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RD Congo: la guerre des drones en mouvement

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Un accord en souffrance et qui ne semble pas faire l'affaire de la RD Congo de Félix Tshisekedi (Ph. d'archives)

L’alliance de circonstance entre les présidents congolais Félix Tshisekedi et américain Donald Trump était-elle un simple trompe-l’œil? Que nenni! Le fait était acté à travers la signature d’un accord, le 4 décembre 2025, à Washington. Pourtant, la roue semble déjà rouillée. Les rebelles de l’AFC/M23 et les troupes loyalistes continuent de croiser le fer. Maintenant, c’est à coups des drones.

Accord? Plutôt un vrai «troc» bancal proposé par Kinshasa à Washington. Les USA vont exploiter à pleines mains, pendant près d’un siècle, les minerais critiques congolais contre la paix à instaurer dans l’est de la RD Congo. Accord à trois, avec le Rwanda, où les minerais subiront un premier traitement industriel.

Ce qui est intéressant dans cette situation, de prime abord, c’est l’accomplissement parfait de la vue de l’ex-président français, Nicolas Sarkorzy. En effet, parlant en janvier 2009 de la région des Grands Lacs, il préconisait un dialogue structurel plutôt que conjoncturel. En clair: «Partager l’espace et les richesses congolais» avec le Rwanda.

Il y a 16 ans de cela! L’idée n’est pas restée en l’air. Malaxée dans les ambassades des pays occidentaux, elle a abouti à former une évidence. Qu’elle se retrouve donc, aujourd’hui, dans l’accord signé par la RD Congo et les Etats-Unis, démontre l’unité de la «pensée» de l’Occident par rapport à d’autres pays. En général, pour une question donnée, le point de vue exprimé à Paris est naturellement accepté par Bruxelles. L’Occident avance en rangs serrés!

Des racines en nœuds gordiens

Qu’en est-il, maintenant? On a vu comment l’affaire s’est fait accompagner d’un emballement médiatique, orchestré par Washington. On a assisté à la fébrilité de l’imaginaire collectif, lequel voyait en cela la solution définitive au problème congolais. D’autant que, pensait-ton, tout ce qui porte un label américain cache ipso facto le génie de la perfection. 

Bernique! La réalité sur le terrain est tout autre. Un terrain glissant! Car, vieux de plus de 30 ans, le conflit congolais est complexe. Avec des racines profondes, en nœuds gordiens. Evidemment, tous ces éléments sont fort connus. Ce qui importe, pour l’heure, c’est de chercher à comprendre pourquoi un tel accord piétine. Au point de se demander si la «machine» n’accusait pas, quelque part, un défaut majeur de fabrication.

Le défaut capital de la cuirasse est celui d’avoir mis la charrue avant les bœuf: en usant dans la «précipitation». En un clic, le dossier est monté, à Kinshasa; négocié en un tournemain à Washington. Or, un accord aussi important aurait requis un temps utile, surtout, plus de la part du «vendeur» congolais de minerais que de «l’acheteur» américain. Faiseur de paix.

C’est sur ce point que se situe l’incompréhension, nocive, qui entoure l’accord. Pour le président Tshisekedi, autant à la recherche de la paix dans la partie est de son pays que de celle d’une bouée de sauvetage pour son régime en péril, il attendait des USA une aide militaire substantielle. Allant jusqu’à la présence des troupes au sol. Quant au président américain, ce businessman affirmé, il s’agissait, en vérité, d’un accord commercial. Pour lui, la paix n’étant qu’un appendice susceptible de peser en sa faveur pour l’obtention du prix Nobel en la matière. Il en a des démangeaisons.

Il y a une deuxième anomalie. Qui relève de la simple notion des règles de principes. Dans cette affaire, Trump porte deux casquettes: il est, à la fois, «médiateur» entre le Rwanda et la RD Congo, et «acheteur» des matières premières congolaises pour lesquelles il y a dispute guerrière. Autrement dit, juge et partie.

Enfin, cet aspect que beaucoup détestent: le césarisme de Trump sur le monde. Il est partout, menaçant, le poing en l’air, insinuant la force de frappe pour quiconque se mettra en travers de sa route. La démonstration la plus éloquente étant la «capture» du président vénézuélien. Les médias européens voient en lui un homme négatif, mettant en cause l’ordre mondial établi au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.

Mensonges, égoïsme, mauvaise foi   

Quelle que soit la force d’autres arguments, cet accord était, dès le départ, le fruit des mensonges, de l’égoïsme et de la mauvaise foi. Loin des intérêts du peuple congolais. Certes,

Tshisekedi s’y voyant faussement mieux protégé sous le parapluie américain, tandis que Trump content de s’y retrouver comme maître de «toutes les richesses» du sol congolais. Pour les minerais connus à ce jour et ceux probables à découvrir dans le futur.

D’où la traduction sur le terrain de la poursuite des combats entre les troupes de Kinshasa et celles des rebelles de l’AFC/M23. La chute, récemment, de la ville stratégique d’Uvira entre les mains des insurgés est à mettre au compte de ce deal ambiguë. A noter que les rebelles ont quitté Uvira sur ordre de Washington. Preuve irréfutable, dans cette affaire, du césarisme exercé par Trump.

Aujourd’hui, l’engagement militaire entre les belligérants est monté d’un cran: l’utilisation des drones. Goma, la capitale des rebelles, et l’aéroport de Kisangani, côté gouvernemental, en ont déjà fait les frais. Plutôt dans un épisode sanglant à Goma.

Au grand dam du président américain, mégalomane, et de son mauvais accord. Un échec indéniable, qui met en lumière la complexité de la «Question congolaise». Protéiforme, celle-ci ne peut se résoudre ni à Washington, par la force, ni à Doha au Qatar, par une diplomatie intéressée. Ni partout ailleurs sans le désir fort de tous les Congolais de se défaire du cycle de guerres et de toutes ses conséquences.

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France