’autre?  Il n’y a pas que le président Kabila et son camp qui détiennent le «monopole de la médiocrité»!

Par Jean-Jules Lema Landu

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